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À toi qui partages une partie de mon ADN

Si on vous demandait de penser à l’évolution de la relation avec votre frère ou votre sœur, il y a de fortes chances qu’elle s’apparente à celle que vous avez entretenue avec vos parents au travers les différentes étapes de votre vie.

D’abord, il y a l’enfance où s’exprime avec aisance la fraternité. Avec notre sœur, notre frère, on apprend notamment à jouer ensemble en répétant des choses vues et apprises pour comprendre le monde qui nous entoure. Pour ma part, je me souviens de la transformation de la chambre de nos parents en décor digne d’un mini beachclub où nos petits parapluies d’enfants faisaient office de parasol, où le simple fait de mettre nos lunettes de plongée et de s’étendre sur nos serviettes de plage sur le lit de nos parents nous transportait, grâce à notre imagination d’enfant, sous les tropiques. Je me souviens du réconfort qu’on s’apportait quand on allait se rejoindre dans nos lits respectifs en se faisant des dessins dans le dos avec nos petites mains d’enfants avant de trouver le sommeil.

 

 

Il y a ensuite eu la période où on s’éloigne, notamment parce que l’adolescence se pointe le bout du nez. Cette période où on essaie de se définir par rapport au monde qui nous entoure et où la famille a souvent peu de place. Une période qui dure parfois longtemps, parfois plus longtemps que l’adolescence elle-même. C’est souvent durant cette période qu’on néglige la famille au bénéfice des relations amoureuses et amicales.

Enfin, il y eu la période qui nous permet de tisser un lien d’attachement solide et durable basé sur le sentiment profond qu’on sera toujours là l’un pour l’autre. Malheureusement, c’est souvent lorsque l’amitié ou l’amour déçoit qu’on est ramené instinctivement à l’essentiel, au fondamental, à la base : la famille.

 

 

L’apport d’une relation fraternelle

Le regard qu’on porte sur sa soeur ou son frère nous permet de prendre conscience que notre perception du monde et des gens qui nous entourent évolue. Pour ma part, avant, j’étais d’avis que ma soeur manquait de drive pour certains aspects de sa vie. Aujourd’hui, je sais que ma sœur est capable de se valoriser par le verbe «être» plutôt que par le verbe «faire». Avant, lorsque je m’opposais seule à l’autorité ou que je réagissais à l’injustice, je la percevais comme une personne impassible avec peu de force de caractère. Aujourd’hui, je réalise que ma sœur est un des plus beaux exemples de sérénité et de résilience.

Notre soeur ou notre frère, c’est littéralement l’ami qu’on n’a pas choisi. On sélectionne généralement des amis qui nous ressemblent, qui ont les mêmes aspirations et un mode de vie similaire. Personnellement, alors que ma vie a dévié de la trajectoire que je souhaitais lui donner, ma sœur est là pour me rappeler qu’on peut être heureux même si on ne répond pas aux standards sociaux, si on n’a pas de maison, ni d’enfants, ni de chien au tournant de la trentaine.

En les comparant à nous, notre soeur ou notre frère nous démontre qu’on ne contrôle pas la résultante de l’éducation qu’on donne à nos enfants. On est responsable d’outiller nos enfants aux meilleurs de nos capacités, mais pas de l’utilisation qu’ils en feront, laquelle diffèrera selon leur tempérament et leur personnalité, mais aussi, à travers les choix et les épreuves auxquels ils sont confrontés.

Notre soeur ou notre frère peuvent aussi nous apprendre le pardon. Pour ma part, j’ai déjà été très loin de remporter le titre de sœur modèle. Avec sa mémoire d’éléphant, ma soeur pourrait très facilement se rejouer les scènes de notre adolescence et y ajouter, au passage, une dose de rancune. Au lieu de cela, elle me démontre que les comportements passés ne sont pas toujours garants du futur, que les gens et les relations qu’on entretient avec eux peuvent évoluer positivement si on leur en laisse la chance.

Cet apprentissage du pardon est d’ailleurs nécessaire, car c’est souvent avec notre fratrie qu’on vit les accrochages les plus vigoureux. C’est avec eux qu’on laisse de côté le filtre qu’on s’oblige parfois à avoir avec les autres parce qu’un statut de frère ou sœur, ça ne se perd pas, contrairement à un statut d’ami ou de conjoint. On a la certitude qu’on sera toujours la sœur, mais aucune garantie qu’on sera la blonde, le chum ou l’ami(e) pour la vie. Cette absence totale ou partielle de filtre présente toutefois l’avantage de se donner mutuellement la rétroaction la plus honnête et impartiale qui soit. Notre soeur ou notre frère nous offre en quelque sorte un service de recadrage. C’est, du moins, le cas de la mienne.

Notre soeur ou notre frère sont généralement les meilleurs témoins de notre histoire. C’est eux qui sont aux premières loges lors de notre passage à l’adolescence, à l’âge adulte et lorsqu’on bâtit notre famille, celle qui figure sous notre nom sur l’arbre généalogique. C’est aussi eux qui sont à nos côtés (sinon à proximité) lors de nos premières réussites, mais aussi, lors de nos premiers échecs et de nos premières épreuves. On les partage souvent avec eux, expérimentant la vie chacun à notre façon à travers celles-ci.

Notre soeur ou notre frère, si la vie suit son cours normal, sont ceux qui partagent et comprennent le mieux notre peine lorsque la vie nous enlève notre plus solide ancrage, soit nos parents. Ce sont eux qui, en même temps que nous, sont confrontés durement à leur propre mortalité par le fait qu’il n’y aura plus de génération tampon entre nous et la mort. Ce sont eux qui ressentent en même temps ce sentiment de vide et d’impuissance qui accompagne habituellement cette éprouvante épreuve.

Je suis reconnaissante que mes parents m’aient donné une petite sœur. À l’époque pourtant, j’ai déjà eu la perception que ce qu’elle recevait correspondait à ce que je perdais. Aujourd’hui, je sais que, non seulement, je ne perdais rien, mais qu’avoir une sœur est un grand privilège.

Si un jour j’ai la chance de fonder une famille, j’aimerais que le mot enfant soit conjugué au pluriel, pour leur donner l’opportunité de profiter du grand privilège que représente le fait d’avoir une sœur comme la mienne.

 

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