À toi qui hésites à devenir maman

Ce texte s’adresse à toutes celles qui hésitent à concrétiser leurs projets de maternité, mais plus particulièrement à une amie qui ferait indéniablement une mère exceptionnelle.

Chaque trait de personnalité habite les individus selon un spectre où se trouvent des extrêmes. À titre d’exemple, il y a les altruistes et les avares, les volubiles et les taciturnes, il y a les émotifs et les flegmatiques…

Il y a aussi les confiants et les anxieux. En effet, il y a les personnes qui foncent tête baissée vers leurs projets en y percevant que le positif, et ce, sans en mesurer les exigences et les sacrifices qui y seront associés. La réalité finit souvent par rattraper ces individus dotés de cette légèreté, voire cette insouciance innée.

Et puis il y a les autres, ceux qui doutent, se remettent en question, jaugent les risques, attentent les conditions optimales pour se lancer. Ces personnes sont lucides et ne se font pas surprendre par les difficultés parce qu’elles les ont largement appréhendées et souvent surévaluées. Le problème, c’est que le regret les guette. Je te souhaite d’être épargnée du regret envers ce choix si déterminant à l’égard de ton quotidien, mais aussi, du bilan que tu feras de ton existence lorsque ta tête aura blanchi et que tu auras le visage rempli de rides qui raconteront ta vie.

Oui, il y a des risques associés à celui de devenir mère, des risques importants sur lesquels tu seras, de surcroît, impuissante. Risque que ton enfant naisse aux prises avec une maladie mentale ou physique, risque qu’il sombre un jour dans une quelconque dépendance, risque que ces comportements te donnent parfois l’impression que ce n’est pas l’enfant à qui tu as tenté de léguer tes valeurs, etc.

De plus, celui qui, guidé par la peur, se confine chez lui et limite ses interactions sociales risque évidemment moins d’être happé par un chauffard, d’être déçu par l’amitié ou d’être blessé par l’amour. Il s’expose à moins de risques, mais aussi, à plus de solitude et à moins d’amour.

 

motherSource : Unsplash

Je te souhaite, mon amie, de trouver l’équilibre en te rapprochant du centre du spectre auquel je faisais référence plus tôt. Un des extrêmes de ce spectre serait de se lancer dans le projet de maternité alors que tu te trouverais dans une situation suffisamment précaire financièrement mettant en péril ta capacité à subvenir adéquatement aux besoins de ton enfant. Ou encore si ta relation de couple deviendrait si tumultueuse qu’elle risquerait fort de se terminer dans les déchirements avant la fin de ta grossesse. Dans ton cas, il faut se le dire : on est loin du compte.

On est loin du compte avec une personne comme toi, dotée d’une rigueur et d’un sens de l’organisation qui me rend presque jalouse. Une boule d’énergie, attentionnée, équilibrée et surtout dotée d’une capacité de donner et d’aimer. Par amitié pour toi, je me vois obligée de te partager ma perception mon amie : tu te situes à l’autre extrême de ce spectre.

Je me permets de te le dire, car je te connais suffisamment pour savoir que le choix de ne pas devenir mère pour toi serait indubitablement un choix guidé par la peur. Rappelle-toi cependant que de guider sa vie par la peur représente la meilleure façon de l’échouer.

J’ai la conviction qu’au fond de toi, même si tes avoirs personnels et ton compte en banque seront moins garnis, même si le temps dont tu disposeras pour toi sera réduit au dixième, même si en plus de vivre tes peines, tes déceptions, tes peurs et tes doutes, tu devras accompagner ton enfant dans les siens, et surtout, même si tu as peur, il y a des choses auxquelles tu ne veux pas renoncer.

D’abord, tous ces petits moments qui remplissent notre vie de souvenirs précieux. Le moment où tu tiendras ton enfant dans tes bras pour la première fois, où tu le verras mettre ses pieds un devant l’autre, ceux où tu le guideras pour les premières fois vers son autobus jaune, ceux où tu lui raconteras les histoires qui ont bercé ton enfance.

Je suis certaine qu’au fond de toi, tu souhaites guider un petit être dans la vie tant pour lui apprendre à lacer ses souliers qu’à tenter de lui faire comprendre, même si ça sonnera bien irréaliste pour lui, qu’on ne meurt pas d’une première peine d’amour.

Je crois que, plus tard, tu souhaiteras que les histoires de vie qui te divertiront, susciteront ton empathie et te nourriront, ne soient pas celles des téléromans, mais celles de personnes bien réelles; celles de ta progéniture qui expérimentera la vie.

J’aime penser qu’on choisit nos parents avec leurs qualités, leurs forces, mais aussi, avec leurs défauts et leurs faiblesses pour faire ressortir le meilleur de notre être et nous accompagner dans ce qu’on est venu accomplir. En ce sens, aucun parent n’est parfait, mais on peut devenir un parent parfait pour son enfant.

 

Mother 4Source : Unsplash

Ça me fait penser aux paroles de la chanson d’Ariane Moffatt : « Juste au mauvais moment une poussière d’ange t’est tombée dedans […] Tu feras une super maman, mais pas maintenant. »

Ta poussière d’ange à toi, elle ne t’est pas tombée dedans, car même si ce n’est pas un mauvais moment, tu n’offres tout simplement pas à ton corps cette possibilité de chute. Ta poussière d’ange à toi, celle qui t’a choisi comme parent t’attend quelque part et, entre toi et moi, je crois qu’elle a suffisamment fait preuve d’une patience d’ange…

 

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