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Green Room : un survival intense qui donne froid dans le dos

Par Patrick Lamarche – le dans Divertissement

Les couleurs au cinéma sont très importantes. Parfois, celles-ci peuvent refléter l’ambiance tout au long du film ou simplement nous donner un avant-goût de ce que l’on va voir. Jeremy Saulnier a utilisé la couleur bleue dans son surprenant premier film, Blue Ruin. Le bleu choisi, non pour démontrer le ciel et nous faire ressentir un film léger et clair, mais plutôt un bleu froid à la limite du cadavérique. Avec son nouvel opus Green Room, il ne s’agit pas d’un vert comme les forêts ou les grands pâturages de l’Irlande, mais bien d’un vert glauque presque nauséabond; un vert marécageux. 

Au menu : punks et meurtre

Le groupe de punks, The Ain’t Rights, sont en tournée en Oregon. Ils font un spectacle qui ne leur rapporte rien et sont doublés par un jeune punk qui voulait avoir une entrevue avec eux pour une station de radio inconnue. Il leur offre quelques dollars et après les avoir interviewés, il leur trouve un spectacle dans une cabane dans le fond des bois. C’est un bar de skinheads, particulièrement violent et antipathique. Après leur spectacle, le groupe est témoin d’un meurtre auquel il n’aurait pas dû assister, dans leur loge. Le propriétaire du bar et ses acolytes sont alors déterminés à les éliminer.

Survival

Saulnier prend son temps avant de nous conduire dans son survival intense et poisseux. Il nous laisse des indices sur ce qui risque d’arriver à ces jeunes punks. Les membres du groupe sont enfermés dès le début. Ils sont confinés dans leur minifourgonnette et le réalisateur prend plaisir à faire de gros plans sur chacun d’eux. On se trouve alors un peu dans un film pour adolescents. Leurs petites péripéties, comme voler de l’essence, nous font douter que tout va devenir intense pour eux. Dès qu’ils arrivent dans le bar pour leur spectacle, nous sommes entrainés dans un autre monde. Saulnier joue même avec le lyrisme en filmant au ralenti la prestation.

Des punks qui se foncent dedans au ralenti sur une musique un peu plus lyrique; certains peuvent y voir une rupture de ton, d’autre une tentative d’esthétiser les émotions du groupe pour que l’on trouve inquiétant ce mélange de genres. Il s’agit d’un point crucial dans la réalisation du film pour nous aider à glisser dans un autre genre, soit le survival movie (ou film de siège).

Ensuite, le film s’accélère et nous plonge dans le malaise : la découverte du cadavre, la froideur du propriétaire du bar Darcy (Patrick Stewart) et les sbires qui le suivent et lui obéissent au doigt et à l’oeil. Nous ne sommes jamais sûrs si le groupe va s’en sortir ou pas. Je vous garantis qu’il n’y a pas vraiment de héros dans le film, c’est plutôt une histoire de survie pour tous les personnages avec les sacrifices qui en découlent.

 Appréciation

Le film a été bien reçu par la critique, car il fut sélectionné à la Quizaine des réalisateurs de Cannes en 2015. J’ai personnellement apprécié, mais je dois avouer que je m’attendais à plus. J’ai préféré Blue Ruin, mais je crois que Green Room mérite qu’on s’y attarde pour son intensité et son deuxième degré de critique de l’Amérique et des États-Unis. Par contre, je trouve que Saulnier essaie trop de filmer pour nous choquer et non pour faire ressentir l’horreur. Le meilleur exemple est lorsqu’il rentre dans le bar : la caméra bouge vers la gauche pour capter le cadavre, tué auparavant, et remonte pour le reste de la scène. Le cadavre était superflu, le tout aurait pu être filmé autrement.

Je trouve aussi que l’histoire n’est pas vraiment achevée; on se demande encore pourquoi des skinheads aussi violents et morbides voulaient seulement cacher un trafic de cocaïne. Disons que l’intrigue aurait pu être retravaillée.

Je le conseille pour ceux qui aiment les films intenses qui sont quand même bien réalisés. Ce n’est pas un film de série B mal filmé avec un scénario bâclé, mais disons qu’il aurait pu être plus profond. Il reste que Jeremy Saulnier est une figure montante du cinéma indépendant américain qu’il faut que tu découvres si tu ne le connais pas encore. 

Disponible sur Itunes dès le 12 juillet. 

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