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Un vol, c’est un vol

Par May L Wells – le dans Divertissement, Opinion, Société
Vous ne payez pas pour la musique que vous consommez? Vous croyez que tous les artistes ont assez d'argent pour être capables d'en prendre? Vous mettez les Soeurs Boulay et Rihanna dans le même panier? Voici le portrait économique du milieu musical au Québec qui, je l'espère, saura vous convaincre de tout simplement ACHETER VOTRE MUSIQUE EN 2016.
showUnsplash

Bin oui! Je vous lance un beau sujet très controversé puisque la société essaie de nous convaincre que de ne pas payer pour notre musique est ok puisque «tout le monde le fait». Je compte changer votre mentalité.

Non, je ne me positionnerai pas d’un point de vue sentimental où j’essayerai de vous faire pleurer en vous mentionnant ce que j’ai vécu avec mon band de musique ou bien les multiples histoires entendues de mes collègues de l’industrie. Quand même, cela fait maintenant depuis 2009 que je gravite dans ce milieu qu’est la musique au Québec…avec plus de 6 singles sortis dans les radios du Québec, de la France, de la Suisse et de la Belgique, plus de 3 lancements d’album produits et organisés, plus d’une cinquantaine de spectacles produits et organisés (dont la première partie de Simple Plan ou bien The Lost Fingers) et plus d’une dizaine de vidéoclips également produits et organisés. Cette réalité vous sera expliquée puisqu’elle est la mienne depuis plus de sept ans.

Toutefois, pour bien illustrer cette situation, je vais vous faire un beau portrait économique dans lequel je vais décrire toutes les étapes allant de la création d’un single, à la commercialisation de celui-ci.

Les étapes détaillées

Commençons par l’essentiel. Il faut mettre quelque chose au clair ici: on ne peut pas payer un loyer avec de «l’exposure» (la fameuse visibilité!). Les artistes de toute sorte en ont assez de se faire dire que la visibilité que tu leur offres leur sera bénéfique. N’importe quel métier mérite d’être rémunéré pour les heures investies.

Tu payes pour ton café, ta voiture et ta bouffe? Tu n’oserais JAMAIS voler dans un magasin d’électroniques? Alors, pourquoi voler la musique? Un vol, ça reste un vol MÊME si tu essaies de te déculpabiliser en te disant que tout le monde le fait.

Ensuite, la base de tout ça: non, pas le nom du band (ou de l’artiste), mais bien ce avec quoi on fait de la musique. Les instruments:

  • Une guitare 3/4 acoustique YAMAHA: Environ 250$
  • Une guitare électrique Epiphone: Entre 700 à 1 000$
  • Un drum complet: Environ 2 000$ (Bin oui! Tu ne fonctionnes pas seulement avec une cymbale!)

Ok. On comprend le principe.

Par la suite, enregistrer en studio? Bon, si on est indépendants, on n’a peut-être pas les moyens pour s’acheter près de 5 000$ d’équipements de studio, alors on opte pour aller voir un réalisateur.

Prix pour une chanson? Entre 1 500$ et 5 000$…Faisons une moyenne approximative: 2 500$

Et puis, on fait de la musique pour être entendu: alors on souhaite passer dans les radios. Pour y arriver, il faut payer une personne qui fera le pont entre ta musique et les stations de radios: le tracker. Sa job est de présenter la chanson aux directeurs musicaux des radios et d’ESPÉRER qu’elle soit acceptée et enfin jouée à un maximum de gens. Leur prix? Environ 2 000-3 000$.

Bon, si je fais les mathématiques à votre place, nous en sommes rendus à environ 5 500$ JUSTE pour enregistrer la chanson et la présenter aux stations de radio, mais voici la bonne blague: les stations de radios peuvent la refuser. Alors voilà, toi, artiste indépendant qui économise ton argent, tu viens d’investir 5 500$ pour te faire dire «non». Sachant que bien des gens n’achètent pas leur musique, l’artiste se retrouve avec: -5 500$. Just like that.

«Mais oui, ils font tous de l’argent avec les shows! Duh.»

Et là toi, tu vas me dire, «mais ça paye des shows»! Ah oui? Faisons les calculs afin de savoir comment ça coûte produire un show.

Louer la salle: environ 500$ (et je suis généreuse puisque tu seras dans les milliers de dollars pour louer le Club Soda ou le Metropolis…et on ne parle même pas du Centre Bell…) + technicien de son/scène: environ 250$ pour ta soirée! Et tu n’en as qu’un seul…Allons-y pour 500$ pour en avoir minimum deux.

T’es solo et t’as besoin de musiciens pour jouer avec toi? On est dans les 300-1 000$ par musicien que tu engages, alors on fait la moyenne: 650$…T’as besoin de trois musiciens avec toi? 1 950$

Bref, et même avec un band, les coûts seront divisés entre le nombre de membres, mais les revenus aussi…Calcul rapide pour organiser un petit show: 2 500$ (j’ai arrondi).

Et tu n’as pas encore fait de promotion…! On va mettre le tout à 3 000$.

En gros là…

Pour faire une histoire courte, on en est à 5 500$ pour lancer un single considéré «professionnel» et autour de 3 000$ pour organiser un seul show…on approche donc facilement du 10 000$, si on peaufine le tout avec un peu de promotion…

Comment les musiciens sont-ils censés espérer revoir un minimum de leurs investissements si personne n’achète leur musique, que très peu de gens vont voir les shows d’artistes indépendants (non, Osheaga ne compte pas comme une plateforme où les artistes vraiment indépendants et émergents peuvent performer!) et que les plateformes de diffusion en ligne (Spotify, Pandora, etc.) donnent une fraction d’un dollar pour quelques milliers d’écoutes?

Alors que d’autres entrepreneurs indiqueront un prix X pour permettre aux artistes de rembourser leurs équipements et d’offrir un service quelconque, ce même principe ne sera pas applicable pour les musiciens…

«T’as choisi d’être musicien, assume de ne pas faire d’argent.»

Alors toi, fier économiste de ce monde (pour les plus logiques dans leurs raisonnements), laisse-moi te rappeler un petit principe bien simple: l’argent en circulation bénéficie à tout le monde. Plus les gens ont de l’argent à dépenser et plus l’économie roule. Plus les gens ont des emplois rémunérés et plus l’argent roule dans la société. Ainsi de suite!

Si les musiciens font de l’argent avec leur musique, tu peux être assuré qu’ils vont dépenser cet argent dans ton commerce ou ton restaurant. Parce que c’est comme ça que l’économie fonctionne.

Les excuses sont faciles à trouver quand t’es habitué de voler l’art des autres, mais pour suivre une logique rationnelle, vois ça comme une façon de faire rouler l’économie. Et à toi, qui est peut-être plus sensible, dis-toi que y’a des gens qui se donnent corps et âme dans leur art: ça serait génial qu’ils puissent se vanter d’en vivre réellement.

Enfin, si j’ai moindrement réussi à vous faire revoir la façon dont vous pensez que l’industrie fonctionne, ce sera déjà ça de pris. De mon côté, je vais me contenter de penser que j’aurai fait mon devoir de parler pour mes compatriotes du milieu musical en vous expliquant pourquoi c’est important d’acheter sa musique.

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