Tu vas t’en remettre, je te le promets

Un soir, au téléphone, à quelques centaines de kilomètres de distance, je lui dis:

« Salut, c’est moi. Je ne veux pas te déranger, mais ça ne va vraiment pas… »

Je tremblais tellement j’anticipais les conséquences de cette conversation. Et il dit:

« Quoi? Qu’est-ce qui s’passe là? Tu sais que je dors déjà à cette heure! »

Il n’avait même pas détecté les larmes dans ma voix.

« J’suis plus capable… J’suis plus heureuse… »

L’alcool, une bouteille complète de je ne sais plus trop quoi, m’avait donné le courage de lancer cette phrase que j’avais répétée tant de fois dans ma tête.

« Câlice, j’veux juste dormir! On peut pas parler de tout ça demain?! »

Sur ces mots, j’ai raccroché. Et enfin quitté cette relation.

 

sad-505857_960_720Unsplash

 

Flashback: trois ans plus tôt.

Il était mon collègue de travail. Je flirtais avec lui pour le plaisir, sans trop y croire.

Ça t’est déjà arrivé ce genre de truc? Tu sais, la fausse innocence d’un sourire, d’une attention, d’une volonté à rendre service? Et tranquillement, une réciprocité s’installe et les sentiments se dévoilent. Bref, malgré tout, ça me semblait impossible. Je me disais qu’une fille de 17 ans avec un gars de 23 ans, ce n’était pas très conventionnel. Évidemment, je m’en faisais accroire. Mais, au fond de moi, j’étais certaine de l’avoir trouvé: le bon, l’unique. CELUI qui n’a qu’à poser son regard sur moi pour comprendre mes plus grandes peurs et deviner mes plus grands espoirs! CELUI qui me rendrait heureuse toute ma vie (oui, oui, je sais, j’avais 17 ans). En un mot, c’était LUI!

LUI… qui me trouvait la plus belle! LUI… qui courait me chercher mes bonbons favoris au dépanneur aux petites heures de la nuit! LUI… qui me bordait le soir au téléphone (la distance oblige)! LUI… qui croyait en moi et qui me donnait confiance! Lui… qui m’écoutait quand j’en avais besoin! LUI, LUI, LUI.

Comme au cinéma, il m’a fait imaginer l’amour, voire le couple parfait… Et le prince charmant, c’était LUI.

 

Ce soir-là, j’en avais terminé avec lui.

J’étais soulagée. Et puis, subitement, quelque chose d’imprévu, dans ma vie, a chaviré.

Je venais tout juste de raccrocher et, déjà, je sentais le poids de la solitude m’écraser. J’avais pourtant souhaité cette rupture. Mais là, tout d’un coup, quelque chose glissait sous mes pieds. La tête me tournait, le ventre me faisait mal, j’avais du mal à respirer.

Je ne dormais plus, ne mangeais plus, ne trouvais plus rien d’agréable dans ce qui habituellement me faisait sourire. Il y avait ce vide, ce sentiment nouveau et désagréable qui me grugeait de l’intérieur. Quelque chose s’était brisé et perdu à jamais. Combien de fois ai-je appelé ma mère pour lui demander si c’était normal d’avoir autant mal? Tu vas t’en remettre, je te le promets, qu’elle me répondait toujours.

C’était quoi mon problème? Je ne comprenais pas. Quelle drôle d’ironie! Je foutais ma vie en l’air pour un gars dont je ne voulais plus! C’était insupportable. La seule façon que j’avais trouvée pour alléger la douleur, d’une manière temporaire et peu recommandable, mais ô combien efficace sur le coup, et même après coups (ceux que l’on se prend, on s’entend) c’était de confier mes problèmes à mon nouvel ami Daniels, Jack de son prénom.

Il me forçait à me questionner. Quelle était la signification de « pour toujours » dans la phrase je t’aimerai pour toujours? Pour toujours jusqu’à ce qu’on soit pu capables de se supporter? C’est ça l’amour? Pis, c’est quoi au juste, l’amour? Toute question méritait un verre. Une autre gorgée pour conjurer le mal. Quand on sonde les profondeurs de l’âme et qu’il faut vider la question, autant boire cul sec. À défaut de trouver des réponses, ça aide à creuser son trou, à se recroqueviller sur soi-même, pis à pleurer tout son soûl (sans vouloir faire un mauvais jeu de mots). On essaie de s’en sortir comme on peut.

 

J’ai appris à la dure les cinq étapes du deuil (en cas de doute, google-les). Un an que ça m’a pris pour m’en remettre complètement! Pendant cette looooooongue année, j’ai erré, comme un fantôme à la recherche de son existence, de sa vie antérieure, où les histoires d’amour se réalisent, où l’ennui de l’autre n’existe pas, où le bonheur à deux, comme dans les films, devient réalité. Je me camouflais sous mon drap blanc, à l’abri de toute tentation de reproduire mon rêve impossible. Combien d’opportunités ai-je refusées par peur de revivre ce mal? Combien de cœurs j’ai préféré briser plutôt que d’écorcher le mien? Combien de fois j’ai pleuré en me disant: « PU JAMAIS ! »

Tu sais quoi?

Cette expérience m’a appris quelque chose de nouveau et d’important: ce n’est jamais facile de se donner à quelqu’un de nouveau, de se rendre encore une fois vulnérable, de croire à l’amour. Mais j’ai décidé de me laisser une chance. Une autre.

Tu sais quoi encore ?

Un jour, toi, qui comme moi as vécu une rupture difficile, tu vas rencontrer cette personne qui comprendra tes peurs et qui va tout faire en son pouvoir pour les apaiser et les faire disparaitre. Quelqu’un avec qui tu seras naturellement bien. Quelqu’un qui te fera tomber en amour à nouveau à tous les jours. Quelqu’un avec qui tu n’auras pas le temps d’imaginer la relation parfaite, parce que tu vas la vivre.

Et si jamais tu n’es pas rendu-là; tu vas t’en remettre, je te le promets.

 

Commentaires

Marie-France Poulin Dans son univers, tu côtoieras ses idées, sa vie et ses mots. Intenses, exubérants, mais toujours honnêtes, touchants et réfléchis.