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Maman à temps plein, en famille une semaine sur deux

Par Mélissa Lavoie – le dans Famille, Psycho
Je me souviens la première fois qu’elles sont parties chez leur papa. Je me rappelle exactement le trou qui s’est creusé quand elles ont disparu derrière la porte. Les deux trous, aussi grands qu’elles. Mes larmes attendaient juste de plus les voir, pour sortir de mes yeux qui avaient mal sans bon sens. Des larmes qui partaient directement de mon cœur, du vide creusé par leur absence des prochains jours. Elles ont disparu de mon champ de vision et j’ai pleuré pendant un bon moment, assise toute seule sur mon nouveau divan-lit dans mon petit 3 et demi. Mais pas aussi longtemps que je l’aurais imaginé.

J’ai pensé à ce moment-là, quand quelqu’un m’avait dit que j’allais toujours m’ennuyer autant, mais que je finirais par m’habituer, par l’accepter. J’avais de la misère à croire que je m’habituerais à laisser aller celles qui m’habitaient continuellement depuis le jour où j’avais vu ces deux belles faces qui étaient à moi.

Parce que.

Y’a des moments, quand elles ne sont pas là, que j’entends leurs petites voix crier «maman». Que physiquement, je ressens le besoin de les serrer fort dans mes bras. Que je vais sentir leurs oreillers juste pour m’imprégner de leur odeur que j’ai presque oubliée. Que je les laisse le mercredi matin à la garderie et que j’ai déjà hâte au lundi suivant. Que je fais le plein de serrages de corps forts pour les moments où j’en aurai le plus besoin. Que je regarde leurs photos mille fois juste parce que ça me fait le plus grand bien. Que je rejoue leurs vidéos avant de dormir pour entendre leurs voix et faire semblant qu’elles sont à côté de moi.

Y’a des moments, quand elles ne sont pas là, que je sais que je manque des rires importants. Que je sais que je manque des bouts de vie dans lesquels je ne ferai jamais partie. Que je suis consciente que c’est pas à moi qu’elles diront «bonne nuit» avant d’aller au lit. Que je ne pourrai pas les soigner et les coller quand elles seront malades. Que je ne pourrai pas les réconforter quand elles se réveilleront au milieu de la nuit à cause d’un mauvais cauchemar. Que quand ma plus grande m’appelle pour me dire qu’elle s’ennuie, je fais tout pour ne pas qu’elle sente qu’en lui parlant, j’ai les yeux mouillés.

J’avais réellement de la misère à croire que je m’habituerais. Pourtant, deux ans plus tard, je peux affirmer que j’ai fini par trouver ça moins difficile, moins déchirant, sans pour autant m’ennuyer moins fortement.

J’ai fini par remplacer tous ces moments sans elles par du temps pour moi. De l’égoïsme obligé. Du temps à me prélasser le matin avec un café. À pouvoir lire en pyjama jusqu’à ce que je vois embrouillé, manger des céréales pour souper en arrivant de travailler, dormir la nuit sans que ma plus jeune vienne me trouver, écrire des heures sans me faire déranger. À pouvoir avoir des plans de dernière minute, à n’importe quelle heure de la journée. De l’égoïsme obligé. À refaire le plein d’énergie, pour quand elles seraient de retour.

Parce qu’on se le cachera pas, reste qu’en garde partagée, t’es toute seule pour gérer ce qui arrive au quotidien et que c’est pas toujours évident. Que par moments, tu cherches de la patience dans le fond de tous tes tiroirs. Que des fois, tu t’en vas te cacher dans la salle de bain pour respirer l’air au complet et te dire que toute va bien aller. Que tu te dis que tu y arriveras pas quand ta plus jeune se lève pour la dixième fois avec son attirail de Morphée. Que tu te demandes si tes enfants sont malheureux à se partager leurs deux parents constamment.

Mais que t’es rassurée.

Lorsque ta plus grande te dit en la bordant qu’elle est chanceuse d’avoir un papa et une maman qui l’aiment autant. Pis que c’est sûrement ça le plus important.

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