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Ce jour où j’ai vu la vie vaincre la mort

Par Sarah Lussier – le dans Bien-être, Santé
Imaginez la personne que vous aimez le plus au monde. Pensez à tous ces bons moments partagés avec elle. Maintenant, imaginez que cette personne est extrêmement malade. Un de ses organes est nécrosé, détruit. Cette personne que vous chérissez tant est hospitalisée d'urgence. Vous êtes auprès d'elle. Vous êtes témoin de ses souffrances, mais vous êtes impuissant, car vous ne pouvez rien faire pour la sauver. La seule solution pour sauver cette personne est la greffe. Faute de donneur, le temps passe et son état se détériore... considérablement. Les médecins vous annoncent qu'elle va mourir d'ici les 24 prochaines heures.

Cette réalité, personne ne veut y faire face, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie. Juste à Montréal, des centaines de personnes se battent pour survivre en espérant recevoir un don. Parmi ces personnes, plusieurs souffrent en silence, au neuvième étage du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Le don d’organes est comme une loterie. Malheureusement, peu de personnes gagnent et ont droit à une deuxième chance… à une deuxième vie.

Au Québec uniquement, des milliers de personnes sont gravement malades et ont besoin d’une transplantation. Le don d’organes permet de sauver de nombreuses vies. Un donneur, à sa mort, peut sauver 8 personnes et en aider 15 autres à retrouver la santé. Par contre, les probabilités qu’un homme dans la quarantaine ait besoin d’une transplantation sont 7 fois plus grandes que celles qu’il devienne un donneur à son décès. Pour une femme dans la quarantaine, les probabilités sont 4 fois plus grandes.

Chaque 3 jours, une personne meurt en attendant pour une transplantation d’organes. Chaque année, entre 200 et 300 Canadiens meurent parce que les dons d’organes sont insuffisants.

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Durant les dernières années, j’ai côtoyé le triste milieu du neuvième étage du Centre hospitalier de l’Université de Montréal. Heureusement, ce n’était pas moi qui étais malade et confinée dans un lit, mais c’était une des personnes que j’aime le plus au monde: mon père. Mon père a subi une cirrhose du foie. Il a livré un combat, durant des années. Il était tellement malade qu’on l’a mis premier sur la liste de demandes de greffe pour un foie au Canada. Lorsqu’il lui restait seulement quelques jours à vivre, les médecins sont rentrés dans sa chambre pour lui annoncer qu’ils avaient un foie pour lui. Mon père était extrêmement heureux. Cependant, les médecins ne l’étaient pas autant. Le seul foie disponible était celui d’un donneur malade. Il était porteur du gène du sida. Mon père devait, en 30 minutes, choisir s’il acceptait ou non le don, en sachant que s’il l’acceptait, il avait 90% de chances de développer le sida, mais que s’il le refusait, il mourrait presque automatiquement. C’était juste une question de temps. Mon père a décidé de refuser le don. Les médecins lui ont clairement dit qu’il venait de signer son arrêt de mort.

Quelques jours plus tard, je me suis rendue à l’hôpital et, avant d’entrer dans la chambre de mon père, les médecins m’ont annoncé qu’il était en phase terminale. Ils parlaient de moins de 24 heures. À ce moment, tout espoir venait de s’effondrer. Ce soir-là, mon père était en train de mourir, devant moi, sous mes yeux. Mon père était en train de dire adieu à sa fille de 16 ans, son garçon de 14 ans et sa femme, la mère de ses enfants. Mais contre toute attente, en fin de soirée, les médecins sont arrivés dans la chambre et ils nous ont annoncé qu’ils avaient reçu un foie pour mon père. Mon père a eu seulement la force de faire un petit signe de tête pour donner son accord au don. C’était le 4 novembre 2010.

Mon père était en train de mourir et neuf étages plus bas, un jeune homme de 30 ans arrivait en ambulance, à l’urgence, et il était maintenue artificiellement en vie. Suite à un traumatisme crânien causé par un accident de voiture, cet homme est mort tragiquement, mais grâce à son consentement préalable au don d’organes, il a sauvé mon père. Sans cet homme, mon père serait mort, cette nuit-là. Le lendemain, le 5 novembre 2010, mon père était aux soins intensifs, en salle de réveil.

Aujourd’hui, mon père est en attente pour une autre greffe. Éventuellement, il aura besoin d’un rein, car ses deux reins sont nécrosés. Depuis cinq ans déjà, mon père attend, patiemment, un nouveau don. Plus le temps passe, plus son espérance de vie diminue.

Les dons d’organes permettent d’aider les autres, même lorsque nous sommes morts. Un don permet de rendre la mort au service de la vie, pour le meilleur, mais aussi pour le pire, parce que rien ne garantit le bonheur après le combat. Mais c’est un combat qui vaut toujours la peine d’être mené.

Le 5 novembre 2010, il y a tout juste six ans aujourd’hui, fut le jour le plus marquant de ma vie. Avec le recul, je me souviens… cette expérience m’aura appris des leçons de vie importantes. Je sais maintenant que la seule personne qu’on peut vraiment changer, qu’on peut réellement sauver, c’est nous-mêmes. Lorsque tu penses que tout est fini, l’important c’est d’essayer simplement de mettre un pied devant l’autre, car c’est vrai que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.

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