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La fois où j’ai été distributrice

Par Collaboration spontanée – le dans Chroniques
Que ce soit Tupperware, Avon, Arbonne, Younique, It Works, Mary Kay, etc., les compagnies qui nous proposent de devenir représentants ou distributeurs sont très nombreuses. Il y a quelques semaines, je me suis embarquée là-dedans. Mon but n'étant pas de faire une campagne de salissage, mais plutôt de parler de mon expérience, je nommerai la compagnie pour laquelle j'ai été enrôlée «CompagnieX».

Au départ, je voulais surtout trouver un revenu supplémentaire qui me permettrait d’arrondir mes fins de mois. C’est d’ailleurs une petite publicité sur les médias sociaux qui m’a attirée. On peut dire que c’était attrayant en surface (et que je suis un peu une âme faible), alors j’ai voulu me renseigner après avoir lu ceci:

Texte motivation
Retranscription publication Facebook

J’ai fait un copier-coller de la publicité sans changer un seul mot. En rédigeant cet article, je constate que ce sont les femmes qui sont visées par ce genre de publicité… Ce petit détail m’avait bien échappé avant la rédaction de ces lignes.

Sinon, avoue que toi aussi, ça t’excite un peu, malgré la surutilisation des émoticônes, problème d’ailleurs récurrent dans les publicités des distributeurs.trices de CompagnieX! J’ai donc manifesté mon intérêt et ai été très rapidement contactée par l’auteure, que je nommerai Julie.

«Bonjour Dhyana! Mon travail est pour CompagnieX je suis distributrice ce sont des produits 100% naturels et je recrute des gens motivés qui veulent travailler le marketing de réseau! S’est vraiment le fun. Je suis maman a la maison et sa me permet de gagner de l’argent facilement et de rencontrer pleins de nouvelles personnes  Notre salaire augmente rapidement! On fait du profit sur nos ventes.. mais aussi sur les ventes des files de notre équipe + des BEAUX bonus que la compagnie nous donne pour nous encourager a continuer de monter  On est vraiment une belle équipe on s’entraide beaucoup il n’y a aucune compétition dans CompagnieX!» [sic]

Julie m’explique ensuite comment CompagnieX est merveilleuse, qu’on a simplement à faire des publicités sur les médias sociaux et à recruter de nouveaux distributeurs pour la compagnie – explication de la rapidité de la prise de contact. Elle m’explique qu’on n’a pas de quota, et que le salaire monte très rapidement. Julie, par exemple, était distributrice depuis environ 6 mois et faisait maintenant un revenu mensuel d’environ 500$ à 700$ par mois.

Une solution miracle aux budgets serrés?

J’ai décidé de me lancer. À force de voir les publications beaucoup trop nombreuses de Julie, je devenais brainwashée à mon tour. Ne voulant pas payer la trousse de départ (mon but en me lançant dans cet univers était de faire de l’argent et non d’en dépenser), j’ai eu l’option de faire la prévente de son contenu. J’ai prévendu le tout très rapidement; Julie me disait ne jamais avoir vu ça (ouais, ouais).

Une fois la prévente terminée est venu le moment fatidique de l’inscription officielle en tant que distributrice sur le site de CompagnieX; en passant par le sous-site Web de Julie, évidemment, question que j’entre dans ses recrues et qu’elle s’enrichisse de mon inscription. Une inscription un peu longue et chiante, je dois le dire, mais j’ai cliqué sur le dernier bouton.

À partir de ce moment, je ne comprends pas ce qui s’est passé.

J’étais distributrice depuis à peine 10 minutes que Julie m’avait déjà ajouté à 13 groupes de discussion, qu’elle m’avait déjà tagué sous 9 vidéos explicatives et qu’elle avait déjà pris une photo de moi sur mon profil Facebook – cet événement m’a perturbé… – pour la modifier et indiquer en grosses lettres dessus «BIENVENUE DANS MON ÉQUIPE DHYANA!!!». Elle l’a ensuite partagé dans les multiples groupes de discussion et sur son propre mur. En 4 minutes environ, ma photo modifiée et publiée par Julie récoltait déjà plus d’une trentaine de j’aime et de j’adore

Leader et ses partisans
Pinterest

En 14 minutes, Julie avait fait augmenter mon niveau de malaise d’environ 339%. Je regardais Facebook faire surchauffer mon téléphone avec plus de 60 notifications en un pauvre quart d’heure… Et c’est sans parler de la conversation groupée des distributeurs de CompagnieX! Un message après l’autre, le téléphone qui vibre toutes les secondes parce qu’une telle voudrait savoir si ce produit fonctionne avec un gros monsieur poilu ou qu’une autre aimerait connaître le prix au détail de ce produit… Ouf! Je suis essoufflée juste à y repenser.

Mais bon, tout ça, ça se gère. Si l’extrême présence sur les médias sociaux et la trop grande quantité de notifications m’ont fait sursauter, me donnant juste envie de tout désactiver, ça pouvait être possible pour moi de finir par accepter de gérer ça. Mais – parce qu’il faut bien un mais – étant maintenant distributrice, j’avais, moi aussi, un sous-site sur le site de CompagnieX pour les commandes de mes futures-clientes-que-je-n’aurai-heureusement-jamais-finalement.

Ça ne finit plus, les surprises!

Quelle ne fut pas ma surprise en m’apercevant en premier lieu que non, il n’y a effectivement pas de quotas. Non, non, seulement un système de récolte de points. Chaque article vendu rapporte un nombre X de points (de 15 à 60 environ, selon le produit vendu). Et oh, surprise! Un nombre de points minimum est requis pour recevoir un salaire. Nombre de points qui, soit dit en passant, est quatre fois plus grand pour le premier salaire que pour les mois suivants.

Mais – nouveau mais – il y a plus! Je me suis rendu compte, dans mon espace virtuel personnel, qu’il y avait un prélèvement automatique programmé de 31$ par mois. «Mais qu’est-ce que c’est que cela?!», me suis-je demandé tout bonnement. Je suis donc allée questionner naïvement ma chère Julie pour qu’elle m’explique. «Oui pour le site web et site professionel[sic] ce n’est pas obligatoire mais ça va mieux…. sest 1 fois par mois et ça passerait sur ta carte de crédit»[sic]. Hum… un frais surprise qui sera débité mensuellement sur ma carte de crédit? Pas certaine d’aimer ça. Et voici mon erreur: faire part à Julie de mon non-emballement face à ce frais surprise. Tout cela me donne envie d’annuler mon engagement, et une nouvelle fois, je fais l’erreur de mentionner ceci à Julie. Je signale qu’il y a plusieurs éléments qui sont différents de ce qu’il m’avait été présenté et elle a tenté toutes les phrases pour me convaincre de ne pas annuler. Puis, saisissant que ma décision était prise – et qu’elle perdait une recrue, et donc un bonus – elle s’est mise en colère et a tenté de me faire culpabiliser («J’étais prête à t’aider […] Je trouve ça vraiment poche que tu lâches après avoir embarqué sans même avoir essayé», etc.).

Croyez-le ou non, ce n’est pas terminé.

À peine deux heures après avoir finalisé mon inscription, je tentais d’annuler ma commande. J’ai écrit 6 courriels à 6 adresses différentes sans jamais recevoir de réponse en retour. Je suis restée en attente plus de 30 minutes avec le télécentre situé aux États-Unis – anglophone uniquement – pour me faire dire que je devais attendre de recevoir mon paquet et le retourner ensuite. J’ai finalement pu retourner la trousse de départ à CompagnieX. Il y a une semaine que j’ai expédié mon colis, je n’ai pas encore été remboursée.

Bref, rien de simple. C’est toute une aventure que de s’embarquer dans CompagnieX, mais l’aventure est plus grande encore quand il est question d’en sortir. J’ai fait plusieurs recherches et je me rends compte que je ne suis pas la seule à s’être fait avoir par cette compagnie. De nombreuses filles (je n’ai pas trouvé de témoignages masculins) ont vécu de mauvaises expériences et certaines ont reçu des menaces et ont été harcelées. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je ne mentionne pas la compagnie dans mon texte.

Ces distributrices, souvent mères au foyer, qui trouvent dans ce type de marketing pyramidal de réseau un moyen de s’épanouir professionnellement me font penser à une secte. Elles sont vraiment converties et louangent leurs produits, mais ayant fait incursion dans ce milieu un court laps de temps, j’ai aussi pu constater qu’elles s’encouragent à inventer des témoignages, à dire qu’elles ont elles-mêmes testé des produits, même si c’est faux. Elles surutilisent les émoticônes et s’inventent un bonheur dû à ce si fabuleux travail pour cette génialissime CompagnieX, créée par le Supercalifragilisticexpialidocious Fondateur – parce que oui, elles louangent le Fondateur…

Publication Facebook
Capture d’écran d’une publication Facebook

 

Je terminerai donc en disant que j’aurais pu en dire bien plus encore et que c’est une expérience que je suis heureuse d’avoir vécue. Je suis contente d’avoir vu ceci de l’intérieur, telle une vraie petite infiltrée. J’aurai au moins appris que les miracles n’existent pas et qu’en plus des produits qui ne semblent pas fonctionner autrement que par effet placebo, CompagnieX utilise de pauvres personnes qui cherchent à s’accomplir, qui voudraient faire croire qu’elles ne sont pas que des femmes et mères au foyer, mais aussi des femmes d’affaires!

 

Collaboration spontanée de Dhyana Robert

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Crédit photo de couverture: Karolina Grabowska | Pixabay

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