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OPINION: Lettre à Québec : peur et racisme

Par Nerds – le dans Opinion, Société

30 octobre 1995, Jacques Parizeau, après avoir perdu le référendum, déclare : on s’est fait battre par l’argent et le vote ethnique.

On a beaucoup parlé de cette déclaration.

Il reste encore, et restera toujours, une profonde cicatrice marquée dans l’image du Québec. C’est ce qu’on entend, répète et rechigne depuis 20 ans.

13 novembre 2015, quand Paris est victime d’attentats coordonnés, on lit toute sorte de commentaires incroyables à l’endroit des gens d’origines différentes. On lit la xénophobie sur nos réseaux sociaux bien aimés.

Je me pose la question : la déclaration de Parizeau aura-t-elle révélé une cicatrice, ou une tache de naissance?

Si je suis un brocialiste, un socialiste qui n’est pas féministe, le Québec lui, est un libéraciste. Un libéral qui n’est pas libéral avec toutes les sortes d’êtres humains.

Le Québec, mais particulièrement la ville, la capitale.

Ma petite ville, c’est une ville de peureux.

Une ville de personnes un peu retardées qui pensent que « mettre ses culottes » veut dire fermer sa porte, ses stores et les lumières en criant haut et fort qu’on ne veut pas de maudits immigrés ici, quand des réfugiés syriens qui se font bombarder depuis quatre ans demandent leur aide.

Des citoyens qui pensent que d’empêcher une femme de prêter serment à la reine pour rejoindre la grande famille canadienne parce qu’elle a le visage voilé, c’est s’affirmer comme peuple. Libéraciste. Droits humains pour tous les humains qui ne sont pas des islamistes terroristes à niqab.

« On est rendu minoritaire dans le quartier icitte! Commence à être temps qu’on mette nos culottes. On n’est quand même pas pour aider tout le monde. Ces gens-là sont dangereux! » — un citoyen de St-Saveur, Québec.

Certains de nos concitoyens ont simplement oublié qu’au pas de la porte se trouve surtout un être humain.

Bref.

Source : ici.radio-canada.ca
Source : ici.radio-canada.ca

Aux élections du 19 octobre 2015, 7 comptés sur 9 de la région de Québec ont élu un député conservateur (12 sur 14 si on ajoute la rive sud).

Bien des analystes, des chroniqueurs cherchent à comprendre comment et pourquoi. On accuse les radios poubelles, on parle d’ignorance sur les réseaux sociaux.

J’ai travaillé pour un parti fédéral pendant la campagne (si vous lisez mes textes régulièrement, vous savez surement lequel). J’ai fait beaucoup de porte à porte, dans tous les quartiers de la ville et j’ai été fasciné par les commentaires que j’ai reçus. Je constate, si j’en crois les citoyens que j’ai rencontrés, que la victoire des conservateurs dans la région de la capitale est en bonne partie due à la peur intense des ethnies, les mêmes qui nous ont volé notre référendum.

Ça fait que j’ai écrit une autre lettre à ma ville qui a besoin d’amour.

***

Québec, je t’écris une deuxième lettre. J’ai des choses à te dire, encore. Je m’excuse d’être si dur avec toi. C’est parce que je t’aime. On est toujours plus exigeant envers ceux qu’on aime.

Québec, tu m’as beaucoup déçu. Je te croyais plus fière que ça. Assez fière pour ouvrir ta porte aux immigrants. Quand les nouvelles ont commencé à parler de « niqab » et de « voile » pendant la campagne électorale fédérale, j’espérais que tu sois raisonnable. Tu m’as déçu et je ne peux plus me retenir de le dire : tu es raciste.

Quand Paris se fait attaquer par des djihadistes, tu lances des pétitions contre l’arrivée de réfugiés syriens. Tu mêles tout et tu étales ta peur sur internet sans réfléchir.

Le 11 novembre, alors que la planète se souvient de la guerre, alors que tu devrais chercher à faire progresser un discours d’acceptation, d’ouverture et d’amour, tu affiches une banderole qui scande : « réfugiés non merci ».

Québec, tu me dépasses.

Une partie de toi ne veut pas l’admettre, mais on l’entend quand tu prends la parole : « j’suis pas raciste, mais… ». Tu dis que c’est du « gros bon sens » et que les femmes voilées devraient se découvrir le visage quand elles ont affaire à nous. Honnêtement, dis-le, tu ne veux simplement pas de ces femmes qui se cachent. Elles te font peur. Elles sont différentes.

Source : cacestdrole.com
Source : cacestdrole.com

Tu dis que c’est une invasion.

Je te le dis une bonne fois pour toutes, il n’y a pas d’invasion islamique sur ton territoire!

Je te réexplique le concept d’invasion : une invasion de coquerelles, c’est une invasion. Une invasion d’extra-terrestres, ça serait une invasion. Une invasion de zombies, encore une invasion. Une invasion d’humains, ce n’est pas une invasion. On appelle ça l’immigration, exprimé par un xénophobe.

Dans xénophobe, il y a phobe, du grec ancien φόβος / phóbos, frayeur ou crainte.

Québec, tu m’as dit souvent que toi, si tu allais dans leur pays, tu ferais comme eux, alors qu’ils fassent comme nous ici.

Je te réponds : la raison pour laquelle tu ne vas pas dans leurs pays, c’est parce que tu aurais à faire comme eux. La raison pour laquelle ils viennent dans ton pays, pourquoi ils viennent chez toi, c’est parce que tu leur donnes la liberté. Celle de porter un niqab. La liberté de religion. Celle de penser différemment de toi. La liberté d’expression. Celle de le dire. Je sais que tu es fière d’être Terre de liberté (en passant, on dit liberté, pas libarté).

S’ils viennent ici, ces gens, c’est parce qu’ils aiment notre société. Ne leur ferme pas la porte parce qu’ils sont différents. Ils apprendront à mieux connaitre notre mode de vie après avoir passé quelque temps chez toi, et d’après moi, ils ne voudront pas retourner en arrière et nous imposer leur société (qu’ils ont fuie, souviens-toi en).

S’ils se réfugient ici, c’est parce que les horreurs de Paris le 13 novembre ne sont qu’un aperçu de leur quotidien depuis quatre ans.

De ton côté, tu comprendras peut-être que t’avais juste peur. Pour vaincre ses peurs, il faut les admettre, puis les confronter. Je pense que t’es rendue là dans ton cheminement.

Bon, Québec, je sais, tu me hais, tu m’en veux. Tu me réponds que le problème n’est pas juste chez toi. C’est tout vrai. Les autres aussi sont racistes et xénophobes. Ils sont simplement plus discrets.

Je t’admire tout de même pour une chose : ta franchise. Avec toi, Québec, pas de demi-mots. Pas de langue de bois. J’t’aime pour ça. J’t’aime pour ton intégrité. Si t’es souvent pas raciste, mais…, t’es peut-être la seule qui, parfois, l’admet clairement.

Tu me l’as dit au seuil de ta porte du quartier stadacona : « tu vas dire que j’suis raciste? Oui, j’suis raciste. Et je trouve pas ça normal que des étrangers soient assis dans l’autobus pendant que moi, une vieille dame (de 400 ans) je reste debout ». Puis tu m’as fièrement posé la question : « qui qui run le Québec? C’est nous ou c’est eux? »

J’ai souri pour te faire plaisir et j’ai tourné les talons. Je n’ai pas eu le courage de l’honnêteté comme toi. Je fais souvent ça, écrire une lettre pleine de ressentiment plutôt que de crier sur le coup.

Ce jour-là, je n’ai pas eu le courage de te faire comprendre que tu as simplement peur. J’espère que tu t’en rends compte aujourd’hui.

David Desjardins, ce très bon chroniqueur, a bien expliqué ton comportement électoral; tu as le culot de voter sans remords. T’es tannée de la langue de bois, des mensonges, et tu le fais savoir.

T’as un solide problème de xénophobie, mais t’es fidèle à toi-même. Je ne sais pas ce que j’aime mieux entre ton attitude et l’hypocrisie du reste de la province. Mais je sais que j’aimerais mieux que tu prennes le temps de te poser des questions avant de mettre tes culottes à l’envers.

J’espère aussi que tu vas comprendre que t’as peur pour rien.

Tendresse et amitié, je sais qu’on peut se parler!
Par Sébastien Verret
Collaborateur spontané

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