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La colère, un fléau transmissible

Par Sarah Lussier – le dans Famille, Psycho

La colère, un fléau transmissible

Cette pomme qui est tombée près du pommier, c’est moi. Je suis le fruit d’un croisement entre ma mère et mon père, bref de mon pommier. J’ai quitté ses branches et ses racines quand j’étais assez prête. Mûre. Je vois la vie différemment. Je suis libre, mais totalement libre? Non.

Comme je suis la pomme du pommier, je lui ressemble. Je ne suis pas identique, mais je porte en moi certaines caractéristiques similaires. J’hérite d’un bagage génétique et d’une étiquette qui définit qui je suis, mes qualités, mes défauts, mon style, mon goût… Certaines personnes m’apprécient pour diverses raisons et d’autres ne m’aiment pas ou en sont allergiques. Je me suis développée tranquillement, au fil du temps, jusqu’au jour où j’ai atteint l’âge adulte. Toutefois, suite à une grande tempête, disons quelques-unes rigoureuses, j’ai dû quitter ma branche. Violemment.

Au départ, lors de ma chute et même à mon atterrissage sur la terre, je croyais que je devenais libre de toutes dépendances et emprises du pommier. Nombreuses ont été les peurs, les croyances, mais enfin, je pouvais être une pomme belle, sucrée, colorée comme je désirais l’être! Très vite, j’ai réalisé qu’hors de tout doute et au-delà des apparences, je semblais libre, mais intérieurement, je ne l’étais pas. Mon patrimoine familial fait que je suis une pomme rouge. Je suis impulsive et colérique. Cette couleur rouge vive miroite sur mon visage. Attention, je suis prête rapidement au combat! Je croyais fermement que ma colère intérieure me condamnait à être comme mon pommier. Faux! Mon modèle a été mon pommier, il m’a donc bien influencée, j’ai adopté son attitude, son comportement, sa stratégie, sa physiologie, sa morphologie… mais je peux m’en différencier aussi.

La colère est une émotion impulsive. Intense et surprenante. Cette émotion mal aimée de notre société devrait être comprise, accueillie et davantage exprimée. La colère est normale et cache souvent de la tristesse et une panoplie d’émotions puissantes. Mon pommier était grand, fort et criant d’une souffrance significative qui le rendait souvent en colère. Après quelques années seulement, il est devenu gravement malade. Je m’étais promis de ne jamais en arriver là. Promesse faite et le temps a passé, cette colère surgissait en moi, car on me l’avait transmise. Comme une maladie. Comme un mal être.

Afin de respecter et suivre ma promesse, j’ai dû vivre ma colère. À chaque épisode colérique pour un désaccord, un différend ou un conflit majeur, je comprenais un peu plus qui elle était, en quoi elle consistait, comment je la gérais et pourquoi je la vivais? J’ai eu la chance de rencontrer une autre pomme bien différente de moi, une verte. Elle était rarement en colère. Elle m’a accueillie, m’a écoutée, m’a accompagnée dans chaque crise.  Elle m’a fait confiance pour que je trouve mes propres solutions afin de remédier à cette émotion destructrice. Nous nous ne sommes jamais laissés tomber. Grâce à elle, je suis devenue un mélange de rouge et de vert. J’ai un bel équilibre de palettes de couleurs qui brillent au soleil. J’ai pu tenir la promesse que je m’étais faite. Enfin, je suis soulagée, reconnaissante et je me sens bien.

Pour celles et ceux qui vivent un trouble colérique quelconque, je tiens à vous dire que vous n’êtes pas seuls. Je vous comprends. Je vous souhaite de vivre votre colère, de l’accueillir, de l’écouter, de la comprendre, de l’accepter, de l’exprimer. Le dire est une chose, le vivre en est une autre. Je vous souhaite d’être entouré d’au moins une personne qui deviendra une bonne alliée. Je vous souhaite de trouver vos propres ressources afin de vous libérer de votre colère. Il suffit juste d’y croire un peu. Pour ma part, j’avais toute la volonté du monde, je fournissais tous les efforts possibles, mais c’est avec un brin d’amour que j’y arrive. De plus en plus, de mieux en mieux. C’est un cadeau à s’offrir, c’est accepter de travailler sur soi. Cette colère, cette rage, cette haine que nous détestons tant est le reflet de qui nous sommes et de ce que nous portons de souffrant. À nous de choisir ce que nous en ferons individuellement et collectivement.

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