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Quand l’amour ne suffit pas

Par Kevin Sauvé – le dans Amour
Tout commence un dimanche soir, sans histoire, un dimanche froid de novembre où je me sentais un peu seul sur mon divan à regarder par ma fenêtre l'horizon de Montréal. Comme par magie, ou comme mon horoscope l'avait prédit, Tinder s'est illuminé, j'ai eu un match, j'ai eu l'approbation que quelqu'un d'autre voulait peut-être mettre fin à son jeu de solitaire avec moi et commencer un jeu de folie à deux.

Je ne m’attends vraiment à rien normalement quand ça m’arrive, la plupart du temps rien ne se passe. Comme si on s’était fait un petit sourire dans un bar et qu’on avait continué la soirée avec le rêve des possibilités. Toutefois, quand j’ai finalement vu avec qui j’avais échangé un sourire électronique, j’ai eu une petite palpitation d’espoir. J’ai lancé les premiers caractères sur la page blanche des rêves inachevés et elle me les a retournés. Moins d’une semaine après notre premier échange virtuel, on a eu notre première date et c’est à ce moment que tout a débuté.

Notre relation est née dans le rire, le bonheur, dans nos cœurs qui se croyaient en harmonie et dans nos yeux qui ne se voyaient pas sans l’autre. Le temps séparé l’un de l’autre était court, dès le début on se voyait plusieurs fois par semaine, les heures passées côte à côte étaient proportionnelles au sentiment de bien-être éprouvé quand on était ensemble. Ça faisait longtemps que je n’avais pas ressenti ce sourire amoureux sur mon visage. Je croyais avoir trouvé celle avec qui j’aurais pu marcher un bout de chemin, mais les chips aux vinaigres ont commencé à se glisser parmi celles aux bbq, jusqu’à tant que le sac passe du rouge passion au bleu désespoir.

Du jour au lendemain, tout est devenu d’un froid glacial, plus froid que la normale pour un mois de décembre. La glace s’est brisée sous nos pieds, plusieurs fois plutôt qu’une en fait. À chaque fois, on se retrouvait quelques jours plus tard sur un petit îlot de glace perdu dans cet océan d’émotions.  C’était de plus en plus glissant et à chaque fois l’îlot devenait de plus en plus petit.

Les malentendus et le manque de communication remportaient plus souvent les batailles. Un mot ou une phrase pouvait tout briser. Au lieu d’en parler pour pouvoir clarifier les propos, elle mettait fin à la relation du jour au lendemain sans même me laisser un petit mémo fluo pour m’avertir. J’avais les mains menottées derrière mon dos et à chaque fois, je devais laisser quelques jours s’écouler pour pouvoir m’expliquer et recoller les sentiments brisés.

Plus ils se recollaient, moins ils semblaient grandioses et beaux. À chaque rupture, les mots devenaient de plus en plus malsains, et irréparables. La colère de l’incompréhension martelait ma personnalité à un tel point que je ne me reconnaissais plus du tout. Je relisais nos conversations avec un énorme point d’interrogation au-dessus de la tête. Je n’arrivais pas à comprendre comment nos propos pouvaient être autant colériques et complètement inappropriés pour la situation.

Une fois que la poussière était retombée et qu’on se revoyait, rien n’était pareil. Elle était toujours à un bras de distance même si je pouvais sentir sa respiration sur mon torse. J’essayais tant bien que mal de fermer les yeux et de lui donner tout ce que j’avais pour garder l’étincelle qui était toujours dans mon ventre et pour son nom qui était toujours sur mes lèvres. Mais le temps passait et les nuits se faisaient de plus en plus claires. Notre relation n’était plus du tout à la hauteur de notre amour.

De tout ce chaos, j’ai compris que même si les débuts sont aussi merveilleux qu’ils puissent l’être, on ne doit pas s’accrocher et vivre dans ses moments d’ivresses temporaires à tout jamais. Même si l’on croit pouvoir recréer ce temps magique en boucle, ce n’est pas la clé du succès d’une relation à long terme. Un couple se doit de regarder vers l’avant et de marcher main dans la main sans tirer l’autre en sens inverse. Il est tout à fait normal de se sentir seul et d’avoir besoin de chaleur humaine, mais quand on commence à ne plus se reconnaître et à devenir un étranger devant le miroir, il faut revenir sur terre et reprendre le contrôle.

L’amour, ce n’est pas toujours rose. Ça fait souvent mal, en fait. Mais quand on se fait plus la guerre que l’amour, il faut être capable de lâcher prise et se guérir chacun de son côté, chacun à sa façon.

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