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Allô génération Y? On a été coupés…

Par Nerds – le dans Divertissement

Allô génération Y? On a été coupés…

On nous appelle la génération Y. En vérité, nous sommes les enfants des paradoxes : la course aux diplômes n’a jamais battu si bon train et malgré nos degrés de spécialisation, le marché n’a pas besoin de nous et la courbe du chômage grandit tranquillement. L’ère de la mondialisation nous a apporté avec elle ce sentiment que rien n’est plus bien loin ; les frontières s’ouvrent et les gens s’exilent tant et si bien qu’ils ne sont plus vraiment sûrs d’où est « la maison ». Pourtant, certains visas restent difficiles à obtenir tandis que d’autres pays sont impossibles à quitter. Nous sommes une génération d’amnésiques qui remplaçons petit à petit ce que l’on sait par ce que l’on croit savoir. Voilà les paradoxes de notre enfance. Nés avec Internet, nous avons grandi avec MSN, Hotmail, Yahoo, AOL puis Apple, PC, Gameboy, PS3 et tant d’autres plateformes, surfaces, logiciels… Toujours plus de stimulations. Ce n’est pas nouveau. Pascal disait que l’homme, tant misérable que grandiose, cherche à oublier sa finitude et sa misère par l’intermédiaire du divertissement, à repousser l’angoisse de son insignifiance à plus tard. Mission accomplie.

Le divertissement peut aujourd’hui être ludique, éducatif ou simplement stimulant. Ce n’est pas à ces machines que je m’en prends, mais à la compréhension et à la déification qui leur ont suivies. Notre génération confond mondialisation et communication ; par le simple fait que nous soyons bien plus proches de ceux qui habitent sur un autre continent via Skype, Viber ou dieu sait quelles autres apps, nous oublions d’apprendre à connaître nos voisins de palier. Nous nous leurrons.

Facebook et tant d’autres réseaux sociaux prétendent nous permettre de communiquer, d’entretenir nos relations sociales, et pourtant ils nous isolent devant un écran impassible, froid et glacial. Pire encore, ils nous transforment en produits; votre profil est votre personal brand et Facebook ne nous sert aujourd’hui plus qu’à comparer notre cote à la bourse de la popularité. Qui juge? Votre voisin de maths de 3ème, votre professeur de première année, votre oncle, votre collègue de travail. Le prix? Savoir qui a la meilleure vie. Tout est compétition et concours aujourd’hui. Nous sommes à l’ère de l’individualisme et c’est moi, moi et moi qui dois tout remporter.

Ce qui m’embête aujourd’hui, c’est que par une sorte de syndrome de Stockholm inversé que je ne comprends pas bien encore, les créations de l’homme censées lui faciliter la vie l’ont assouvi. On en a oublié comment les idées naissent et sont nées ; par l’échange, le dialogue et l’apprentissage de l’autre (ce que Platon appelait la maïeutique). Au lieu de chercher à apprendre de son voisin, de cette vieille dame seule dans un café, de ce jeune aux cernes profondes comme le Grand Canyon, on semble avoir développé un réflexe qui personnellement me pose problème ; on apprend plus des autres mais d’Internet ou de leur profil Facebook.

Le mieux dans cette histoire reste qu’il ne tient qu’à nous de réajuster ce paradoxe, à défaut de pouvoir encore s’attaquer aux nombreux autres de notre génération. Pour cela, rien de plus simple, il suffit de parler aux inconnus (tout l’inverse de ce que maman vous a dit, je sais).

Pourtant il n’y a rien de plus instructif que cela.
Comme vous, j’ai été et je suis encore assouvie aux technologies, mais j’ai, entre deux divertissements, été illuminée par un homme que tous les enfants de mon lycée prenaient pour fou parce qu’il parlait seul, tous les jours devant l’école. Un jour, par hasard, je lui ai adressé la parole et il m’a, fil par fil, tissé son histoire dont je garde encore la morale en tête aujourd’hui. Un jour prochain, peut-être, je vous la raconterai, mais en attendant, ce que cette rencontre m’a apprise m’a paru digne d’être partagé : on peut décider d’être assouvi à la technologie, mais aussi de s’en décrocher les yeux lorsqu’on voit une personne seule, ne serait-ce que pour lui adresser un sourire.

Un homme reste un homme : misérable et grandiose à la fois. Mais il reste aussi et surtout une bête sociale et aucun « réseau » informatisé ne pourra changer cela. À bon entendeur….

Par Johanna
Collaboratrice spontanée

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