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Je n’étais pas prête

Par Collaboration spontanée – le dans Psycho
Assise quelque part dehors, je me convaincs encore une fois que ma vie pourrait être meilleure. Pas meilleure, juste plus. Je mets mes écouteurs, j’hésite un instant à savoir si je sélectionne une chanson mélancolique pour me morfondre sur mon propre sort ou une chanson particulièrement stimulante, afin d’accélérer mon rythme cardiaque et ma production de dopamine.

Je fais des retours sur les questions existentielles qui pourrissent notre existence. À savoir, par exemple, si j’ai le droit d’avoir une vie heureuse, sachant qu’il y a des gens qui crèvent au quotidien et que des femmes se font violer? Je me console ensuite en me rappelant que le malheur est relatif; que ce soit dans un camp de réfugiés ou l’ongle cassé de Snooki dans Jersey Shore. Nous sommes tous gênés par des difficultés. Je ne banalise pas la misère extrême, je ne fais qu’affirmer que comparer serait un peu ignare. Calmons-nous le pompon.

Assise sur ce banc, quelque part, mes pensées noires quotidiennes me grugent de l’intérieur. Fait que oui, j’me décrotte les ongles, je repousse mes cuticules compulsivement et je fixe le vide. Puis une espèce d’éclair de pensée, minutieusement compartimentée dans un tiroir à tout jamais scellé. Un retour désagréable sur un événement frais.

Il y a de ça quelques semaines déjà, j’ai noté une poussée grandiose de mes seins, un ajout flagrant, considérant que mes boobies sont tous petits. De plus, j’ai été victime de multiples épisodes de vomissement, accompagnés de fatigue extrême, ce qui m’a poussé à me questionner. Google m’annoncerait fermement la présence d’une tumeur au cerveau. Eh non, c’est simplement le résultat merveilleux d’un moment d’inattention, mélangé à la sélection naturelle d’un spermatozoïde et d’un beau gros ovule. Vous l’aurez deviné, j’étais enceinte.

Je l’ai déjà été, néanmoins, cette fois-ci, c’était plus rude. Mon premier réflexe, celui qui a déterminé le cours de l’histoire, fut un effondrement émotionnel. Aucune joie. J’attendais patiemment le réveil de mon chum pour lui annoncer la nouvelle désastreuse. Sa réponse instantanée: «C’est cool, au moins on sait que ça pourra se faire.» Comme de fait, réponse satisfaisante et particulièrement réconfortante. Nous nous sommes questionnés à savoir si nous étions techniquement prêts. Peut-être. Sommes-nous émotionnellement prêts? Absolument pas. Vous me direz qu’il n’y a jamais de bon moment pour avoir un enfant, nous ne serons jamais complètement prêts, mais j’ai heureusement le choix.

Je ne dis pas que c’est un choix facile, il est juste approprié. Être enceinte est un état, pour ma part, très mélangeant. Je suis une personne peu émotive, réfléchie, qui analyse beaucoup. Puis Bam chakalaka, me voilà grosse pleurnicharde. Je devine que c’est le résultat d’une poussée d’acné excessive dans mon visage, d’une prise de poids au niveau de l’abdomen, d’une sensibilité extrême au niveau des seins et bien d’autres belles choses. Bref, mon expérience émotionnelle se résumait à des crises hormonales, causant l’amincissement de la couche de patience qu’avait ma douce moitié à mon égard. Puis, pour ma part, un déferlement d’excuses, accompagné d’un déversement de larmes salées. Le temps passait, très doucement, car la décision était prise, mais la croissance n’y était pas.

La journée de l’avortement. Oui, l’avortement. J’étais stressée. J’y avais déjà gouté, mais on oublie, ce n’est pas un souvenir que tu gardes tout près, dans ta poche, nostalgique, sur un banc quelque part. L’expérience fut particulière. J’avais oublié le combo du Fentanyl, mélangée avec l’autre drogue dont le nom m’échappe. Reste que c’est un plaisir circonstanciel. Mon copain m’attendait, patiemment, dans la salle d’attente, sans cellulaire, à lire des magazines de toutes sortes. Nous sommes sortis de là, je pense, soulagés et changés. La brise force mon retour au banc de parc. Je ferme mes yeux quelques instants, pour respirer cet air nouveau. Je sens mes taches de rousseur monter en force. Je me contente d’apprécier le moment présent. Mon questionnement existentiel reste éphémère, mais récurrent. Nous lui devons une importance, car il permet de retrouver l’équilibre. Suffisse pour la journée, je repars combattre mon quotidien.

Collaboration spontanée
Par Gabrielle F-B

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