All time Branchez-vous Branche Toi BetterBe Nerds Carrières

Ma gueule de morte vivante

Par Roxane Chouinard – le dans Bien-être, Santé
À l’Halloween cette année, je ne me maquillerai pas en skull face même si c’est ben gros à la mode pis j’hésite encore à participer à la marche des zombies. J’ai déjà vu pour vrai à quoi je ressemblerais en morte vivante et je peux vous dire que ça m’a foutu la chienne.
tumblr.com
tumblr.com

J’ai quelques fois aperçu la mort s’installer sournoisement dans le visage des gens que j’aime et entendu des histoires d’horreur de gens qui ont vu, comme moi, leur gueule de zombie. Le plus épeurant là-dedans, c’est quand tu réalises que c’est en grosse partie de ta faute si t’as l’air aussi magané de la vie.

Quand j’ai vu la première saison d’American Horror Story, le quartier de Los Angeles où traînent les esprits m’a rappelé un peu mon hometown. À une certaine époque de ma vie, j’aurais pu être un personnage de la série.

Dans le patelin où j’ai grandi, j’ai toujours senti une sorte de pesanteur ou de basse vibration dans l’air. Pas surprenant. Le taux d’assistés sociaux, de toxicomanes, de criminels et de personnes atteintes de la maladie mentale est très élevé dans la population.

C’est une ville de région assez fuckée où presque tout le monde se connait de vue ou de près. Bien des gens là-bas sont pris dans des malheurs circulaires dont ils sont incapables de se sortir. Ils ont souvent des histoires intenses entre eux, vivent beaucoup dans le passé et se complaisent parfois dans leur malheur. Avec du recul, ils me font un peu penser aux fantômes d’American Horror Story qui errent en se plaignant du drame qui les a tués et en le faisant vivre aux nouvelles familles qui emménagent dans la maison.

weheartit.com
weheartit.com

Je ne l’ai pas vraiment eu facile. Ma famille, mes amis et les gens de mon entourage encore moins. À travers mon vécu, j’ai appris à différencier les merdes qui arrivent des merdes qu’on s’attire. Asteure, je fais attention pour ne pas retomber dans le vortex qui mène au malheur et à la folie. C’est un univers parallèle qui existe pour vrai, pis une fois qu’on est dedans, le chemin qui te ramène à la réalité est parfois dur à trouver.

Personne ne va me faire croire qu’on est toujours sain d’esprit. Tout le monde a ses bebittes pis on a tous un piton «autodestruction» caché dans notre tête. Certains savent très bien où il est et pèsent dessus juste plus souvent que les autres.

C’est facile de se transformer en mort vivant pis le processus est assez rapide.

Il suffit de ruminer assez longtemps le négatif de notre vie, rouvrir régulièrement nos anciennes blessures, infecter nos plaies avec de l’alcool et de la dope pis brailler en cœur quotidiennement en famille et entre amis. On peut aussi choisir de rester dans un environnement, une routine ou un entourage qui nous détruit psychologiquement et sombrer dans la dépression. Sinon, on peut brûler la chandelle par les deux bouts au travail et à l’université pis se taper un burn-out.

La combinaison de toutes ces choses produit un esti de gros badtrip dont on a peur de ne plus revenir.

newadnetwork.com
newadnetwork.com

Quand on finit par voir sa gueule de déterré, on trouve le courage de se sortir de la merde tellement on est effrayé. Avec le temps, on apprend à penser autrement, à ne plus laisser les mauvaises vibrations des autres nous coller au cul, à anticiper les situations qui peuvent produire d’autres drames pis à ne plus alimenter le négatif.

Réaliser sa part d’implication dans les mauvaises passes et arrêter de se voir comme une victime de la vie, c’est être conscient de sa propre personne et avoir le contrôle de notre tête. On a beau avoir un lourd vécu et plusieurs traumatismes, être borderline, dépressif chronique, bipolaire ou TDAH, on peut quand même arriver à mieux maîtriser son mental.

Les personnes sensibles pensent souvent à tort qu’elles sont vulnérables. En réalité, elles encaissent une shit load d’épreuves, dissimulent le plus possible leur douleur, finissent par pogner une sale drop et voient un bon matin leur face de zombie dans le miroir en se demandant ce qu’il s’est passé.

Ces gens-là ne sont pas toujours conscients de la force qui les habite. Ils ressentent tout avec intensité et affrontent un paquet de choses en même temps à la place de choisir leurs batailles. Non seulement ils finissent par se vider de leur énergie, mais ils attirent souvent aussi les personnes vampiriques qui sucent le jus des autres à cause d’un manque inné de force intérieure.

weheartit.com
weheartit.com

On ne doit pas se mettre à terre pour des choses ou des gens qui n’en valent pas la peine. Se défendre sur le coup, imposer ses limites aux autres, apprendre à éviter les gens négatifs qui grugent l’énergie pis choisir ses combats, c’est ben moins épuisant que de tout encaisser, finir par imploser et se décomposer par en dedans.

Quand un drame nous arrive, il faut se vider de notre peine, arrêter de brailler sur notre sort et aller de l’avant. Il ne faut pas trop gosser près de notre tombe parce qu’on pourrait glisser et perdre pied. Dans ce temps-là, on doit s’accrocher de toutes nos forces au bord pour éviter de tomber dans la fosse… et risquer de ne plus pouvoir en ressortir.

clothingandcupcakes.worpress.com
clothingandcupcakes.worpress.com

Faire partir un maquillage de zombie waterproof, ça prend du temps, ben de la ouate pis du bon démaquillant. Se refaire une face resplendissante de vie après se l’être magané, ça ne se fait pas tout seul non plus.

On doit soigner sa tête, son coeur et son âme pour que ça paraisse à l’extérieur. Une fois qu’on sort des limbes, le bonheur semble beaucoup plus accessible qu’on ne le pensait auparavant. Petit à petit, on commence à alimenter le positif dans notre vie, on arrive plus facilement à créer de la joie, et surtout, on découvre la merveilleuse personne qui a toujours été au fond de nous.

***

Pour conclure cette tranche de vie, je vous invite à écouter «La dissection de l’oubli», un poème de Marjolaine Beauchamp, une de mes auteures préférées que je veux vous faire découvrir.

Plus de bien-être

Ce que voyager seule m’a appris : récit de la Grèce

Ce que voyager seule m’a appris : récit de la Grèce

Le «courage» de réaliser le rêve de sa vie

Le «courage» de réaliser le rêve de sa vie

Garder le cap

Garder le cap

Populaires

Quand ton plan de vie prend l’bord

Quand ton plan de vie prend l’bord

Quand il ne reste que le confort

Quand il ne reste que le confort

À toi qui ne parles plus à ta mère

À toi qui ne parles plus à ta mère