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Jeune diplômée, 26 ans et sur le B.S

Par Roxane Chouinard – le dans Bien-être, Carrière, Santé, Vie étudiante
Je n’ai jamais eu autant de misère à remplir un simple questionnaire après dix ans d’études postsecondaires.

Pendant que les autres font la file, impatients, en se raclant le fond de la gorge et qu’un bébé braille d’ennui dans les bras de sa mère, qui essaie de faire assoir le premier de la famille âgé de sept ans dans la salle d’attente, je tremble, je sus de la face et je bouillonne de rage.

Distraite, je moffe un des quatre questionnaires en écrivant la date d’aujourd’hui à la place de ma date de naissance et je me retape dix minutes en ligne pour aller en chercher un autre. Faut croire que j’ai écrit la date de mon baptême de B.S…

Dans quelques semaines, je recevrai mon certificat en journalisme et ce chèque de dernier recours par la poste. Je réalise que les deux vont passer par la même boîte à malle… Ayoye!

Pony
Crédit image: PONY

Pourtant, j’ai côtoyé des proches et des amis sur l’Aide sociale toute ma vie dans le fond de ma Campivalencie natale comme à Montréal. Ces gens-là, aux yeux bienveillants qui m’écoutaient parler de mes rêves et de mes études en ne comprenant pas parfois un traitre mot de ce que je leur expliquais, changent d’air dans ma tête au fur et à mesure que je noircis les cases du formulaire. Je les déçois, je me déçois : une maudite surdose d’humilité en plein cœur au bureau du B.S ben jam pack.

En réalité, ma famille et mes amis ne sont pas déçus de moi, mais plutôt abasourdis que je ne trouve pas d’emploi drette là dans la «grand’ville de Montréal» avec les diplômes que j’ai obtenus après toutes ces années d’études universitaires. Ce que j’ai le plus peur, c’est de devoir me justifier dans la vie encore plus que je ne le fais déjà en masse présentement!

Les questions les plus épiques que je me suis faites posées tournent en boucle dans ma tête… 

«Pourquoi t’as choisi d’être journaliste si ça ne paye pas? T’aurais dû t’y attendre de l’avoir rough…»

Parce que c’est ma passion, que je joue à la journaliste depuis que je suis petite et que je ne suis bonne à rien dans les jobs utiles que vous faites.

«À quoi ça sert ça des Études Terraires dans’ vie?»

En passant c’est une maitrise en Études littéraires. Ça sert à transmettre la culture et le savoir pis ça parle de pas mal tous les sujets de la vie et c’est merveilleux parce que tout m’intéresse.

«Pourquoi tu ne rentres pas à TVA pour faire les nouvelles ou comme VJ à Musique Plus?»

Parce qu’une carrière dans les médias, ça se bâtit pis ça demande préalablement d’écrire et de travailler fort sans être payé de nos jours en plus de faire des années d’études spécialisées à en plus finir.

Parce que des contacts, ça ne se fait pas du jour au lendemain à moins de connaitre quelqu’un de vraiment proche de toi dans le milieu. Parce que si je cogne à la porte d’un gros média en suppliant le boss de m’engager, il va probablement me rire dans la face.

«Comment ça se fait debord que t’es pas capable de trouver une job au salaire minimum cet été?»

Parce qu’on est une maudite gang du certificat en journalisme à avoir rushé cet été pour s’en trouver une à Montréal et qu’on a, pour la plupart, eu à faire un stage à temps plein non rémunéré qui nous prenait tout notre temps.

Parce que j’ai mentionné mes études dans mon CV et que les employeurs ont trouvé que non seulement je n’étais pas assez disponible pour eux, mais que j’étais surdiplômée pour garder leur emploi assez longtemps à leur goût.

Pis que, si je retourne travailler de nuit au salaire minimum dans une job de merde, je risque fort probablement de me péter une dépression nerveuse assez hardcore

Crédit image: PONY
Crédit image: PONY

C’te monde-là ont beau t’aimer ou ne pas te connaître du tout pis ils te demandent tous la même affaire quand tu te plains de ta condition. Après avoir espéré le meilleur et subi des défaites durant l’été, j’ai cédé à la mi-août et je n’ai pas pu m’opposer à une seule de leurs questions…

«Pourquoi tu ne te mets pas sur le B.S?»

Et c’est là que j’explique au monsieur qui travaille au centre local d’emploi comment j’ai «fait mon possible» et que je me suis «arrangée» pour survivre pendant trois mois sans revenu. C’est à ce moment que je finis par brailler comme un veau à l’abattoir dans le bureau de la petite madame d’aide à l’emploi que je suis à boute et que je suis donc crissement découragée d’avoir un prêt étudiant d’au-dessus de 20 000$ à rembourser et d’avoir dû manger du spag et des beurrées de beurre de peanuts hebdomadairement pendant dix ans parce que j’ai voulu bien m’appliquer dans mes études et éviter de crever de surmenage avant l’âge de 27 ans.

J’ai honte, terriblement honte, et je me sens comme une merde. Mais, pas l’choix, je me tiens debout!

Parce que je me dis que mon avenir ne sera plus difficile à vivre que mon passé. Parce que je vais être fière d’avoir eu le guts de quitter ma région pour aller étudier à temps plein à Montréal.

Parce que j’ai eu du fun pendant ces années d’études à la Bohême.

Parce que j’ai adoré gérer ce webzine durant 4 mois et être le bras droit d’une jeune entrepreneure merveilleuse, pleine d’espoir et passionnée comme moi.

Parce que j’ai des proches et des amis qui souhaitent le meilleur pour moi et qui me soutiennent.

Parce que je suis un petit bout de femme excentrique bien de sa génération avec de la personnalité et une tête qui déborde d’idées.

Parce que j’ai le goût de déposer ma vie une fois rendue vieille avec la satisfaction d’avoir donné un petit quelque chose aux gens, d’avoir contribué à penser une société québécoise meilleure que celle de maintenant et de m’être accomplie moi aussi.

***

Au moment de mettre en ligne, rassurez-vous, j’ai trouvé un emploi à temps plein dans le public avec lequel je peux enfin jouir d’une stabilité tout en continuant de foncer vers mes buts.

À toi, jeune diplômé les poches vides qui a le goût de brailler, je te dis braille à chaudes larmes, mais relève-toi au plus criss avec le désir de changer ta vie et d’avoir un impact positif sur celle des autres!

Crédit image: PONY
Crédit image: PONY

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