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Portrait d’étudiant : Mylène Durant et ses idées qui « fourmillent »

Par Roxane Chouinard – le dans Vie étudiante

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crédit photo Mylène Durant

C’est parfois en proposant simplement son aide à un autre étudiant qu’on finit par apprendre des choses surprenantes. Un soir de septembre, pendant la pause d’un de mes cours, j’observe du coin de œil une étudiante accroupie qui fouille dans les plates bandes devant le pavillon Marie-Victorin de l’UdeM. Intriguée, je lui demande si elle cherche quelque chose qu’elle aurait perdue. L’étudiante me répond en souriant qu’elle n’a rien égaré : elle est à la recherche de fourmis.

C’est ainsi que j’ai rencontré Mylène Durant, une finissante du baccalauréat en biologie à l’Université de Montréal. Elle a été primée le 7 novembre dernier à la convention annuelle d’entomologie à Québec pour son étude d’envergure sur une curieuse espèce de fourmis, qui grouille tout près de nos salles de classe.

J’ai pris contact avec Mylène pour qu’elle m’en dise un peu plus au sujet de son projet sur la Formica glacialis, une espèce boréale qui fait l’élevage des pucerons.

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crédit photo Mylène Durant

Quelle interaction ces fourmis ont-elles avec leur environnement?

Je travaille sur l’impact de la mycorhization des plantes et sur le mutualisme entre les fourmis et les pucerons. En fait, ces fourmis font l’élevage des pucerons et les protègent pour récolter le miellat qu’ils produisent. Les mycorhizes sont des champignons qui se développent sur les racines des plantes et leur permettent d’augmenter leur capacité d’assimiler les sels minéraux et de l’eau présente dans le sol pour mieux grandir.

Plusieurs chercheurs ont déjà démontré une préférence des pucerons pour ces plantes  grâce à la qualité plus attractive de leur sève. J’ai cherché à savoir si les fourmis, par l’entremise des pucerons qu’elles élèvent, sont plus attirées par un miellat produit à partir de ces plantes.

Afin de le savoir, j’ai mis au point un dispositif de comptage électronique afin d’évaluer précisément la fréquentation des fourmis dans les deux aires d’élevage des pucerons qui sont reliés par des tubes. Ce système rapporte les entrées et sorties des fourmis suivant leurs fréquentations des colonies de pucerons. Ces derniers ont une plante hôte étant elle-même alternativement mycorhizée ou non avec le champignon.

Quels impacts tes recherches pourraient-elles avoir sur l’agriculture ?

Des chercheurs du Jardin botanique de Montréal ont publié plusieurs études qui insistent sur l’importance de  ce champignon sur les plantes comme une alternative à l’usage de pesticides.  Cependant, mon étude pourrait venir apporter un léger contrepoids à leurs études. Elle pourrait révéler des conséquences sur la proportion éventuelle d’insectes nuisibles attaquant les cultures, puisque les plantes mycorhizées attireraient davantage les pucerons ainsi que leurs gardes du corps attitrés, les fourmis. Les données de mon étude sont pour l’instant préliminaires, il faudra attendre encore un peu pour comprendre dans le détail la complexité de cette chaîne entre la fourmi, le puceron et la plante.

Comment ton projet a-t-il débuté?

J’ai pu réaliser cette étude dans le cadre du cheminement honor, qui est destiné aux étudiants ayant une moyenne supérieure en biologie et qui veulent s’insérer dans le domaine de la recherche. C’est l’aboutissement d’un stage d’un an qui a débuté en janvier dernier. Au départ, je savais que je voulais travailler sur le comportement des fourmis et mon directeur de stage est un expert des pucerons. Nous avons donc combiné nos champs d’expertise pour aboutir à l’idée de cette étude. Mon père, passionné d’électronique, ainsi que le Fab Lab de l’Université d’Aix-en-Provence, un ingénieux groupe de « geeks » s’entraidant sur différents projets de codage et d’électroniques, m’ont ensuite aidée à créer le compteur de fourmis.

Comment ton projet a-t-il pu se distinguer pour emporter le prix du jury dans la catégorie agriculture à la convention d’entomologie?

J’étais très étonnée de recevoir ce prix, car les résultats de ma recherche sont assez préliminaires. Je pense que je me suis fait remarquer à cause de mes vidéos d’animation 3D. Il y avait peu de vidéos dans les présentations des autres étudiants. Je voulais proposer un concept plus animé qui me permettrait d’expliquer mon projet rapidement et de manière agréable en plus de captiver les gens.

Avais-tu déjà de l’expérience en animation 3D?

Je m’y suis mise comme ça, sans expérience et je me suis découvert une passion pour l’animation 3D. Au départ, j’ai commencé avec le logiciel Google Sketch up pour modéliser une fourmilière 3D seulement pour m’amuser. Ensuite, j’ai trouvé une version obsolète du logiciel Cinéma 4D me permettant non seulement de modéliser, mais aussi d’animer des objets. J’ai donc reconstitué en 3D mes fourmis et l’installation de mon expérience. La nouvelle version de ce logiciel a entre autres permis de créer les effets spéciaux du nouveau film de Spider Man. Pour apprendre à travailler avec ce logiciel, je me suis beaucoup aidée de tutoriels sur Youtube. À force d’y passer mes nuits, j’ai pu réaliser les animations pour mon projet.

Peut-on avoir accès aux multiples réalisations de ton étude?

Au fil du temps j’ai créé une grande diversité de documents connexes au projet. Afin de les rendre visibles en un seul endroit, je suis actuellement en train de créer un site Web qui regroupe tous les éléments de ma recherche. Ainsi, quiconque s’intéresse au projet pourra bientôt y consulter les albums photo de l’expérience, la construction du compteur électronique, les vidéos d’animations 3D et, bien sûr, le rapport final de mon stage. Les instructions détaillées, comme les plans électroniques et les codes, sur la construction de mon prototype de compteur électronique seront également rendues publiques en « open source » pour permettre aux autres scientifiques de facilement le reproduire.

Suite aux circonstances de notre rencontre, crois-tu que les étudiants devraient s’intéresser davantage aux projets des autres étudiants sur le campus?  

Discuter avec les gens, peu importe leurs domaines d’intérêts, permet d’accéder à des opportunités que l’on ne soupçonnerait même pas a priori. L’originalité de mon projet tient justement à la combinaison de compétences très différentes (entomologie, électronique, animation 3D) qu’il est habituellement non usuel d’allier ensemble. Mes sources d’aide étaient donc aussi de provenances très variées.

Aller jusqu’au bout d’un projet signifie souvent de faire face à une multitude de problèmes. Avoir de bons alliés passionnés et spécialisés dans leur domaine est l’une des clés. Je ne peux que conseiller à tous les étudiants de ne pas avoir peur d’engager la conversation et de profiter de la moindre occasion pour apprendre des choses. Même si, au premier abord, vos connaissances sont hétéroclites et sans lien apparent, vous serez bien surpris de voir comme elles sont finalement capables de s’assembler pour créer quelque chose de singulièrement nouveau.

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