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Comme « maîtriseuse » j’suis bonne à rien!

Par Roxane Chouinard – le dans Bien-être, Carrière, Vie étudiante

Depuis toujours, je souffre d’un mal assez curieux : je déprime en été. Oui, je sais que c’est bizarre. Les popsicles à la cerise pis le soleil ça ne me protège pas miraculeusement du spleen et des remises en question existentielles.

source:dribble.com
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Après avoir déversé lamentablement mon fiel sur Facebook enfermée dans ma chambre pendant une journée à 28 degrés Celsius – le genre de température où tu te fais presque chicaner parce que t’as pas le sourire dans face et que tu n’es pas dehors, tsé -, l’éditrice m’a convaincue d’écrire un article inspiré de mes tourments, qui viendrait probablement chercher votre pathos. Un article sur la mi-vingtaine et le changement de carrière. J’en profite en même temps pour soulever les paradoxes dégueux dans lesquels beaucoup d’étudiants sont pris…

Ça a  commencé la semaine passée quand j’ai aperçu mon premier cheveu blanc dans le fond de ma tête. Ça a recommencé ce matin quand j’ai dû conjuguer ce cheveu au pluriel dans mon statut Facebook. La brosse à dents dans la main, le dentifrice dans l’autre pis les yeux wet, j’ai réalisé que j’avais 25 ans, des cheveux blancs, des dents de sagesse à arracher au plus sacrant, que je devenais vieille et je n’avais toujours pas trouvé ma place dans la vie.

Un mémoire de maitrise d’à peine 10 pages qui pourrit dans un coin pendant que je continue à me débattre sur le marché du travail avec des petites jobines, comme une petite tortue pognée sur le dos qui pédale avec ses petites pattes dans l’beurre. Finalement, je me rends compte que j’écris beaucoup plus depuis que j’ai un orteil dans le journalisme.

Comme «maîtriseuse» je ne suis bonne à rien. Je n’ai aucune implication universitaire ou publication littéraire mis à part des vieux poèmes poussiéreux de la grève de 2012. Trainer de la patte derrière les pédants d’école qui se pavanent comme des paons avec leur éventail de publications plus pertinentes que les tiennes, pu capable, OK!? «Un changement de carrière s’impose, fille…», me suis-je dit.

Changement de carrière, changement de plans, changement de programme universitaire… J’imagine déjà de votre part une coupe de salutations cordiales de la tête comme les camionneurs se font dans les trucks-stop. Pas facile de se virer de bord avec un compte en banque troué et un travail pas stable. Pas facile la vingtaine. Watch out les kids : votre crise d’ado c’est ben chill face à ce qui vous attend à 25 ans! C’est un trou où parfois l’on ne se sent pas à la hauteur, pas compétent, où l’on peut changer encore d’idée dix fois par jour.

Ce trou est doublé d’un autre encore plus béant : le marché du travail qui accueille avec tant de bienveillance la jeune relève diplômée – spécialement celle du domaine des arts, des communications et des sciences humaines-. Est-ce qu’on est juste trop perdus? Trop mous? Ou bien juste parfois ben mal pris? 

Pour revenir sur la grève de 2012, je travaillais à temps plein au Tim Hortons comme caissière durant l’été, la nuit, à un cours du BAC complété, et j’haïssais ça pour mourir. Tellement que j’ai dû prendre du Xanax pour ne pas violenter les pauvres beignes parce que j’étais à bout (le changement de job n’est pas facile en région je tiens à le spécifier). Durant cette époque infernale, quelques malheureux vieux innocents me tapaient sur la couenne et me riaient dans la face par rapport à mon carré rouge sous prétexte que notre génération d’enfants rois se plaignait la gueule pleine.

Comme fille de la classe moyenne-pauvre, je peux vous dire qu’aujourd’hui on ne trouve plus d’emplois aussi facilement que «jadis» avec un beau diplôme d’études classiques! On doit faire un DEC, un BAC et une maitrise dans le domaine des arts si on veut enseigner ou simplement travailler dans son domaine. Les prêts et bourses, c’est ben beau de même parce que c’est offert, mais justement ce n’est souvent pas assez comme compensation financière.

Université rime avec emménagement dans la métropole pour certains. Lorsque je restais aux résidences de l’UQAM, je recevais 700$ par mois et mon loyer m’en coutait 485$ avec un garde-robe en guise de chambre, trois colocs et une infestation de fourmis. Fait pas gros pour patcher les autres comptes à payer et la commande d’épicerie pour le reste du mois!

Ça c’est mis à part le fait que si t’as une job déclarée et que tu gagnes trop pour ne plus vivre serrée, le gouvernement t’enlève une somme supplémentaire sur tes prêts et bourses. Au final, tu finis par être surmenée et tu vis encore serrée financièrement. Ce n’est pas pour rien que dans le journal de l’UQAM j’ai pu lire que beaucoup d’étudiantes montréalaises travaillent dans des bars… mais en dessous de la table et à poil. Ben kin! Elles font ça pour leurs études pis pour de vrai.  Respect girls!

Et alors? Est-ce qu’on braille pour rien lorsqu’on se rend compte comme moi un quelconque matin de son vingt-cinquième printemps avec une coupe de cheveux blancs que l’on n’est toujours pas à sa place dans la vie malgré tous nos efforts, qu’on doit faire un move pour enfin gagner son ciel pis ne pas virer sur le top?

Je dis:« Courage à toi cher lecteur, qui se reconnait dans mes propos!» Eh oui, t’as le droit de pleurer sur ton sort si tu fais des gros efforts parce que tu veux parfois trop en vain. Petite tape dans le dos. T’as 20 ans et t’as le droit à tes rêves, mais il faut savoir à quoi t’attendre parfois. Et si comme moi tu déprimes l’été, ça aussi t’as le droit.

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