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Une voyageuse dans l’âme, bientôt dans la vie

Je suis une grande voyageuse dans l’âme. Mais pas (encore) dans la réalité. Depuis des années, je rêve de voyager en Europe, de partir en backpack, de m’imprégner de la culture locale de villes historiques, de dormir dans des auberges de jeunesse malgré ma crainte des punaises de lit, de me rendre compte que je me suis fait avoir par tous les attrapes-touristes, d’avoir des anecdotes de voyage à partager à mon retour…

Bref, d’avoir un peu vécu et d’avoir quelque chose de plus captivant à raconter durant les conversations plates.

Je dis donc que je suis une voyageuse « dans l’âme » car aucun des voyages que j’ai pu faire jusqu’à présent ne se rapprochaient du dépaysement que je souhaite vivre un jour. Je n’ai jamais été complètement désorientée et laissée à moi-même pour me sortir du pétrin dans lequel je me mettrais inévitablement et je ne suis jamais sortie d’un aéroport en me disant : « Qu’est-ce que je fais maintenant? ». Chaque fois, j’étais entourée de plein de gens de confiance et l’itinéraire était tout tracé avec peu de temps libre pour visiter les environs.

Ce goût de partir vers l’inconnu peut sembler irrationnel pour une personne comme moi qui, après avoir vécu à Montréal toute sa vie, a comme principal seul repère géographique le plan du métro et qui a de la difficulté à distinguer l’est de l’ouest si on la sort de son quartier.

Alors que mon entourage de finissants de bac semblent fêter la fin de leur parcours universitaire avec un voyage loin loin loin de la maison — la Thaïlande et le Nicaragua semblent être in cette année, si je me fie à mes fils d’actualité Facebook et Instagram — j’ai décidé, encore une fois, de rester sagement chez moi pour trouver un stage ou un emploi pour l’été.

Puis mon amie m’a annoncé la nouvelle il y a quelques semaines: elle part en voyage en Europe cet été pour 5 semaines avec une amie. Elles visiteront la Hongrie, l’Autriche, l’Allemagne et la République Tchèque au cours des trois premières semaines, puis ses parents viendront la rejoindre en Croatie pour les deux semaines suivantes. Nul besoin de préciser que je suis jalouse, même si je suis très contente qu’elle puisse vivre cette belle expérience. Mais le plus douloureux dans cette conversation a été le moment où elle m’a lancé: « Tu pourrais tellement venir me rejoindre en Croatie et rester sur le voilier avec nous! »

Au fil des ans, ma réponse à ce genre de conversation est devenue un automatisme. Chaque fois que le mot « voyage » entre dans la conversation, je réponds par: « J’aimerais tellement ça aller là-bas! Mais j’ai juste pas le temps / il faut vraiment que je travaille cet été / j’avais prévu faire un stage pour prendre de l’expérience dans mon domaine d’étude / je prends des cours d’été… »

Loin de moi l’idée d’écrire un article qui traite de l’importance d’être #YOLO et du #FOMO dans la vingtaine — je vous assure que c’est la seule et unique fois où j’utiliserai de plein gré ces termes dans un de mes articles. Seulement, si je me sens à ce point envahie par les responsabilités professionnelles, scolaires, financières, etc. maintenant alors que je vis encore chez mes parents et que je viens de terminer mon bac, je me demande quelles excuses je trouverai plus tard pour ne pas partir à l’aventure, lorsque j’aurai une carrière, une hypothèque à rembourser, des factures à payer et un cochon d’Inde à nourrir.

À coups de « il faudrait », « je devrais », « je ne peux vraiment pas » et « peut-être plus tard » sans même considérer l’option qui nous sera bénéfique sur le plan personnel, je crois qu’on finit par passer à côté de ce qu’est censée être la vingtaine, soit de vivre un foule d’expériences qui nous sortiront de notre zone de confort et qui nous feront grandir.

Ça finit par forger le caractère et par faire des gens plus accomplis. Et si vous voulez mon avis, ça vaut beaucoup plus qu’une expérience supplémentaire dans un CV.

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