Le droit d’être mince

La quête de la minceur est omniprésente dans la société, on le sait toutes. La minceur est souvent un synonyme de beauté; c’est un objectif que beaucoup de femmes souhaitent atteindre, et ce, parfois même de façon plutôt malsaine. Toutefois, on oublie que certaines filles peuvent avoir le complexe inverse, c’est-à-dire le désir de prendre du poids. Elles ne courent peut-être pas les rues, mais ça existe; surprise! J’ai donc décidé de te parler d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur, soit le complexe de la minceur, sur un ton un peu plus personnel qu’à l’habitude.

 

 

On va faire un petit retour dans le temps, sur les bancs de l’école secondaire. T’as quoi? 14-15 ans? Tes amies commencent à avoir des formes, mais pas toi. Tu es la grande élancée qui semble peser 80 livres mouillée dans ton petit corps qui n’est pas encore développé. Tu es vraiment très mince, voire maigre. Pourtant, tu manges énormément, probablement même plus que la plupart de tes amies.

Tu es celle qui va se reprendre une deuxième assiette ou qui va finir les restants des autres. Tes amies te répètent constamment qu’elles ne comprennent pas comment tu fais pour manger tout en restant aussi mince. «La génétique», que tu leur dis, et c’est pourtant bel et bien vrai. Ça, c’est ce que j’ai vécu tout au long de mon secondaire et, crois-moi, je sais que je ne suis pas la seule, mais tsé, «on est maigre, on ne peut pas se plaindre.»

Je marchais souvent dans les couloirs de l’école durant mes pauses, croisant les regards de centaines d’élèves. Certains me saluaient, car il s’agissait d’amis. D’autres me dévisageaient, allant même jusqu’à glisser un mot à l’oreille de leur ami(e) tout en continuant de me fixer. J’entendais, ou je croyais souvent entendre: «Est-ce qu’elle est anorexique?» Une personne me l’a même déjà crié pendant que je passais devant elle.

Au fil du temps, j’en suis venue presque paranoïaque à l’idée que les gens pensent que j’étais anorexique à cause de ma silhouette. J’avais une sorte de phobie sociale, une peur, et surtout une impression que tout le monde me regardait et me jugeait à cause de mon corps. J’hallucinais le moindre chuchotement comme étant les sons qui formaient le mot «anorexique». J’avais peur que les gens me qualifient de quelque chose que je n’étais pas. J’étais tellement complexée d’être si mince quand je voyais mes jolies amies avoir des formes et recevoir des compliments des garçons. J’étais toujours celle à côté qui était pratiquement invisible.

Pour essayer de prendre du poids, je mangeais constamment du fast food. Amenez-en des Big Mac et de la poutine. Rien à faire. Je ne faisais que ruiner ma santé à me bourrer de junk food afin de tenter de prendre du poids. Par la suite, j’ai essayé de prendre des suppléments alimentaires, en plus de mes repas quotidiens. Encore rien à faire. J’étais vouée à garder ce corps tout mon secondaire, et je ne pouvais rien y faire; j’étais incapable de m’accepter.

J’ai compris que, tout au long de mon secondaire, les gens étaient extrêmement méchants. Tout le monde sait que c’est inapproprié de rire de quelqu’un qui a un surplus de poids. On ne dira pas directement à une personne qu’elle est grosse, mais ô combien de gens ne se gênent pas pour traiter une fille de «maigre», d’«anorexique», ou de lui demander si elle va tout simplement casser tellement qu’elle est mince.

Je passais mon temps à me comparer aux autres et à demander à mes amies si j’avais la même grosseur que telle ou telle fille, pour savoir comment les gens me percevaient. C’était tellement important à cet âge… J’arrivais chez moi, je me regardais dans le miroir, et j’avais envie de pleurer. C’était vraiment un coup de poignard droit dans le ventre lorsque les gens me demandaient pourquoi j’étais si maigre et si je mangeais (Es-tu vraiment en train de dire ça à la fille qui mange toutes les cinq minutes?). Le problème, que je constate avec le recul, c’est qu’étant donné que la minceur est perçue comme quelque chose de beau et de bien, les gens ne semblaient pas se rendre compte à quel point c’était aussi méchant que de traiter une personne en surpoids de «grosse».

Finalement, ma solution miracle est apparue vers la fin de mon secondaire. J’ai commencé à m’entraîner pour prendre du muscle et, donc, grossir. Ça fonctionnait! J’ai découvert une sorte d’exutoire que l’entraînement me procurait; ça me permettait non seulement de travailler mon corps comme je le voulais, mais c’était aussi une façon d’éliminer le stress.

 

Bref, tout ceci pour dire que si tu te reconnais, toi, la fille trop mince, je veux que tu saches que notre corps change au fil du temps et qu’on ne reste pas toute notre vie avec notre corps d’adolescente. Je veux aussi te dire de prendre confiance en toi, et que si quelque chose te déplaît par rapport à ton corps, mise sur ce que tu aimes de toi.

J’aimerais aussi faire comprendre à tous ceux qui croient que les commentaires négatifs à l’endroit d’une personne très mince ne l’affecteront pas, que vos gestes peuvent avoir beaucoup de répercussions sur l’estime d’une personne en plein développement. Aussi, il s’agit d’une certaine forme d’intimidation, plus ou moins directe. Ce n’est pas parce que la minceur est valorisée dans la société qu’il est acceptable de juger une personne sur son poids, quel qu’il soit.

Pour clôturer le tout avec une phrase clichée: «La beauté est dans les yeux de celui qui regarde». Ne te laisse jamais abattre par les jugements des autres parce que t’es fine, t’es intelligente, t’es belle comme tu es.

 

Pour ne pas manquer nos prochains articles, inscris-toi à notre infolettre!

Commentaires

Jessica Dussault Bachelière en communication, amoureuse de la bonne bouffe et adepte des jolis endroits cachés de Montréal.