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La fois où Papa a eu le cancer

Par Nerds – le dans Bien-être, Santé

On se doutait que quelque chose allait pas. Le médecin a été slow. À bout d’insistances, il prescrit un test, classé urgent. Ça a lieu, 2 mois plus tard.

Une masse louche; une biopsie.
«Ça a pas l’air beau.»

L’inquiétude des médecins; un scan.
«Ça s’annonce mal.»

Résultats du scan; consultation de famille.
«Mes cocos, c’est vraiment pas beau.»

Papa, c’est un warrior. Pas warrior au sens de mon-père-est-plus-fort-que-le-tien (quoique, sûrement). Warrior parce qu’il est passé à travers des épreuves de santé assez trash pour 3 vies et qu’il s’en est sorti chaque fois comme un champion. Mais là, c’était différent.

Se faire annoncer ça, c’est aussi doux que de se faire caresser le visage avec une chainsaw. Cancer-du-côlon-stade-4-métastasié-foie-et-poumons. Les médecins évoquent un scénario «classique» pour ce «type de cancer». Le type en question, il s’appelle Foudroyant. Y parait qu’il emporte généralement 8 cas sur 10 en une année.

Ma mère pleure, mon frère pleure. Moi, je suis en colère. J’ai envie d’accuser le médecin slow. Mais il n’y est pour rien. Un an plus tôt, il n’y avait rien. On le sait, parce que Papa avait les boyaux sur la table – au sens littéral – et la tumeur n’y était pas.

Papa est tout sauf impulsif. Lorsqu’il prend la parole, on sait que ça a été réfléchi douze fois plutôt qu’une. On sait que lorsqu’il annonce une décision, c’est pas possible de le faire changer d’avis, ce qui lui vaut une réputation de pas-pire-tête-de-cochon. On était tous terrorisés à l’idée qu’il décide de ne pas se faire traiter. Il était trop serein quand il nous a annoncé: “Vous savez, je suis pas jeune; si on m’avait annoncé ça à 40 ans, ma réaction aurait été différente. Mais là, j’ai vécu, mes enfants sont grands, je suis à la retraite et je n’ai pas peur de la mort… mais je pense que je suis trop jeune pour crever.”

Là, j’ai pleuré pour vrai.

Ça a déboulé. Chirurgie #1, tumeur mère. 2 semaines de convalescence. Un cycle de chimio. Purge de 1 mois. Chirurgie #2, métastases au foie. Un mois de convalescence. Dernier cycle de chimio pour compléter le traitement.

On a tellement de compassion à dépenser qu’on devient plein de sourires awkward et dégoulinants. Tout tourne autour de Papa, lui qui voudrait simplement qu’on lui foute la paix. L’atmosphère devient tendue parce qu’il ne veut pas qu’on l’aide. On se sent useless. On veut tellement le soulager qu’on devient lourds pour lui. On a tellement exacerbé le sujet qu’on est écoeurés.

On s’accroche aux progrès. Chaque scan est encourageant. La chimio fonctionne merveilleusement. Papa est radioactif, mais il botte les fesses à la maladie. Les métastases enlevées au foie sont mortes de chez mortes. Les métastases aux poumons semblent être réduites ou disparues. Les deux chirurgies planifiées aux poumons pourraient ne pas être nécessaires. Les médecins évoquent une possibilité de guérison. Pas de rémission là, de guérison.

On a ouvert une bouteille de champagne ce jour-là.
C’est devenu moins lourd. Vraiment moins lourd. Il a terminé le traitement de chimiothérapie à temps pour pouvoir être en forme à Noël. On a fêté paisiblement, on a parlé du cancer comme une autre épreuve à travers laquelle Papa passe à travers comme un champion. Il reste un scan à passer pour savoir la suite des choses.

Ledit scan arrive; on a peut-être célébré trop vite.
«Les métastases des poumons sont encore là.»

Inquiétude des médecins.
«Vu les chances de récidive très élevées, on devrait les enlever.»

L’intervention prévue est beaucoup plus invasive que ce qui était initialement planifié. Tout un bataclan de 72-heures-en-soins-intensifs-post-op-et-convalescence-difficile est évoqué. Il est aussi question de chimio de maintien. D’autres types d’intervention pour son cas sont explorées.

Papa nous a dit hier qu’il n’était pas certain de vouloir subir «tout ça» une fois de plus.

Papa, c’est un warrior, mais c’est lui qui choisira de se battre ou non. On va respecter la décision qu’il prendra, car s’il y a une chose qu’on a appris dans la dernière année, c’est que le seul moyen de l’aider est de le laisser vivre, ou d’accepter de le laisser aller.

… mais j’espère qu’il sera un warrior jusqu’au bout.

Par Béatrice Leduc
Collaboratrice spontanée

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