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La petite demande

Les prochaines lignes parlent de mariage. J’ai longuement hésité, devant mon ordinateur, à écrire sur ce sujet. Ce que je tente d’offrir, ici, c’est un regard différent sur l’engagement, sans prétention d’y connaître quoi que ce soit.

Je peux concevoir en quoi l’appellation «grande demande» est juste. La demande est grande, lorsque regardée vue du ciel, dans son ensemble. Elle implique une période de temps qui est plutôt grande, disons-le, toute une vie.

Mais au-delà de ça, je crois que l’appellation manque de justesse. Il s’agit plutôt d’une petite demande. C’est une demande fondamentalement simple, authentique. C’est de demander à l’autre de partager avec soi les aléas du quotidien. C’est de choisir quelqu’un avec qui l’on veut déjeuner, avec qui l’on veut parler, la nuit, quand le sommeil manque, avec qui l’on veut terminer notre journée. C’est de sélectionner avec soin la personne que l’on veut à nos côtés quand on a une mauvaise passe, quand on accomplit de belles choses, quand on fait rien, aussi. L’art de ne rien faire est une délicatesse de la vie qu’il fait bon partager avec quelqu’un que l’on aime.

C’est de se pardonner dans les moins bons coups, c’est de vouloir partager notre peine et notre bonheur. C’est de demander à l’autre de bien vouloir nous accepter tel que nous sommes, imparfaits, avec nos blessures et nos idées de grandeur.

C’est très petit tout ça, sans confettis. La petite demande, c’est vouloir bâtir avec l’autre un futur proche. Car c’est le seul futur qui existe vraiment. C’est celui qui vient tout de suite après le moment présent. Le futur éloigné n’est qu’une conception idyllique, un peu fausse. C’est le quotidien qui nous forge, qui nous moule, alors comment savoir où nous serons dans 15 ans alors que l’on a pas vécu encore les jours qui les précèdent?

La demande est grandiose dans sa simplicité, dans son essence de vouloir vivre au quotidien la plus grande des normalités. De passer à travers le quotidien en le rendant vivant, ponctué de rires et de complicités. C’est de vouloir avancer à deux, malgré les différences, les désaccords et les difficultés.

 

Il existe un brin de folie dans la petite demande, certes. C’est peut-être ce qui la rend grande. Le fait qu’elle est la succession de petits moments de chaque instant et qu’après tant d’années, toutes les petites pièces finissent par créer un chef-d’oeuvre.

L’essentiel se trouve d’ailleurs au quotidien, dans les détails. On peut se passer de l’or et de la bague, de la grande fête et de l’officialité. Il n’y a jamais d’amour sans histoire et c’est ce qui le rend si grandiose. La petite demande, on la formule plusieurs fois dans notre vie. Chaque jour, en fait. C’est une demande qui se renouvelle constamment, qui ne prend rien pour acquis.

Et c’est ce en quoi elle consiste, la petite demande. C’est au fond, se réveiller à l’aube un lundi matin froid en plein cœur de l’hiver, se retourner vers l’être que l’on aime et l’entendre dire: «Veux-tu que je nous prépare un café?» Et répondre, doucement, le sourire en coin: «Oui je le veux.»

 

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Geneviève Gauthier Bachelière en sciences du langage, étudiante à la maîtrise en linguistique. Amoureuse des mots et du pouvoir qu'ils ont d'apaiser les maux. Words to live by : «Le tigre fait dix-huit bons, mais le renard a dix-neuf terriers.» - Proverbe tibétain. Insta : @genevieve.gauthier