L’étiquetage compulsif, une maladie sociétale

Notre société a de petits bobos. Vous ne voyez pas? Elle tousse, elle renifle et ses yeux sont tout boursouflés. Qu’on la guérisse quelqu’un! La guérir de quoi vous me demanderez? Je ne suis pas médecin, mais mon diagnostique serait celui-ci: le virus de l’étiquetage compulsif.

Toi, c’est quoi ton étiquette? La sexy? La sportive? La superficielle parce que tu as des cheveux blonds et des faux cils? Non, mais on est tanné de ça. Je vous épargne tout l’aspect amoureux de cette maladie qu’est l’étiquetage. Tout le côté d’attribuer un statut défini à une personne par son choix de couple. Ça, je pourrais en parler longtemps.

Mais aujourd’hui, c’est des détails dont je veux parler. Des symptômes d’ordre quotidien de l’étiquetage compulsif. Les points et les virgules de la maladie, pas la syntaxe au complet parce qu’il me faudrait un roman. Je pense toutefois que c’est avec ces petits changements qu’on va pouvoir arriver à mettre à jour le dictionnaire.

Qu’on s’en rende compte ou non, dans la vie, on pose des étiquettes sur le front des gens. C’est de même, on dirait que l’humain ne peut s’en empêcher. Un tic. Une manie. Une dépendance. On se croirait dans un Walmart. C’est des étiquettes rouges par-dessus des étiquettes blanches par-dessus des étiquettes jaunes. Tu vois le genre?

Au primaire, tu étais peut-être la gênée. Arrivée au secondaire, tu as eu le malheur d’apprendre à t’arranger, tu es devenue Barbie. Une fois au cégep, tu osais poser des questions au professeur, tu étais la bolée. Tu avais des lunettes rondes, tu étais soudainement une hipster.  C’est quoi la suite? On va nous mettre dans des boîtes, des cubes, des cases? Nous classer par catégories? Avec un numéro peut-être?

Et si moi j’avais envie de faire ce que je veux, sans qu’on m’appose un statut? Qu’est-ce qui nous dit que la personne qu’on appelait toujours le «gros» au secondaire, n’était pas en fait en train d’essayer de maigrir. De manger mieux. De s’entraîner les soirs. Son étiquette à lui, elle devait être pesante.

 

Bien sûr, c’est facile de mettre une étiquette. Ça prend seulement quelques secondes. Mais c’est pas mal plus dur à enlever… Il reste toujours le résidu de colle blanche. Y a-t-il de quoi de plus difficile à arracher que ça? C’est à gratter petit bout par petit bout.

Je ne sais pas si je suis la seule à avoir cette brillante idée révolutionnaire, mais pourquoi ne jetterions-nous pas ces bouts de papier collant blanc? Fin de la production. Pénurie au Québec. Interdiction dans les écoles et les maisons. Parce que si moi je te la composais mon étiquette, elle mesurerait quelques mètres de long. Je ne peux pas me résumer en un seul mot. J’ai des détails, des nuances, des explications. Je devrais la changer chaque jour, chaque heure. Parce que oui, on change. On évolue. Et pour être franche, personne n’a vraiment envie de se faire empiler étiquette après étiquette sur le front. Imaginez le temps que ça prendrait pour toutes les décoller?

C’est simple. Ça s’adonne que le jeudi j’aime gribouiller sur un cahier dans mon cours, mais le vendredi peut-être que ça ne me tentera pas de te faire un dessin. La fin de semaine, j’aime prendre le temps de me maquiller, mais tu ne me verras certainement pas avec un trait d’eyeliner le lundi matin. Et au mois de décembre, peut-être que je vais avoir mes patins dans les pieds chaque semaine, mais ne me demande pas d’aller taper dans un ballon de soccer en juin.

Alors, tu vas écrire ça comment sur mon étiquette? J’espère que tu écris petit.

 

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Noémie Laplante Amoureuse des mots et fascinée par la psychologie humaine, elle a toujours mille et une idées d’articles. Sa liste d’activités à essayer est aussi longue que la série Grey’s Anatomy!