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Mon cactus est mort, je t’aime

Par Julien Marchand – le dans Sexe

Si j’ai envie de mettre ma blonde en colère, j’utilise une technique infaillible : je lui propose une soirée Netflix. Ça ne m’arrive jamais de la mettre en colère, évidemment. Mais prenons une situation hypothétique quelconque. Prenons la situation où elle m’arriverait avec un pug, pas la version en peluche, mais celle qui possède un cœur véritablement fonctionnel, avec un chou autour du cou, en guise de cadeau. Ou pire, en guise de surprise. Sans aucun préavis. Pas de demande officielle, pas de refus officiel. Pas non plus les mois nécessaires à une préparation mentale adéquate. Rien.

Un cadeau-pug dans l’entrée.

Prenons cette situation, aussi extrême qu’elle soit. Je me dois de répondre par la bouche de mes canons; je propose une soirée Netflix.

Je peux anticiper parfaitement la suite des événements. Elle me proposera d’écouter Friends pour la 124e fois juste ce mois-ci. Fais le calcul, c’est un taux très réel de plus de quatre fois par jour. S’en suivra Harry Potter, que je refuserai catégoriquement et jusqu’à ce que mort s’ensuive. Et à partir de là, la soirée est perdue, elle s’est en allée se faire aspirer par un trou noir et nous ne la reverrons plus jamais. Adieu à toi, la belle soirée.

Je sais ce que tu te dis : tu dois vraiment l’aimer pour supporter tout ça. Ferme les yeux deux secondes et imagine-moi faire un signe de oui de la tête suivi d’un rire nerveux.

Mais supposons une nouvelle alternative à la soirée. Cette fois, le pug fictif est substitué par une bouteille de vin réelle et la télévision est remplacée par un mur blanc parce que, pour tout dire, nous ne possédons pas de télévision. Supposons maintenant que la bouteille est à moitié entamée.

Parle, parle, jase, jase. Je déteste profondément cette expression, ce sera donc la dernière fois que je l’utiliserai, promis. Disons juste qu’on parle ou qu’on jase, un ou l’autre me convient.

Comme ça nous arrive de temps en temps, on se met à parler d’enfants. Et chaque fois qu’on parle du bon moment pour avoir des bébés – oui, on a souvent cette discussion – je repense à mon cactus mort prématurément. Le sujet est encore délicat, mais je vais faire un effort pour l’occasion. En 2012, j’ai succombé un instant à la pression sociale et j’ai parcouru les vingt-sept pas qui me séparaient de mon fleuriste de quartier et me suis procuré ledit cactus. Planté dans un vieux pot de beurre de peanut, le trouver beau sur le coup n’était pas forcément naturel. La tête retroussée, il était foncièrement laid. Mais je le trouvais beau quand même mon cactus, beau comme je sais pas. Beau comme un pug, tiens.

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Source: pxleyes.com

Je l’ai débarrassé de sa carapace hideuse et lui ai offert une nouvelle maison dans un joli pot à fleurs où il pouvait réapprendre à être beau, beau et fier. Pendant deux longues semaines, j’ai été un hôte irréprochable. Mais ce qui devait arriver arriva. Plus précisément, l’été arriva. Et les absences prolongées. Et les aller-retour qui se transformaient souvent en aller simple. Et progressivement, mon cactus commençait à m’emmerder. Je l’ai donc relocalisé au sommet d’une commode que j’avais elle aussi relocalisée dans ma garde-robe. Va savoir pourquoi, je prends souvent ce genre de décisions réfléchies.

Un jour, je reçois la visite d’un ami. Il me demande ce qu’il est advenu de mon cactus. Je pointe nonchalamment en direction de sa nouvelle demeure, le penthouse du gratte-ciel que mon meuble dégarni représente. Mon ami fronce soudainement les sourcils, sceptique. Je regarde à mon tour et remarque qu’il n’est plus là, qu’il s’est absenté un moment. Pourtant, mon cactus ne possède pas de jambes, que je me dis. Je tends une main vers le pot à fleurs et constate l’invraisemblable, mon cactus a complètement fondu, comme un cornet au soleil. Il est allé se cacher tout au fond de son pot. Même qu’à ce point-là, j’ignore si mon cactus possédait encore les caractéristiques règlementaires pour se faire appeler un cactus. Tout ce temps, je me rends compte que j’ai confondu deux notions de base : les cactus n’ont pas besoin de beaucoup d’eau pour vivre, mais ils ont définitivement besoin de beaucoup de soleil. Erreur cruciale. Ceci explique cela, mon cactus est mort prématurément.

Mais pourquoi je te parlais de mon cactus déjà ? Ah oui, les bébés. Reste avec moi, il y a une sorte de suite à l’histoire. Chaque fois qu’on parle du bon moment pour avoir des bébés, ma blonde et moi, je finis toujours par la regarder un peu trop longtemps dans les yeux pour que ce soit une scène de film plausible. Un regard qu’elle me rend si bien, un regard qu’elle maîtrise parfaitement, un regard que tu veux vivre au moins une fois. Et je lui dis, invariablement : « je déteste les cactus à en mourir » suivi aussitôt de « mais toi, toi je t’aime à mort ». Moi aussi je trouve cette phrase difficile à déchiffrer, faut pas trop t’en faire.

Plus j’y pense, plus je me dis que j’ai jamais voulu d’un cactus. Ça m’emmerde, les cactus.

Mais je veux plein d’autres choses par exemple. Peut-être une télévision. Peut-être même un pug. Éventuellement. Peut-être aussi que je te parle de cactus pour dévier du vrai sujet. Pour pas tout te dire ce que je veux, tout de suite.

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