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Je n’ai pas le droit de détester ma vie

Par Nerds – le dans Bien-être
Il y a de ces rencontres qui, sur le coup, semblent anodines, mais qui, plus tard, se révèlent marquantes… En début d’année, je me suis exilée à l’autre bout du monde pour essayer de trouver un sens à ma vie. Parce que je me cherchais et que je répétais souvent que «j’haïssais la vie».

Un matin, dans mon pays lointain, j’ai regardé mon fil Facebook. Mauvaise nouvelle. Une petite fille que je connaissais à peine venait de perdre son combat contre le cancer. Elle avait 15 ans.

J’ai éclaté en sanglots.

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Et pourtant, je ne l’avais vue que quelques minutes dans ce qui aura été sa très courte vie. J’ai rencontré Laury à l’hôpital, quelques mois avant de partir loin de Montréal. Quand je suis entrée dans sa chambre, elle était souriante. Un peu gênée, peut-être fatiguée de tous les traitements qu’elle venait de subir, elle a peu parlé. J’ai échangé quelques mots avec ses parents et je suis partie.

Quelques jours plus tard, son père m’a contactée. C’était un véritable long shot de sa part, mais il me demandait si je pouvais l’aider à entrer en contact avec un humoriste, l’idole de sa fille. Je ne le connaissais ni de près, ni de loin. Malgré tout, j’en ai fait ma mission. Je devais réussir à organiser quelque chose entre les deux.

J’ai donc fait appel à mes contacts, en me disant que l’ami d’un ami d’un ami pourrait éventuellement m’aider. Étonnamment, ça a marché. Toute la petite famille a pu assister à son spectacle et le rencontrer par la suite. J’étais contente. Étrangement, jusqu’ici je n’avais raconté ça à personne. C’était comme mon petit secret. Une bonne action qui avait encore plus de valeur à mes yeux si elle n’était tout simplement pas partagée. J’espérais secrètement qu’elle puisse un jour raconter ça à ses enfants. Leur dire qu’elle avait pu rencontrer son idole pendant qu’elle luttait contre son cancer.

Et j’ai peu à peu oublié cette histoire. Son père m’envoyait des nouvelles de temps à autre. Je croyais qu’elle allait bien. J’avais tort.

Elle avait quinze ans. Elle était belle comme tout. Elle avait la vie devant elle. Et puis, plus rien. Tout s’est éteint. L’avenir, l’espoir, la lueur dans ses yeux.

Je la connaissais à peine, mais j’ai pleuré son départ précipité comme si on venait de m’annoncer la mort d’une amie proche. J’étais incapable de me l’enlever de la tête. Et en même temps, je me sentais presque mal de pleurer autant, en me disant que je n’avais pas le droit d’avoir aussi mal, car cette douleur n’était légitime que pour ses proches.

J’ai réussi à ravaler mes larmes pour le reste de la journée. Jusqu’à ce que ses parents m’écrivent pour me remercier d’avoir contribué à la réalisation du rêve de Laury.

En une fraction de seconde, je braillais. Des gros sanglots. Un mélange paradoxal de tristesse et de bonheur. Un bonheur inexplicable de penser que j’aie pu faire une petite différence dans la vie de cette jeune fille. J’ai rarement ressenti quelque chose comme ça. Pour moi, c’était banal, je n’ai fait qu’envoyer quelques courriels. Mais pour elle, c’était immense.

C’était la première fois de mon voyage que des larmes coulaient sur mes joues. J’aurais de loin préféré que ce soit parce que «j’haïssais ma vie».

Sauf que là, j’ai réalisé que je n’avais pas le droit de détester quelque chose que Laury n’aurait plus jamais.

Je ne veux pas tomber dans la psycho pop à deux cennes. Je ne suis pas du genre à penser que «rien n’arrive pour rien» et qu’il faut tirer des leçons d’à peu près tout. Parce que sa mort n’a aucun sens. Elle n’est pas arrivée «pour quelque chose». Ce serait idiot de penser ça. J’aimerais juste pouvoir trouver un moyen de m’inspirer d’elle.

Je refuse aussi de tomber dans les clichés. «La vie ne tient qu’à un fil.» «Il faut profiter de la vie.» Bla, bla, bla. Ces choses-là, on les sort chaque foutue fois qu’un drame survient. On se promet de changer sa façon de voir les choses. Mais on finit par oublier.

Alors j’ai simplement fait une promesse à ses parents. Une promesse toute simple. Jamais je n’oublierai Laury. Le reste, les leçons, l’inspiration, peu importe, ça viendra bien avec le temps.

Par Joanie Godin
Collaboratrice spontanée

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