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Mal aimer mon 450

Par Melissa Primeau – le dans Opinion, Société
À cette banlieue remplie de rangées de maisons trop identiques que j’ai tant jugée. À ce cul-de-sac de mes angoisses où j’ai eu peur de ne jamais en sortir. À ce 450 que j’ai critiqué plus qu’il ne le faut pour pouvoir me libérer de mes frustrations. À mes propos parfois abusivement tranchants et dramatiques que j’accorde à ma Rive-Sud natale.

Mal aimer mon 450

Me voilà donc en train de t’écrire à toi, banlieue de mes stupeurs, une sorte de lettre débordante d’amour-haine. Un hymne bouillonnant de contradictions envers toi, envers mon ancienne vie de banlieusarde.

Dans mon petit patelin endormi bordé de sécurité, j’ai vite compris que je ne m’associais pas à ce qui se passait autour de moi. Je me rendais compte que la raison d’un certain confort malsain semblait avaler toute raison d’avancer dans cette banlieue. La notion du contentement y régnait et la normalité était de se suffire de quelque chose de déjà établi. Ma banlieue, c’est comme se faire prendre au passage par une chose viscérale qui t’avale de son ennui. Un ennui stagnant qui épuise à la longue.

C’est avec tout ce ramassis de sentiments que j’avais l’impression de devoir me contraindre dans ce moule. Je me sentais prise dans quelque chose de si difficile à décrire, mais qui ne me voulait pas nécessairement du mal. C’était cette chose inexplicable au creux de ma poitrine qui me ramenait trop souvent à ce choix, soit décider de s’y faire, soit s’évader parce que ça pèse trop lourd pour rester. Je suis donc partie loin de toi dans l’espoir peut-être d’y revenir pour mieux t’apprécier. Je me disais qu’avec le recul, je pourrais t’aimer autrement.

N’empêche que je t’ai aimé

Je me souviens encore du temps où, haute de mes 7 ans, je cueillais des pissenlits sur le terrain vacant en face de chez moi, qui avec les années s’est transformé à l’aide de pelles mécaniques. Je me suis donc transformée en chasseuses de sauterelles vertes dans la cour à côté des balançoires. Ces balançoires qui me faisaient sentir si libre, à force de penser que je touchais le ciel avec mes pieds salis de boue. Ce serait malhonnête de condamner les petits bonheurs que St-Rémi m’a apportés.

Mais il y a toujours quelque chose qui coince quand j’essaie de t’aimer autrement, pour une tonne de raisons. J’ai peine à le faire quand tu rases des forêts qui deviennent des agglomérations de condos ennuyants remplis de faux. Ça en devient presque difficile de reconnaître sa propre maison. Et là, tout d’un coup, la notion de devoir se contenir dans le même moule prend tout son sens.  J’ai le sentiment que les gens doivent faire comme les autres. Une pression de faire comme chez le voisin pour ne pas être jugé. On construit des espaces vides pour des stationnements où l’automobile est reine et on éparpille dans la ville trop peu de trottoirs. Je doute qu’on forge des environnements où il est bon de s’exprimer librement. À la place, on se conforme à un urbanisme préétabli.

Pointez-moi du doigt

Je rêvais avec tant de ferveur d’obtenir mon permis de conduire pour ensuite posséder une voiture. Je voyais ça comme une sorte de liberté, ma rédemption de petite vie d’adolescente révoltée de toute. La p’tite sortie au Tim Hortons du village d’à côté devenait synonyme de délivrance pendant quelques heures. Le temps que je consomme autant de cafés et de sucreries pour en grouiller de partout. Puis, avec ma bagnole ornée d’un couvre-volant Hello Kitty, je retournais bredouille dans ma banlieue avec la seule aspiration de recommencer le lendemain, m’évader encore, un peu plus chaque fois.

À cette banlieue qui aura forgé mon caractère indigné. À cette banlieue qui m’aura donné cette fulgurante envie de vouloir sortir de ma zone de confort à force de me sentir contrainte. Tu m’auras transmis ce désir de ne jamais me contenter.

À toi mon patelin, merci même si je t’aime mal.

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