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Dénoncer pour se libérer

Par Melissa Primeau – le dans Psycho, Société
Il faisait jour, un après-midi tranquille où j’allais rejoindre mon partenaire de travail à l’école. Je marchais d’un pas lent vers mon arrêt de bus, comme environ la plupart des jours de l’année. Après un retard considéré comme normal de l'autobus, j’ai pris place à bord. Je me suis assise à l’arrière comme quand j’avais 10 ans dans l’autobus jaune. Je me suis calée au bord de la fenêtre avec Harmonium dans les oreilles, si doucement ça disait.

Après deux ou trois arrêts, j’ai levé ma tête, j’avais probablement juste envie de regarder ailleurs. C’est à cet instant qu’un homme est entré en trombe dans le bus et que j’ai croisé son regard, qui lui m’a perçu comme un aimant. Comme s’il venait de choisir sa proie.

En titubant de ses pieds, de son être en entier, il a pris la place à côté de moi. Je me suis faite toute petite en me réfugiant dans ma bulle; sa présence semblait vouloir m’étouffer. Le regard vulgaire qu’il portait sur moi présageait la suite. C’est sans tromper ma peur qu’il a commencé à m’attaquer verbalement à coups de commentaires déplacés.

Je tentais de ne pas trop lui porter attention, jusqu’à ce qu’il enterre ma musique à force d’être trop présent, il me dérangerait. Je lui ai mentionné à plusieurs reprises d’une voix ferme et avec celle où je me sens forte, que c’était assez et d’arrêter. Comme pour répondre, sa main a atterri sur ma cuisse de façon volontaire. Un manque de respect volontaire. Avec une certaine violence, sa main de désespoir, je l’ai déplacée. D’un bond, je me suis levée de mon siège et à force de jouer du coude avec lui, il a bien voulu me laisser de la place pour que j’accède à l’allée. Pour que j’aille l’impression d’être délivrée. Je me suis éloignée avec l’écho de sa voix qui ne cessait de m’attaquer. Il me répétait que j’avais peur pour rien, qu’il ne me voulait pas de mal. Laisse-moi douter de l’honnêteté de ses dires.

J’ai tenu tête jusqu’à destination, mes sanglots me remontaient dans la gorge puis la colère me brûlait l’intérieur. À destination, je suis sortie et j’ai fondu en larmes. Je lui en voulais de me faire sentir trop petite, vulnérable et impuissante face à ce qui venait de se produire, face à ce qui se produit trop souvent. Je lui en voulais de faire sentir les femmes toujours à risque, quand il fait noir, quand il fait jour, tout le temps. Je me sentais lourde de nos peurs de femmes.

Et après?

La vie a continué et elle s’est parsemée de situations où la crainte me prenait au ventre. Au fil du temps, j’ai développé un fort sentiment d’injustice sociale, je me disais que ce n’était pas supposé être comme ça. Que c’était intolérable que ça fasse partie du quotidien de trop gens, de trop de femmes.

Quand j’ai dénoncé à des proches ce que j’avais vécu, je me suis rendu compte que le simple fait d’en parler permettait une énorme prise de conscience. Ces actes d’intimidation ne doivent pas être banalisés, il y en a trop. Surtout, on ne doit pas se sentir coupable, même si on se dit que ça aurait pu être pire, même si on lui trouve des semblants de motifs valables, ça n’enlève rien aux gestes ou paroles que l’intimidateur a commis. Cessons d’être tolérantes envers des gestes aussi intrusifs.

Nous devons choisir de ne pas se censurer, il faut dénoncer. Je crois sincèrement, que c’est en partageant des histoires comme la mienne qu’on peut faire bouger les choses et se sentir plus libre en tant que femme. Ensemble, nous sommes plus fortes!

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