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Le Robert, page 1025

Par Marie-Audrey Perron – le dans Opinion, Société

C’est avec un peu moins de charme que Severus Rogue, mais un peu plus de désespoir, que je vous dirai d’ouvrir votre dictionnaire Le Petit Robert à la page 1025.

Entre deux mots faciles à comprendre, vous en trouverez un maltraité, mal aimé, mal perçu, qui a pourtant la définition la plus simple du monde.

«Recherche de l’égalité entre les hommes et les femmes. »

Non, vous n’êtes pas au mot Égalité, mais bien dans la définition du féminisme. Malgré ce que deux-trois politiciens mêlés ou quelques vedettes affirmeront, le féminisme, ce n’est ni plus, ni moins que ça.

Il faut bien le dire, le féminisme est loin d’être l’enfant chéri du Petit Robert. Toutefois, il est seulement mal perçu, comme si le fait qu’il commence par «fém» enlevait toute crédibilité à sa recherche d’égalité. Mesdames et messieurs qui n’aimez pas ce mot, j’ai un petit secret pour vous: que vous trouviez les féministes trop radicales ou pas assez, le fait est qu’un mot est un mot. Rien de plus. La seule blessure que les mots peuvent vous infliger physiquement, ce sera si quelqu’un a l’audace de vous assommer avec un dictionnaire. Mentalement? Certes, les insultes sont une arme fatale, mais si le mot féministe vous insulte, il faudra certainement revoir vos priorités.

Ce n’est pas parce que vous n’aimez pas les muffins que vous pouvez renommez ce dessert boudin. Ce n’est pas parce que le racisme vous dégoûte que vous pouvez détourner sa signification. Un mot est un mot, avec sa définition propre. Lorsque vous dites que vous n’adhérez pas à la définition du féminisme, vous faites erreur.

L’erreur, ce n’est pas d’être féministe. Au contraire, être féministe, ce devrait être naturel. L’erreur, c’est de laisser des gens qui détestent les hommes se dire féministes. Elles ne le sont pas; elles sont misandristes.

L’erreur, c’est que le premier ministre du Québec croit qu’être féministe ou non, ce n’est pas un débat utile. Philippe, j’ai de petites nouvelles pour toi: le féminisme est utile.

Lise Thériault, quand tu as pleuré sur le sort des femmes autochtones de Val-D’Or et qu’on t’a traitée de faible femme qui n’avait pas d’affaires là, tu avais besoin du féminisme.

Marie-France Bazzo, tu es une animatrice douée, pertinente, intéressante, mais la moitié des commentaires que j’entends sur toi portent sur ton apparence physique «masculine».

Sarah Jessica Parker, tu es une actrice admirée de beaucoup, mais si on cherche ton nom sur Google, on va tomber avant tout sur des critiques de ton visage chevalin.

Derrière les quelques lettres du mot féminisme se cache la lutte de toute une vie. Pensez que Lise Payette est dépassée si vous le souhaitez; critiquez les féminazis au maximum, mais le féminisme est et sera toujours pertinent. Quand vous évitez ce mot pour ne pas froisser quelques mâles qui crient à l’injustice envers les hommes, vous prouvez seulement que les hommes n’acceptent pas qu’un mot ne semble pas les concerner de prime abord.

Mais il y a des petits gars qui vont se priver de danser parce qu’on les traitera de gais, il y a des petites filles qui vont jeter leur sandwich par peur de grossir, il y a des hommes qui regarderont Ken en se maudissant d’être aussi peu musclé, il y a des transgenres qui se voient refuser l’accès à des toilettes unisexes ou du sexe auquel ils/elles s’identifient.

Il y a des gais, lesbiennes, bisexuels qui sont persécutés. Il y a des transexuels, transgenres, travestis qui sont battus dans la rue. Il y a des Québécoises qui lâchent leurs études en sciences par crainte de ne pas réussir, il y a des Québécois qui ne dénoncent pas leur agression sexuelle parce que ce serait faible, il y a des Canadiens qui laissent tomber leurs études et dont on se préoccupe peu parce que «les gars c’est pas fait pour l’école de toute façon!», des Canadiennes qui sont battues, tuées par des maris, chums, ex ou amis violents.

Il y a des filles excisées, des jeunes garçons forcés d’être dans l’armée, des enfants mariés à des vieillards, des filles qui ne vont pas à l’école parce qu’elles ont leur menstruation, des filles assassinées parce qu’elles sont des sorcières; il y a des jeunes agressés dans le métro, des salaires moindres, des remarques mesquines sur le désir ou non d’avoir des enfants, des commentaires incessants sur l’apparence physique.

On veut que ça cesse. On ne veut pas rabaisser les hommes; on veut élever les femmes au même niveau qu’eux. Partout dans le monde. Au Québec comme en Australie, et tout ce qu’il y a entre les deux.

C’est ça, le sens du féminisme. Rien que ça.

Allez à la page 1025.

Et si vous n’êtes pas féministes, Lise, Marie-France, Jessica, Stéphanie, et toutes les autres;

Ne soyez pas tristes. Je le serai assez pour vous toutes.

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