Faire la paix avec soi pour accepter son choix

Ce texte, c’est un peu la quête de la paix intérieure dans cette expérience éprouvante que représente un avortement.  Pour moi et pour toutes celles qui l’ont vécu. C’est aussi une façon de se donner la permission de vivre sa peine et sa douleur sans la refouler. Comme si l’interruption volontaire de grossesse ne pouvait pas faire aussi mal qu’une interruption involontaire.

Pourtant, un avortement, ça ne fait pas seulement mal physiquement, ça fait surtout mal psychologiquement, mentalement et même spirituellement. Un avortement, ça fait du mal à l’âme.

Parce qu’il y a quelque chose de contre nature, de brutal et de violent dans le fait de s’allonger sur une table pour se faire aspirer la vie humaine qui prend forme en nous. Pour ma part, je me souviendrai de ce ciel bleu et ensoleillé que j’ai fixé pendant qu’on t’examinait via une échographie. Je voulais fuir ton image, mais la réalité m’a rattrapée, car au lieu de voir, j’ai entendu ton petit cœur. Je ne sais pas où j’ai trouvé la force de continuer tellement ça faisait mal au mien.

Un avortement, c’est un événement qu’on voudrait oublier, mais qui ne peut faire autrement que de faire partie de nos souvenirs, de notre histoire, de nous, et ce, pour le reste de notre vie. Malheureusement, un avortement ce n’est pas seulement les quelques minutes que dure l’intervention, c’est aussi l’avant et l’après….

 

L’avant. On dit que tu étais seulement un fœtus, mais pour moi tu étais tellement plus que cela. C’est difficile de savoir que, dès la fécondation, ton bagage génétique était déterminé. Tu avais déjà un sexe, une couleur de yeux, une texture de cheveux… J’avais même le sentiment que tu étais un garçon. Je n’ai pas pu m’empêcher t’imaginer ton apparence dans ma tête, un petit gars aux cheveux frisés comme ton père. C’est également pénible de savoir que tu avais déjà un petit cœur qui battait. Pour moi, tu étais beaucoup plus qu’un fœtus, tu étais un être humain qui prenait forme en moi.

Ensuite, il y a un après… Un avortement, ça se déroule si rapidement, alors qu’il y a inévitablement une partie de toi qui ne le réalise pas, qui ne prend pas conscience du caractère irrévocable de ce choix. Les jours suivants, j’aurais souhaité ne pas avoir de saignements, j’aurais voulu que mes seins soient toujours aussi douloureux. J’aurais même aimé avoir encore des nausées, mais tous ces symptômes se sont dissipés rapidement m’obligeant à réaliser que tu n’étais plus là, que tu n’existais plus et que je devais dorénavant vivre avec les conséquences de mon choix.

Les premiers jours, j’étais incapable de reprendre ma consommation régulière de café ou de boire du vin, des petits plaisirs de la vie que j’avais cessés au cas où je te garderais. C’était surprenant de savoir à quel point il était facile de me priver pour toi. Recommencer, c’était comme si je tirais profit du fait que tu n’étais plus là.

Alors que j’aurais tellement voulu le contraire. J’aurais tant voulu connaître autre chose de cette grossesse que les nausées et la fatigue. J’aurais voulu te sentir bouger en moi, j’aurais aussi voulu te prendre dans mes bras et bercer. J’aurais voulu voir à quoi tu ressembles. J’aurais voulu te voir grandir…

Pourtant, j’ai fait le choix inverse, le choix le moins égoïste que j’ai fait dans ma vie. Comme plusieurs autres avant moi et comme plusieurs autres le feront après, j’ai choisi l’inverse pour toi. Parce que je n’étais pas en mesure de t’offrir la vie que tu méritais.

Pour ma part, c’est la relation entre ton père et moi qui m’a conduite à ce choix. Pour l’instant, tu n’étais pas témoin des paroles échangées et du climat qui régnait parfois entre nous. Je n’avais pas le droit de t’offrir un milieu de vie que je savais, à l’avance, loin d’être optimal. Je n’avais pas le droit de croire utopiquement que ton arrivée serait comme un remède pour guérir notre relation.

Même si ton père avait été là pour toi, j’avais un besoin profond de sentir que je formais une équipe solide et durable avec lui pour être une bonne mère pour toi. J’avais simplement besoin d’être deux. J’étais incapable de m’endormir sereinement le soir après une chicane, sans que l’angoisse me visite, te sachant grandir dans mon ventre en étant seule dans mon lit. Je m’excuse sincèrement mon bébé, je n’avais pas la force d’être seule avec toi.

Je ne t’oublierai jamais, mais je dois faire la paix avec ce choix. Un jour, je l’espère, j’aurai plus de force et de courage.

 

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