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« Tais-toi et sois belle ! » NON

Par Marie-Pier Hamon – le dans Société

#WomenNotObjects est une association dont l’objectif est de supprimer l’objectivation de la femme. Le 7 mars, l’association a mis en ligne une vidéo intitulée «#IStandUp». Après deux semaines, la vidéo a atteint 939 713 visionnements sur YouTube et 18 459 partages sur Facebook.

Kant versus la publicité

L’objectivation sexuelle est lorsqu’une personne est considérée, sinon réduite, à un simple « corps » par autrui : ça va de soi que cette pratique est très déshumanisante. Emmanuel Kant est le premier qui a abordé la notion d’objectivation. Le concept a été repris après par de nombreux sociologues et psychologues, dont Barbara Fredrickson et Tomi-Ann Roberts.

Michael F. Jacobson et Laurie Ann Mazur, les auteurs de «Marketing Madness : A Survival Guide for a Consumer Society» ont étudié le phénomène de l’objectivation sexuelle dans les publicités. Selon les auteurs, les mécanismes employés dans les publicités sont très simples : on suscite l’envie du consommateur par des corps attirants en espérant que cette envie sera éventuellement transférée sur le produit à acheter : «Achetez la bière et vous aurez la femme!» Jacobson et Mazur ajoutent qu’en agissant ainsi, soi en portant le regard des hommes sur le corps des femmes en tant qu’objets, ça dévalorise la femme en plus d’encourager le harcèlement. On réduit l’entité d’une personne à un corps inanimé.

WomenNotObjects
Source : WomenNotObjects

Statistiques inquiétantes

Le harcèlement de rue a des retombées négatives sur la femme, tout comme le male gaze (quand un homme inspecte visuellement le corps d’une femme). Le harcèlement de rue est un phénomène très fréquent. Hollaback!, une association visant à contrer le fléau qu’est le harcèlement de rue, et l’Université de Cornell, aux États-Unis, ont fait un sondage sur le harcèlement de rue en 2014. Ils ont interrogé 16 600 personnes dans 22 pays à travers le monde. La plupart des répondants ont vécu leur premier harcèlement de rue entre 11 et 17 ans. 79 % des femmes canadiennes ont dit avoir été suivies par un homme ou un groupe d’hommes, 63 % disent être distraites à l’école ou au travail à cause du harcèlement vécu, ce qui n’est pas négligeable. 50 % des femmes des 22 pays ont reporté avoir été caressées ou tripotées. Sur le site de Hollaback!, on peut consulter plusieurs témoignages de victimes d’harcèlement de rue, dont celui d’Anne : «Je suis montée dans le métro à la station Frontenac alors que le métro était bondé, un matin de fin de semaine. C’était en 2005. Je n’avais presque pas de place, on était tous collés les uns sur les autres. J’ai senti que quelque chose me frottait. Je me suis dit que je devais rêver. Et non, l’homme me regardait droit dans les yeux en faisant des mouvements subtils de va et vient sur ma jambe. Je sentais son érection. J’étais paralysée, mais nous étions tellement coincés que je n’avais même pas de place pour lui donner un coup de genou. Je suis sortie à la station Papineau, secouée. Depuis,  je n’entre plus dans le métro quand il y a trop de monde.»

Encore de la violence

Une des conséquences de l’objectivation sexuelle est notamment l’anxiété par rapport à sa sécurité; Anne, une des femmes ayant témoigné pour Hollaback! le démontre malgré elle. Szymanski et Moffitt, les auteurs de l’ouvrage «Sexual Objectivation of Women : Advances to Theory and Research» ont déterminé trois autres conséquences de l’objectivation sexuelle, soit la honte du corps, la dépression et les troubles sexuels. L’auto-objectivation (lorsqu’on se considère comme un objet), quant à elle, a de nombreuses conséquences, dont les troubles de conduites alimentaires, la honte du corps, l’anxiété par rapport à sa sécurité, l’anxiété par rapport à l’apparence et la réduction du flow (état mental lorsqu’on est totalement immergé dans une activité). 

Le harcèlement sexuel est également une conséquence de l’objectivation sexuelle. Selon Statistique Canada, les services de police ont enregistré 1756 infractions de nature sexuelles envers les adultes en 2011. Parmi les victimes, 8 % étaient des hommes et 92 % des femmes au Québec en 2010, toujours d’après Statistique Canada.

Debout pour tous

Autant le harcèlement de rue que le harcèlement sexuel sont dénoncés dans la vidéo «#IStandUp» de «#WomenNotObjects». L’association propose à la population de se lever et de prendre la parole pour les femmes qui sont victimes de l’objectivation. Elle demande à la société de prendre part au mouvement «#IStandUp» pour «notre mère», pour «nos collègues», pour «nos sœurs», pour «nous», bref pour «notre avenir». Chaque changement demande un mouvement de société.

NettiedrawsWord
Source : NettiedrawsWord

Avez-vous déjà été victime de l’objectivation?

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Marie-Pier Hamon

Journaliste de formation, Marie-Pier se passionne pour la rédaction d’articles culturels, de divertissement et la recherche de contenu. Toujours un peu en train d’écouter de la musique, elle écrit probablement plus de mots dans une journée qu’elle n’en dit.