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Ces personnes qui nous sous-estiment

J’avais 16 ans. Première entrevue à vie. La fois où j’ai vraiment senti que l’on pouvait me sous-estimer sans me connaître. La première fois où j’ai senti que l’on me méprisait sans me connaître.

J’allais finir mon secondaire 5 et comme toute ado, je souhaitais avoir de l’argent de poche cet été-là. Une succursale d’une chaîne de vêtements ouvrait ses portes sous peu. C’était l’occasion parfaite! Les entrevues se faisaient à la chaîne et il y avait énormément de monde. C’était comme une salle d’attente. Je patientais sur une chaise avec 30 autres personnes autour de moi jusqu’à ce que les recruteurs daignent m’appeler. Je pouvais observer l’entrevue des autres. C’était quelque peu bizarre et inconfortable, mais ça fonctionnait bien.

Lorsque vient mon tour, un homme et une femme étaient assis à une table. Ils m’ont salué, sans prendre la peine de se présenter eux-mêmes. Le début de l’entrevue était agréable. Je trouvais que je faisais quand même bien ça malgré mon stress. On s’entend qu’à ma première entrevue, je ne faisais pas ma superstar qui sait tout. J’avais opté pour l’humilité.

Bref, ma performance se faisait sans heurt jusqu’à ce que l’homme dise: «Ta maman t’attend-elle dans la salle? Elle est venue avec toi?» Il avait utilisé un ton affreusement condescendent, en mettant l’accent sur le mot «maman». Je me suis dit intérieurement: «Mais qu’est-ce que ma mère vient faire là-dedans? Ça a tellement pas rapport dans une entrevue… C’est pas un peu personnel cette question-là?» Pour lui répondre d’une voix incertaine: «Non… Je suis venue en autobus.»

Je vous dirais que là, je me rapetissais à vue d’œil. On se moque de moi à ma première entrevue. Super! J’ai ensuite compris qu’il me considérait comme un bébé d’où la référence à ma mère. Je le voyais dans ses yeux qu’il ne me prenait pas au sérieux. En fait, il se fichait éperdument de mes réponses. Au bout de trois minutes, il avait fait son idée: je n’étais pas «assez bien» pour la job.

L’homme a continué en disant quelque chose du genre: «T’aurais aimé que ta maman soit là avec toi pour te soutenir?». Encore une fois, «maman» était le mot essentiel dans sa phrase. Je vais arrêter ici. Le reste n’est pas important.

Comme tu dois t’en douter, je n’ai pas été engagée. Je n’ai peut-être pas été la meilleure en entrevue, mais je suis restée polie, positive et souriante. Je n’étais peut-être pas le genre de personne qu’ils recherchaient. Fine. Toutefois, je ne méritais pas de me faire rabaisser de la sorte. Je ne méritais pas qu’on se moque de moi, peu importe les raisons, surtout d’une manière aussi déplacée que de me parler de ma mère. Ce n’était tellement pas professionnel de la part de l’intervieweur.

 

J’ai retenu quelque chose de précieux de cette première expérience d’entrevue. La personne qui te passe en entrevue passe elle aussi une entrevue de façon implicite. Si elle se moque de toi, te ridiculise, te fait sentir stupide ou te pose des questions personnelles déplacées, va-t’en. Tu ne veux pas travailler dans cette organisation, encore moins avec ce genre de personnes. Si une personne est capable de se moquer de toi en 15 minutes d’entrevue, qu’arrivera-t-il lorsque tu y travailleras plusieurs heures par semaine? Une entrevue, ça sert aussi à juger si tu veux vraiment le poste. Utilise ce temps pour en apprendre le plus possible sur l’organisation, le mode de fonctionnement, l’équipe de travail et les conditions d’emploi.

 

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Gabrielle Delorme Amoureuse de la vie et lectrice invétérée, Gabrielle est obsédée par Harry Potter. Gaga des animaux, elle aime aussi suivre les tendances.