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17 ans et le cancer

Par Cynthia Lauzé – le dans Chroniques
Quelque chose s'est éteint en elle ce jour-là. Cette sorte de naïveté enfantine dont elle avait toujours fait preuve jusqu'à maintenant. Cette franche innocence se transformait tranquillement en une conscience très terre-à-terre de la fragilité de la vie. Une conscience très grande et très rapide pour une si jeune personne. Trop rapide même. Ce matin-là, du haut de ses 17 ans, elle s'est réveillée croyant avoir la vie devant elle. Mais sa santé en avait décidé autrement. Son corps n'arrivait plus à suivre le même rythme de l'adolescente passionnée. DIAGNOSTIC: Cancer des ganglions.

Ça, c’était la fois où nous étions jeunes, à peine 17 ans, et que mon amie d’enfance est tombée malade d’un seul coup. Black out total.

Ce jour-là, quand ça nous arrive, on se demande comment ça on n’a rien vu venir avant. Comment on a fait pour ne rien remarquer. On s’en veut. Et puis, on se remémore les tout derniers jours avant l’annonce de sa maladie, pour vérifier si l’on se rappelle de quelque chose d’anormal. Quelque chose qui nous aurait permis de le déceler plus tôt. Mais rien. On se demande aussi qu’elles ont été nos dernières actions à ses côtés. Est-ce que j’ai assez été là pour elle dans sa vie dernièrement? Est-ce que je l’ai trop souvent pris pour acquise? Ai-je été assez présente dans le moment le plus difficile de toute son existence? Trop de questions qu’il n’est maintenant plus le temps de poser. À présent, il faut être fort. For the both of us.

La conclusion la plus rapide a été de penser « Maudit qu’la vie c’t’une chienne parfois ». À court terme, ce genre de raisonnement nous a évidemment réconfortés dans le malheur. Blâmer la vie, l’entité plus grande que soi, était bien plus facile. Mais à long terme, on se rend compte que ce n’est pas ça qui va nous aider à retrouver le sentiment de paix. Si la vie avait décidé de mettre cette maladie sur notre chemin, c’était pour nous tester. Nous allions donc devoir être plus fortes que ça.

Remarquez, j’ai tendance à parler au nous. Je m’inclus dans la situation comme s’il s’agissait de ma propre bataille. Je sais qu’ici, l’égoïsme était complètement overrated. J’étais consciente que le soir, c’était bel et bien elle qui dormait avec un nouveau « partenaire » obligé. C’était bel et bien elle qui avait dû faire de la place à ce tout nouvel intrus. C’était bel et bien elle qui allait devoir abandonner les études, faire face à tous les traitements… Bref, mettre toute sa vie d’adolescente en parallèle. Mais l’égoïste en moi ne pouvait s’empêcher de penser que c’était aussi moi qui, à partir de maintenant, allait m’endormir en redoutant toujours son départ soudain. Et c’était une question trop lourde à se poser, pas juste pour moi, mais pour quiconque.

Tranquillement, il est devenu beaucoup plus apaisant pour l’âme de percevoir cette épreuve comme une possibilité de nous rappeler toutes les bonnes choses de la vie. À partir de maintenant, nous n’avions plus le choix de jouer toutes nos cartes avec prudence. Bien que le jeu n’était pas du tout en notre faveur, c’était une belle occasion d’en réunir tous les joueurs.  

Et c’est comme ça, côte-à-côte et en toute intégrité, que son combat pour la vie a commencé.

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