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Juste la fin du monde, la puissance des performances !

Par Marika Guilbeault-Brissette – le dans Divertissement

Xavier Dolan nous a habitués à bien des choses. En commençant par des histoires originales avec des fins imprévisibles. À des dialogues poignants empreints de rancœur et de sous-entendus. À des plans magnifiques, qu’ils soient larges, rapprochés ou dans un cadre carré. En passant par une trame sonore toujours justifiée, éclectique et émouvante (il a rendu Céline Dion cool avec Mommy). À un choix d’acteurs précis, incarnant parfaitement l’esprit du scénario. Finissant immanquablement par nous chavirer l’âme, nous fendre le crâne et bien souvent le coeur. Juste la fin du monde surprend, déroute, mais n’éclate pas. Du moins, pas autant que l’explosion de Mommy ou encore celle de Laurence Anyways.

Juste la fin du monde est une adaptation de la pièce de théâtre du même nom écrite par Jean-Luc Lagarce racontant le récit de Louis (Gaspard Ulliel), auteur reconnu, qui retourne dans sa famille après douze ans d’absence pour annoncer sa mort imminente à ses proches. Les retrouvailles se veulent remplies de joie, de tristesse, de remords, de tension. Il y a la petite soeur, Suzanne (Léa Seydoux), que Louis n’a pas eu le temps de connaître. Il y a le frère aîné, Antoine (Vincent Cassel), habité par la rage. Il y a la femme de ce dernier, Catherine (Marion Cotillard), douce, avenante, bref tout l’opposé de son époux. Et finalement, il y a Martine, la mère (Nathalie Baye), admirative. Les conflits que génère le retour de Louis tournent principalement autour du fait qu’il joue le rôle de l’enfant prodige, du substitut paternel, celui qui « a fait et toujours fait ce qu’il avait à faire.» La mère a de grandes attentes par rapport à lui, la jeune soeur admire l’inconnu qu’elle ne connaît pas et l’aîné en veut à son cadet pour l’abandon qu’il leur a fait subir.

Nous pourrions donc nous attendre à un défilé de dialogues sans fin comme Dolan a si souvent l’habitude de nous en servir. Pourtant, cette fois-ci, le jeune réalisateur québécois en a décidé autrement. Bien entendu, il y en a, principalement ceux qui se déroulent intimement entre Louis et les quatre autres personnages individuellement. Dans la chambre de la jeune soeur aux murs parsemés de dessins et à l’odeur de cannabis sur la musique de Blink 182. Dans la voiture avec Antoine, endroit restreint où la tension est palpable et où les mots ne semblent servir qu’à combler le vide. Dans un corridor avec la belle-soeur, moment improvisé, malaise spontané. Dans la remise au fond de la cour sur fond de cigarette en cachette lorsque la mère lui sort : «Tu as raison, j’te comprends pas, mais je t’aime.»

2048x1536-fit_gaspard-ulliel-nathalie-baye-juste-fin-monde-xavier-dolanCrédit: 20minutes.fr

Malgré tout cela, c’est avant tout le non verbal qui prend le dessus. Les regards en disent souvent bien plus que les mots. Ceux des femmes lorsque Louis entre, admiratives, tournées vers lui. Les câlins. Dans lesquels on voit toujours le visage de Louis alors que les autres sont de dos. Exception de celui partagé avec la mère. C’est une première et une dernière. La sueur qui perle sur les corps qui subissent la canicule. Les rires. Pour le peu qu’il y a. Celui d’Antoine entre autres. Un clin d’oeil. Un rire. Suzanne qui lui fait savoir qu’il est beau quand il sourit.

Dolan a de ces obsessions qui reviennent, qui sont récurrentes. Le dos. Le cou. La fenêtre. Le miroir. Tous des éléments qui laissent percevoir et qui cachent à la fois. Combien de fois voyons-nous Vincent Cassel de dos près d’une fenêtre? À quoi pense-t-il? Que nous cache-t-il? Combien de fois voyons-nous des personnages épiés à la fenêtre? Que regardent-ils? Que leur cache-t-on? Pendant tout le film, il y a cette atmosphère de tension qui règne. D’abord, entre Catherine, Antoine et Louis. Ensuite, entre Louis, Suzanne et Antoine. Et enfin, entre tous.

Les gros plans sur les visages, grandement exploités dans le film, participent à cette angoisse, à cette attente de la révélation. On s’y sent coincé, pris au piège. On voudrait pouvoir prendre une bouffée d’air, mais c’est la canicule. Alors que la fin du monde approche, que le repas se termine, que les choses doivent se dire, l’orage éclate, la pluie tombe. Rien n’est laissé au hasard. Et rien de tout cela n’est surprenant avec Dolan. Cet accent mis sur les visages nous donne des indices sur les sentiments, les pensées et les impressions. La tendresse de Catherine perce l’écran à plusieurs reprises tant elle est sublime. Quand Marion Cotillard ne l’est pas d’ailleurs? La brutalité d’Antoine frappe et impressionne. Particulièrement lorsque la caméra emprisonne ses traits colériques mouillés de larmes et son poing prêt pour le combat. Ce regard perçant. Quand ne l’est-il pas d’ailleurs?

Malgré les pistes qui sont semées, tout demeure secret, cloîtré, comme trop ancré à l’intérieur. Les seuls moments de répit qui sont offerts aux spectateurs sont ceux se déroulant dans les flashbacks. La course du petit Louis sur les épaules du grand Antoine dans le champ. Le premier amour dans la chambre d’antan. Les dimanches après-midi à laver la voiture avec papa. Visuellement magnifiques, ces plans m’ont rattachée à ce que j’apprécie de Dolan. La simplicité. La lenteur. Le flou. L’esthétique de la beauté. Ce qui, à mon avis, manque à c’est Juste la fin du monde. C’est-à-dire l’artifice pour le regard, la poudre pour les yeux que Xavier Dolan nous offre si généreusement d’habitude. Peut-être est-ce l’une des raisons pour lesquelles mon oeil est resté sec et mon coeur bien en place.

juste-la-fin-du-monde-de-xavier-dolanCrédit: elle.fr

Le point fort de cette oeuvre est assurément la performance des acteurs. Marion Cotillard et Vincent Cassel sont définitivement mes deux coups de coeur.  D’entrée de jeu, on ressent la rancoeur d’Antoine, on ressent la douceur de Catherine. Il y a de ces phrases qui nous touchent par les mots. Il y a aussi celles qui nous chamboulent par le ton utilisé pour les prononcer. Parfois, c’est les deux.

«J’adore oublier les choses qui sont les plus importantes pour moi.»

-Antoine

«Vous ne pouvez pas toujours être contre moi.»

-Antoine

«Quelque part, il y a quelque temps déjà», on nous raconte une histoire pas si lointaine. On nous met sur la trace du passé, question de ne rien oublier avant le grand départ. On prend le temps qu’on nous donne pour nous apprécier soi-même et les autres. Malgré les cris, les pleurs, les demandes, les recommandations. Malgré la lumière d’un soleil d’or après l’averse. On garde tout à l’intérieur. À l’intérieur d’une heure précise, du chant d’un coucou mort. C’est peut-être pour ça que mon âme n’a pas pleuré. Parce que c’était juste la fin du monde et que tout n’est pas terminé. Après tout, Martine le dit : «On sera mieux préparés la prochaine fois.»

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