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MORTE : ce mot qui détruit

Par Éliza Lafond – le dans Bien-être, Santé
Crédit : Manon Allard

«MORTE» :

Ce mot me donne des frissons, me donne la rage au cœur, me fait des rides dans le front. Ce mot ne devrait même pas être prononcé. Il est laid. Il fait mal.

Chaque fois qu’on me le souffle, je cherche mon air à travers la tempête de douleur qui m’envahit.

Pour vous, ce n’est qu’un mot qui décrit l’absence d’une personne qui vient de quitter notre monde. Tout ce qu’il y a de plus normal.

Pour moi, c’est le pire mot qui décrit ce qu’est ma mère. C’est le mot qui vient mettre une image cruelle dans ma tête. Je la vois, les yeux fermés, sa main gauche qui tient la droite, son corps froid et dur, son corps étendu et immobile dans son lit. Je la vois MORTE.

Je me vois trembler de peur, accroupie à ses côtés. Je me vois en sanglots, prête à tout casser pour la ramener. Je me vois lui crier en silence de me répondre, de me parler. Je me vois la supplier de me faire entendre sa voix encore une fois. Je me vois à bout de souffle, cherchant mon air et cherchant à retrouver la raison. Je me vois anéantie.

Chaque fois qu’on prononce ce mot, ça anéantit la personnalité pétillante qu’elle avait, ça détruit chaque sourire qu’elle posait, ça chasse la chaleur qu’elle dégageait. En fait, ça détruit chacun des beaux souvenirs de ma mère pour laisser place à l’atrocité que j’ai découverte le matin du 21 juin 2014.

Lorsqu’on vit un deuil, il y a une certaine fragilité qui s’installe et on la retrouve dans chaque action, dans chaque signification qu’on essaie de déchiffrer, dans chaque changement, dans chaque nouvelle émotion ressentie, dans chaque nouvelle rencontre, dans chaque nouvel événement et derrière chaque mot employé.

On ressent des émotions d’une si grande profondeur, qu’un simple mot mal placé ou simplement mal choisi vient chambouler nos pensées.

source: lylaandblu.com
Source: lylaandblu.com

Pour les gens en peine, chaque jour est une montagne russe d’émotions. Peu à peu on atteint une hauteur de joie assez respectable pour pouvoir apprécier la descente vers le bonheur, mais, parfois, une simple pensée qui fait mal nous chavire et nous fait redescendre à la case départ.

On s’efforce de garder une pensée positive, on s’acharne à sourire, à prendre le meilleur de nous pour continuer notre route, on travaille sur nos émotions et tout d’un coup; «bang» un mot de travers nous arrive en pleine face.

Par pitié, je sais qu’on ne peut contrôler les gens et leur maladresse, mais lorsqu’une personne préfère employer le mot «morte» au lieu du mot «décédée», je ne peux faire qu’autrement que de penser qu’ils n’ont aucun respect pour la personne décédée et celle qui vit un deuil.

«MORTE», c’est le mot qui ne laisse aucune place à la vie, c’est le mot qui m’enlève toute espérance de croiser ma mère dans nos rêves. Il tue les croyances et croyez-moi, ce qui nous tient en vie suite à la perte d’un être cher, c’est de croire qu’il est toujours auprès de nous, qu’on les croisera un jour ou l’autre à travers nos pensées, nos rêves, à travers des petites significations..

Et lorsque «morte» aboutit à mes oreilles et se plante dans mon cœur, tous les espoirs qui me tiennent en vie me lâchent tout d’un coup, comme si je perdais l’utilisation de mes jambes et que je me retrouvais au sol en une fraction de seconde.

«MORTE» : c’est laid, ça fait mal.

Par pitié, ne gâchez pas le seul espoir qui nous reste… employez le mot «décédée».

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