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Sri Lanka: nos premières dates

Par Stephanie Bureau – le dans Où partir, Voyage

Sri Lanka: nos premières dates

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«Sri Lanka, tu m’as eue par le cœur quand, en face de notre chambre d’hôtel, on a trouvé un éléphant.

L’affaire à deux tonnes mangeait des feuilles avec sa trompe. Il avait sorti sa coutellerie du dimanche. »

C’était le temps que je quitte.

Ça prend plusieurs kilowatts d’énergie pour passer au travers des petites misères du quotidien, j’suis pas bonne.

Ça en prend moins pour traverser l’Atlantique, j’suis partie.

À l’aéroport de Colombo, j’enfile mes yeux d’enfant. Les gardes de sécurité ont un teint de chocolat, un gars beau comme une Aéro tient une affiche avec mon nom, même pas de faute en plus. Stéphanie avec un accent sur le « e ». C’est moi qu’il vient chercher, enfin. Je le regarde les yeux pleins d’eau mais le sourire qui m’épuise les joues à la longue, comme si je savais déjà que je tomberais en amour avec son pays.

Sri Lanka, tu m’as tirée hors de mes couvertes de novembre pas rien qu’un peu, avec tes belles manies pis tes sourires sincères. T’as plus à offrir que moi. Life is unfair : t’as les valeurs pis j’ai les bébelles.

 

La première journée, tu m’as traînée dans une place rough pour mes yeux chastes pis ma peau blanche de Canadienne. Les couloirs étroits du marché de Pettah, la musique tamil à tue-tête dans les porte-voix. Les stimulis à gauche pis à droite : #couleurs, #textures, #sons, #odeurs, #hommes, #pauvreté. Amenez-en des hashtags. Les cris en cinghalais des marchands, qui s’en arrachent la voix à vouloir me vendre des bouddhas. Ou bin des bracelets. Ou bin une ride de tuktuk. Ou bin leur âme. Je me retrouve dans l’allée de la poissonnerie, ça sent moins frais qu’au Metro quand les p’tites bêtes surchauffent au soleil.

Partout quand je marche, il y a tes grands-mamans qui me font des sourires, pas gênées pentoute d’ignorer l’existence du dentier. Fières des quelques dents qui leur restent, leur sourire est si long et sincère que j’ai le temps de compter ce qui en reste. Dans leurs yeux bridés par le plaisir, on dirait que je lis les fables de la Fontaine à tous les coups: « il doit y en avoir beaucoup de leçons d’apprises dans ces plis-là », que je me dis. Il y a tes grands-papas qui s’affaissent au soleil, l’esprit et l’estomac qui abandonnent à force de ne rien faire. J’partage mon repas avec eux. J’ai pas un gros appétit, j’sais pas si c’est la faute de la chaleur ou de la pauvreté.

Sri Lanka, tu m’as eue par le cœur quand, en face de notre chambre d’hôtel, on a trouvé un éléphant. L’affaire à deux tonnes mangeait des feuilles avec sa trompe. Il avait sorti sa coutellerie du dimanche. J’ai pas eu le choix de tomber sous ton charme, Sri Lanka. Jamais, à la première date, on a invité un éléphant à se joindre à la table. Pis quand t’es au bureau, en veston cravate, mais que tu manges avec les doigts de ta main droite. J’te l’ai jamais dit mais tu perds la moitié de ta bouchée en cours de route. J’ai pas envie de t’apprendre à fourchetter, t’es beau demême.

J’ai le cœur qui bat si vite qu’il a peine à reprendre son souffle. Dans le train, je ferme les yeux et laisse mes cheveux se faire bercer par le vent. Tes bidonvilles sont déguisés par toutes sortes de couleurs, comme s’ils habillaient leur pauvreté. Les vaches qui se déhanchent en plein milieu du trafic, mais les klaxons qui tempêtent: « Talk to my hand », que les vaches répondent, nonchalantes. J’ai les belles images qui se bousculent dans ma tête pour avoir une place de choix. Des images qui voudront être au-devant de la scène quand je ferai jouer ma cassette de souvenirs de jeunesse.

Y’a aussi les belles rencontres entre voyageurs. On s’est tous dit fuck le shortcut vers le beau salaire post-universitaire. On a opté pour un détour, aujourd’hui on hausse les épaules au futur: « tu repasseras plus tard ». Le temps ne nous vexe plus quand on est assis en bord de mer, à se raconter des histoires same, same but different. On a les secrets qui ont oublié d’être secrets, on se parle avec le beau en-dedans de nous. Des histoires qui nous ont fait quitter notre chez nous la tête haute, parfois le middle finger encore plus haut.

Sri Lanka, on va avoir du fun ensemble, je pense qu’on fit déjà. Je suis un cœur sensible pas capable de m’abstenir, une overdose d’énergie qui ne dort pas souvent.

J’étais pas prête pour le bonheur-des-fois-fake du 9 à 5 alors j’me suis glissée dans tes bras pour quelques mois. Comprends-moi, j’ai besoin d’un bonheur qui me surprend, qui me choque parfois. Un bonheur qui me donne le vertige quand il me traîne par la main et qu’il prend les décisions à ma place. Une boussole qui ne pointe plus le nord, une mappemonde qui prend tout son sens.

Mon visa de travail pour le Sri Lanka a été difficile à obtenir. J’ai failli baisser les bras. Mom me les a relevés et m’a dit que ce qui m’attendait là-bas en vaudrait le coup. Tout le temps raison les mères. Le Sri Lanka étampé dans le passeport mais surtout dans le cœur.

Québec, on va seulement se regarder dans les yeux à l’été 2015.

J’te trompe pendant que tu fréquentes l’hiver.

Je suis partie m’éprendre d’histoires à l’eau de rose ou à l’eau salée.

Placoter de belles affaires avec une autre culture et jouir d’un bonheur qui ne s’achète pas.

Keching keching la belle jeunesse.

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