Le rêve olympique VS la réalité

Les Jeux olympiques de Rio 2016 sont enfin à nos portes. La sortie de la traditionnelle publicité Thank You Mom de P&G l’a annoncé il y a quelques semaines, mais on est désormais tout proche de la cérémonie d’ouverture. On les prépare depuis des années, on en parle depuis plusieurs mois (pas toujours pour les bonnes raisons, malheureusement) et des athlètes se sont préparés toute une vie pour y prendre part.

Pour d’autres, le début des Jeux olympiques est le rappel d’un rêve né il y a longtemps et les athlètes et leurs coachs ne sont pas seuls à le partager. Au sein de tout le personnel de soutien qui se trouve derrière une organisation sportive, plusieurs ont également des rêves de grandeur.

Parmi eux, il y a Francis Maheu, un descripteur sportif. « Le métier de descripteur sportif peut sembler simple en surface, explique-t-il. Il s’agit de répliquer ce qu’on voit en paroles. On est là pour faire un copier-coller de l’action. » Évidemment, c’est plus compliqué que ça. Il doit donner vie au match qu’il décrit en jouant sur les degrés d’émotion. 

Passionné de sport, mais surtout d’histoires de sport, depuis toujours, il a étudié en télévision à l’UQÀM avant de se tourner vers la description sportive il y a trois ans. Depuis, il a cumulé de l’expérience dans plus de 150 événements sportifs, qu’il s’agisse de volleyball, de soccer, de natation, de hockey ou d’Ultimate Frisbee.

« Quand on me demande ce qu’est mon rêve de carrière, je dis toujours: tu pourrais me donner le poste de commentateur des matchs du Canadien de Montréal pendant 50 ans et je te dirais non si tu me donnais les Olympiques une seule fois en échange. »

Déjouer les probabilités

Seulement, peu de postes de descripteurs sportifs existent et rares sont ceux qui peuvent vivre de ce métier. Pour réussir à percer dans le milieu, il faut être à la bonne place au bon moment et connaître les bonnes personnes.

À cette réalité s’ajoute celle qui veut que les offres d’emploi arrivent à une fréquence irrégulière, ce qui ne permet pas de se faire un plan de carrière. Il faut être casse-cou pour être descripteur sportif : « On apprend sur le tas alors il arrive qu’on se plante alors qu’on est en direct. Ce n’est pas le genre d’emploi où tu peux te permettre d’avoir peur. Il faut de l’audace et saisir les occasions qui se présentent, même si on ne se sent pas prêt », affirme Francis.

De plus, contrairement aux athlètes qui ont un entraîneur et toute une équipe de spécialistes pour les encadrer et les aider à atteindre leur plein potentiel, il n’existe aucune formation spécifique au domaine médiatique sportif.

 

The harder the battle 2Kushandwizdom

Le processus d’apprentissage se fait par soi-même et exige de laisser son orgueil de côté. Après chacun des matchs qu’il commente, Francis écoute l’enregistrement et tente de déterminer sur quels points il doit travailler. Cette étape est d’autant plus importante que les critiques se font peu fréquentes. « En discutant avec Charles-Antoine Sinotte, qui est analyste de football à TVA Sports et ancien joueur de McGill, nous nous sommes rendu compte que nous avions très peu de feedback sur notre travail et que nous n’avions pas réellement la chance de nous améliorer », explique-t-il. Pour cette raison, ils ont commencé à se critiquer mutuellement, allant même jusqu’à s’envoyer des messages textes lorsque l’un d’entre eux est en ondes pour lui dire sur quels points faire attention. 

La réalité du milieu sportif

C’est peut-être à cause des films américains dont on est gavés depuis notre enfance, mais on se fait souvent comme idée que la réalisation d’un rêve dont les chances de réussite sont contre nous passe par une persévérance qui s’approche dangereusement d’une obstination aveugle. On aura l’image de quelqu’un qui refuse de voir les choses telles qu’elles sont parce qu’il n’a que son objectif en tête.

Il y a une certaine grandeur dans ce genre d’attitude, mais la réalité, c’est qu’elle ne réussit qu’à un nombre restreint de personnes. Ce type de mentalité est souvent accompagné d’une pression qu’on s’inflige à performer au mieux de nos capacités, car on n’a rien d’autre sur quoi reposer notre avenir. Bien souvent, ce stress inhibe la performance: « À l’approche d’un match, je n’étais plus fébrile, je n’avais plus hâte de le commenter à cause de toute cette pression que je me mettais pour être bon et pour réussir, dit Francis. Depuis que j’ai un plan B de carrière, j’y prends beaucoup plus de plaisir et ma progression est fulgurante. »

La réalité, c’est aussi qu’on ne peut pas toujours vivre de nos passions. C’est pourquoi Francis a opté pour une autre avenue après avoir vécu une période de remise en question durant laquelle il a choisi d’entreprendre des études dans un domaine qui lui assurerait une certaine sécurité d’emploi —la vente d’audioprothèses—, tout en continuant à commenter des événements sportifs on the side et avoir des opportunités de pratiquer sa passion.

Après tout, comment peut-on faire ce qu’on aime et y connaître du succès lorsqu’on a l’impression qu’une petite erreur de notre part se terminera en un échec monumental ?

Il n’y a aucun chemin tracé pour devenir un descripteur sportif reconnu. Il s’agit d’un métier où il faut accepter que les erreurs font partie de la game plus souvent qu’on ne le souhaite, et ce, malgré les années d’expérience et les efforts qu’on y met.

C’est là une des grandes leçons du milieu sportif: peu importe ce que l’on fera, notre succès n’est pas garanti. Mais c’est également ce qui en fait sa beauté. Peu importe ce que l’on souhaite accomplir, il faut trouver une façon de réussir.

Pour un aperçu complet du parcours et du travail de Francis Maheu :

Son site web, c’est ici

Demo: https://youtu.be/pTBXphODKIo

 

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