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Maman, je me souviens…

Par Éliza Lafond – le dans Bien-être, Santé

Maman, je me souviens…

Crédit: Éliza Lafond
Crédit: Éliza Lafond

Tout a commencé ce matin-là.

Tu étais là, dans le stationnement de l’hôpital. Tes doigts tremblaient en allumant ce bout de malheur qui hante ma vie depuis des années, qui hante surtout; ta vie. Ta vie qui venait de basculer lorsque le docteur a dicté les mots qu’on redoute tous.

C’était maintenant à ton tour de les formuler. J’ai aperçu la peur dans tes yeux à travers la fumée qui sortit de ta bouche. Ça y est, après ta dernière expiration de cette foutue cigarette, tu les as prononcés. Pardon, tu les as bafouillés; «J’ai le cancer.»

Ce jour-là, lorsque tu as prononcé ces mots, c’est comme si on m’avait parlé du beau temps ou du mauvais temps… Aucune émotion. Peut-être ai-je senti que je devais rester forte. J’ai donc fait comme si on ne m’avait rien annoncé de grave. J’étais de glace, mais au fond de moi je fondais comme un pot de crème glacée qu’on a oublié sur le comptoir de la cuisine…

J’ai pris le volant et on a roulé sans rien dire. Aucune musique de fond pour apaiser nos âmes, aucun échange de regards pour se réconforter, aucun moment de tendresse pour calmer nos peurs…

Une fois à la maison, le téléphone a sonné toute la journée. Chaque sonnerie nous saoulait… car on savait qu’on devait, encore une fois, répéter les paroles qui ont chamboulé ta vie, notre vie ce matin-là.

J’avais le cœur à l’envers chaque fois que je t’écoutais parler. Ils étaient là à pleurer à l’autre bout du fil alors que, toi, tu les rassurais. Tu disais que tu allais bien, mais je sais que tu mentais par ton sourire trop prononcé. On a le même faux sourire lorsqu’on essaie de cacher une peine, une angoisse ou simplement un malaise. On sourit trop intensément en espérant que notre sourire cache tout derrière lui.

Crédit: Éliza Lafond
Crédit: Éliza Lafond

Je me rappelle qu’au moment où tous les appels ont cessé, tu es allé te changer. Tu as mis ton kit de ménage et tu t’es mise à frotter à gauche et à droite. Tu m’as clairement dit que tout allait bien se passer et qu’on ne laisserait pas le mot «cancer» nous pourrir la vie. C’est à ce moment-là que la panique m’a pris. Je ne savais plus quoi faire; rester près de toi ou te laisser un moment seule avec toi-même… J’ai pris la fuite. Pis ça me fait mal de t’imaginer toute seule à genou au sol face à l’armoire où tous les plats Tupperwares sont mal rangés, à pleurer et crier d’angoisse, alors que tu replaces les plats que j’ai placé aléatoirement pour me sauver du temps. Je sais que c’est arrivé, je l’ai fait si souvent alors que la douleur était trop forte.

Alors que les jours passaient depuis l’annonce du cancer, rien n’a réellement changé dans notre quotidien… jusqu’au jour où tu as perdu tes premiers cheveux. Le cancer c’est abstrait, jusqu’au jour où tu le vois te détruire, nous détruire petit peu par petit peu…

Je n’ai jamais voulu te démontrer la vulnérabilité qui m’envahissait. Parce que toi, tu ne m’as jamais montré à quel point tu avais la chienne de la perdre cette bataille-là. T’étais tellement effrayée que juste l’idée d’y penser c’était trop pour ton petit cœur. Alors on n’en parlait jamais. On n’a jamais pris le temps de se rassurer le cœur. Et lorsque les gens prenaient leur courage à deux mains en ouvrant la discussion en essayant d’ouvrir ce qui se cachait réellement dans ton petit cœur; tu leur faisais ton sublime sourire de fille qui gère la situation.

Crédit: Éliza Lafond

J’ai ravalé si souvent tous tes angoisses, tes chagrins, tes changements hormonaux, la peine que j’éprouvais en te voyant t’empresser de ramasser tes cheveux qui glissaient jusqu’au sol, le choc de la première fois où tu as enfilé ta perruque, le matin où ce n’était pas ma maman qui se tenait devant moi, mais une femme boursouflée qui avait peine à ouvrir les yeux…

Mais sache que j’ai ravalé parce que je ne savais pas comment t’aider maman. Je ne l’ai jamais su…

…mais à bien y penser, c’est toi qui ne savais pas comment m’aider, maman. Tu ne l’as jamais su. Parce que je sais que tu avais plus peur pour moi que pour toi.

Crédit: Éliza Lafond
Crédit: Éliza Lafond

Merci de m’avoir donné ton amour inconditionnel.

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