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Je suis la fille qui ne se gère pas

Par Ève Landry – le dans Chroniques
Je sais que mes rédactrices en chef vont savoir de quoi je parle. Ma grand-mère dirait probablement que «je change d'idée comme je change de bobettes». Comme je ne suis pas ma grand-mère, je préfère m'expliquer en disant que j'me gère pas. Je me gère autant que ma version préadolescente au spectacle d'Avril Lavigne en 2008 (gros show, ma Avril.)

Y’a un mois, j’ai choisi de lâcher l’université pour aller faire mon chemin autrement. Je pensais partir me trouver en Californie, ça l’air qui y’en a une coupe qui se trouve là-bas. Y’a trois semaines, j’ai décidé de rester, finalement. J’avais pensé enchaîner les stages jusqu’à avoir la confiance de demander un salaire. Y’a deux semaines, j’ai braillé pendant une semaine. C’était tough, cette semaine-là. Lundi, je lâchais, ça y est. Californie, le projet d’une vie. Aujourd’hui, je m’effondre sous les travaux de sessions en m’inscrivant à la session d’automne. Des histoires de passeport.

Je le sais pas, ce que je veux faire de ma vie. Je l’ai jamais su pis ça m’énerve de me faire coincer par cette question pendant que je mange un plat de pâtes. Pouvons-nous nous entendre qu’une femme qui mange encore des macaronis au beurre n’est peut-être pas prête à faire des choix? Pouvons-nous nous rendre compte qu’on demande peut-être aux jeunes de choisir le restant de leur vie, un peu trop tôt? Qu’on ne s’étonne pas que la plupart arrête, recommence, change de voie pour revenir dans la première et la quitter à nouveau.

Surtout, j’aimerais ça que mon oncle René, qui m’interroge toujours au moment de prendre une bouchée, comprenne que c’est pas grave de ne pas savoir. Ok, j’ai menti, j’ai pas d’oncle qui s’appelle comme ça. René, c’est le p’tit nom affectueux que j’ai donné à la psychose collective sur les buts de vie. Tsé, nos objectifs flous pis nos rêves trop grands qui sont la source de nos nuits agitées où le sommeil nous nargue. On espère tous se combler le cœur apeuré en choisissant le bon programme universitaire. Y se comble pas ce petit cœur-là, y’aura toujours le vertige pris dans la gorge en regardant trop loin en avant.

Si seulement on pouvait se rappeler de regarder ici, avant d’aller se perdre là-bas. J’me gère pas. Je change d’idée aussi souvent que je change de bobettes, mais c’est correct.

Ça ne dérange pas de se chercher, ça ne dérange même pas si on ne se trouve jamais. Tant qu’on continue à se chercher. Tant qu’on continue à essayer d’être heureux. Tant qu’on fait ce qu’on peut pour retrouver le feeling qu’on avait au show d’Avril Lavigne en 2008. C’était vraiment un bon show.

Dis-moi, René, est-ce qu’on peut arrêter de se demander ce qu’on va faire de nos vies?

On fera ce qu’on fera.

Pis on verra après ça.

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