À mon rêve brisé qui m’a fait découvrir qui j’étais

C’était mon rêve. Et je me dirigeais vers lui, lentement mais sûrement, pas après pas, tour après tour, saut après saut. La danse ne faisait pas juste partie de ma vie, c’était ma vie. Et un jour, tout a basculé, tout s’est effondré. Un rêve brisé.

Quelques années avant le début de mon adolescence, j’ai pris la décision de commencer la danse. D’abord du moderne-jazz, puis du ballet, puis du contemporain. C’était une échappatoire, un moyen de m’exprimer, de ne faire qu’un avec la musique. J’ai alors fait le choix d’aller plus loin. Je voulais devenir une artiste, danser, chanter, tout faire ! J’ai quitté ma campagne, mon soleil, ma chaleur pour la capitale : Paris.

J’avais 18 ans quand j’ai rejoint la tour Eiffel pour entrer dans une école de danse professionnelle. Je dansais pendant 4h30 tous les matins et partageais mes après-midis entre cours de théâtre et chant. Je travaillais fort, malgré les jugements, les critiques, la forte compétition, les courbatures et les orteils déformés par les pratiques. Je dansais, c’est ce que je voulais, plus que tout.

Puis un jour, tout a basculé. J’enfilais comme tous les matins mes chaussons de ballet. Nous répétions une variation pour un spectacle. J’ai senti ma cheville vriller, craquer. Puis la douleur est arrivée. Quelques heures plus tard, le médecin me disait que la fragilité que j’avais toujours eu à ma cheville empirait et que, devenir danseuse n’était pas la meilleure idée, que je ne pourrais pas intégrer de compagnies professionnelles avec une telle blessure.

 

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La fin d’un rêve. Ce moment où tout s’effondre, où on ne sait plus qui on est ou ce que l’on veut faire. Où tous nos espoirs se retrouvent brisés. J’ai longtemps cogité, cherché à comprendre pourquoi une chose aussi horrible pouvait m’arriver. C’était difficile, long et froid.

Mais avec le temps, on apprend. Alors que ma cheville guérissait et que j’étais assise dans le fond des salles de danse à regarder mes collègues, mon esprit lui aussi se régénérait. Et si ma vie n’était pas si finie? Et si je pouvais faire autre chose? Et si je visais un autre rêve? Pourquoi ne pas reprendre des études? J’ai appliqué à l’université en communication et littérature. Plus j’avançais dans mes études, plus elles me passionnaient. C’est ainsi qu’aujourd’hui, 6 ans plus tard, j’étudie au doctorat, passionnée par mon sujet et par mon désir de faire avancer les choses dans mon domaine. Si je danse et chante encore? Oui, pour le plaisir.

Les rêves se brisent parfois, ils se perdent et ne se retrouvent jamais. Mais nous vallons bien plus qu’un seul rêve. Nos désirs, nos passions, les choses que nous pouvons accomplir sont presque illimitées. C’est ce que cette épreuve m’a apprise. Un rêve brisé peut être une incroyable opportunité de se renouveler, de se redécouvrir là où on ne s’y attendait peut-être pas!

 

Commentaires

Esther Armaignac Gameuse assumée, elle trippe aussi sur la culture et le cinéma. Dans une autre vie, elle était chanteuse dans un band de garage et danseuse de ballet.