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MtF : Elle était lui (Partie 1)

Par Valerie Landry – le dans Santé, Sexe

Qu’arrive-t-il lorsqu’une personne naît dans le mauvais corps? Le mois dernier, j’ai eu la chance d’interviewer une jeune transsexuelle, Jesyka, née Philippe. Elle nous livre les plus grands secrets de sa transformation physique et identitaire, le plus grand dilemme de sa vie.  

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Comment as-tu découvert que tu étais une femme prise dans le corps d’un homme?

Je te dirais que les gens me demandent souvent à quel moment j’ai eu un déclic, mais ce n’est pas soudain, avec le temps ça se confirme. Plus jeune, je m’habillais en fille, je prenais les souliers à ma mère. Quand tu es enfant, tu ne le sais pas que ce n’est « pas correct » ou pas « normal ». Tu ne comprends pas tout de suite qu’il y a une grosse différence culturelle entre ce que l’on attend d’une fille et ce que l’on attend d’un gars. Moi, j’étais un petit garçon qui se sentait bien dans les affaires de femme, qui allait plutôt vers les jouets et accessoires féminins que masculins. C’était naturel pour moi, je ne me posais pas de questions. C’est lorsque tu grandis que tu réalises que, dans la société, c’est supposé être d’une certaine façon, que tes parents, que l’école souhaitent que tu te conformes à un genre précis. Bref, le déclic que tu vis, c’est lorsque tu te rends compte que ce que tu es au profond de toi ne correspond pas au costume qui t’a été attribué, qu’il est impossible aux yeux des autres que ton genre soit incohérent avec ton sexe. En grandissant, tu te demandes constamment si tu as le courage de franchir le pas, de changer de sexe et d’être finalement bien dans ta peau, parce que c’est la plus grosse transformation que quelqu’un peut vivre. Une fois que tu commences, tu ne peux plus reculer.

Est-ce que tes parents avaient remarqué qu’il y avait un décalage entre ton sexe biologique et le genre qui te semblait naturel?

Mes deux parents l’ont remarqué très tôt, mais leur attitude n’était pas la même. Mon père s’en rendait compte mais ne voulait pas le voir, pour lui j’étais son petit gars… Il a agi comme s’il était surpris quand je lui ai annoncé que je changeais de sexe, mais je pense qu’il le savait au fond de lui. Ma mère, c’est elle qui m’a encouragée à le faire. Quand j’étais plus jeune, elle me faisait voir des spécialistes car elle avait un doute. Plus je grandissais, plus je me rendais compte de ce que j’étais réellement et je me disais qu’il y avait trop d’obstacles avant de devenir une femme, alors j’étais vraiment dépressive. C’était une question de vie ou de mort dans mon cas, c’est ma mère qui m’a un jour dit : « Philippe, est-ce que tu veux être une fille? Si oui, fais-le, on va prendre les rendez-vous, on va regarder pour des médicaments, de toute façon ça ne peut pas être pire que ce que tu vis en ce moment ». C’est le coup de pouce dont j’avais besoin pour franchir le pas. Je pense que sans elle je n’aurais pas survécu à cette détresse. Ça a été stressant de me présenter à ma famille élargie en tant que Jess, mais tous avaient été avertis d’avance et ça s’est bien passé. Ma mère et ma grand-mère m’ont tellement soutenue, des fois on pense que les générations qui nous ont précédés ont plus de difficulté avec ce genre de changement, mais j’ai vraiment été chanceuse. Quand j’ai fait ma transition, on dirait que tout s’est placé dans ma vie. Étant donné que j’étais bien avec moi-même, on dirait que j’ai attiré le bonheur.

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À l’école, est-ce que tu te sentais différente? Est-ce que les autres enfants sentaient une différence?

Au primaire, j’avais demandé à m’asseoir avec les filles pendant l’heure du dîner. À l’Halloween, j’en profitais pour me déguiser en sorcière ou d’autres personnages féminins. C’est la base de l’identité, les parents devraient laisser leur enfant être du genre qu’ils souhaitent. J’ai eu ma transformation à l’âge de 23 ans, mais sinon, si la société avait été plus ouverte face au phénomène, je l’aurais faite à 12 ans. Les autres élèves du secondaire, je pense qu’ils n’ont pas mis le doigt tout de suite sur le problème d’identité, ils ont plutôt associé mon côté féminin à une orientation sexuelle. Je me faisais traiter de tapette, de gai, les gens ne connaissent pas vraiment le phénomène transgenre. Le réflexe des jeunes, c’est de te catégoriser comme homosexuel. Tout mon passage à l’école a été extrêmement difficile, même au cégep. J’imagine que ça n’a pas aidé que je ne sois pas bien dans ma peau. Ce n’est pas pareil comme un gai qui finit par s’afficher et être lui-même. Quand tu es trans, tu n’es pas né dans le bon corps, tu as beau vouloir sortir du garde-robe, tu n’es toujours pas toi-même. Par contre, je ne regrette rien. Je me suis fait battre au secondaire, j’ai vécu beaucoup d’intimidation. Maintenant, avec du recul, je suis contente d’avoir traversé tout cela, parce que ça m’a rendue extrêmement forte, je ne laisse plus personne me marcher sur les pieds.

Est-ce que tu en es venue à te demander si tu étais simplement gai?

Tu le sais que ce n’est pas ça, ce n’est pas par rapport à la sexualité, c’est par rapport à toi-même, c’est une remise en question de ton identité, pas de tes préférences. Oui, à un moment donné j’ai fait mon coming-out en tant que gai parce que c’était plus facile, c’était le premier pas vers une meilleure acceptation de moi-même. Tu comprends, moi ce qui m’attire ce n’est pas le gars homosexuel, c’est le gars hétérosexuel qui veut être avec une femme. J’ai eu des relations avec d’autres gars quand j’étais plus jeune, mais ce n’était pas ce qui m’attirait. C’était ma seule option côté sexuel.

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L’autre côté à considérer dans ta décision, j’imagine, c’est aussi : est-ce que j’attire le genre qui m’intéresse?

Ça n’a jamais été partie prenante de ma décision. Je n’ai pas changé de sexe pour attirer ce qui m’attire. Je l’ai fait pour moi avant tout. Si j’étais pour rester célibataire le reste de mes jours parce que personne n’accepterait que je sois trans, ça aurait été correct aussi. Il y a aussi le fait que beaucoup de gens se disent que je dois attirer des gais parce que j’ai encore l’entrejambe masculin. Mais c’est tellement plus que ça, c’est ce que tu dégages qui attire un genre particulier, ce n’est pas uniquement ce que tu as entre les jambes, mais ce que tu as entre les deux oreilles.

Où en es-tu dans ta transformation?

En mai je vais avoir ma vaginoplastie. Je suis à la fois fébrile et très stressée, j’ai demandé conseil à une connaissance qui a subi l’opération récemment et elle m’a dit que ce qu’ils font est tellement réussi que tu ne pourrais même pas voir la différence avec un vrai vagin. Ça mouille, tu peux avoir des orgasmes, parce qu’ils font le clitoris avec le bout du gland et de la prostate. Elle disait qu’elle a couché avec plusieurs gars et qu’ils ne s’en sont jamais rendu compte. La seule différence, c’est que tu es infertile. C’est sûr qu’il y a des trans qui ne ressentent pas le besoin de changer complètement, parce que ça a fait partie de toi depuis ta naissance, c’est un peu un deuil à la fois d’être un complexe.

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Est-ce que ton chum t’a connue avant que tu changes de sexe ou après?

Non, en plus c’est vraiment bizarre, j’ai rencontré mon chum quand je ne prenais pas encore d’hormones, je portais une perruque, c’était plus un déguisement. J’ai commencé les hormones une semaine après l’avoir rencontré. J’allais travailler en gars, je revenais à la maison, je m’arrangeais vite vite et il arrivait. Pendant un bon deux mois je jouais deux rôles. Ça a été un moment très compliqué dans ma vie. Par contre, j’ai toujours été sincère avec lui, dès le début il savait que j’étais trans. Au départ on se voyait avec des amis, il ne se passait rien entre nous deux. À un moment donné c’est lui qui m’a dit qu’il me trouvait belle, drôle et tout, mais qu’il n’était pas vraiment à l’aise avec ma transsexualité. Il n’est pas gai, il est vraiment aux femmes. Finalement, avec le temps on est tombés en amour. Ça fait presque trois ans déjà que je suis avec lui. Par contre, j’aurais choisi d’être célibataire le temps de ma transition pour la simple raison que c’est un moment où tu travailles tellement sur toi-même à 100%, c’est une transformation de l’identité, un travail à temps plein. Avec quelqu’un d’autre ce n’est pas pareil, mais je suis heureuse.

Est-ce que ses parents à lui le savent ?

Je ne sais pas s’ils le savent, je les ai rencontrés plusieurs fois… Ils ont probablement déduit ma situation par ma voix (une opération très délicate est nécessaire pour modifier la voix d’une personne qui désire changer de sexe, beaucoup de trans y renoncent dû aux risques qui y sont associés) mais on n’en a jamais parlé. Il ne l’a jamais dit à ses parents par lui-même. Il préférait que je les rencontre avant, qu’ils découvrent la personne que je suis et non pas qu’ils se fient uniquement sur l’étiquette de transsexuelle. C’est inévitable, on a une image, un préjugé des transgenres et c’est tellement exagéré. On n’est pas des drag queens.

Pour plus de photos et accéder à une vidéo de la transformation complète de Jesyka, visitez sa chaîne YouTube.

Apprenez-en davantage sur le cheminement de Jesyka dans la seconde partie de l’entrevue, ICI!

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