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Gabrielle, 25 ans, ex-anorexique

Par Nerds – le dans Bien-être, Psycho

Gabrielle a 25 ans et une mine digne d’une annonce de Dove : les yeux pétillants, le visage constellé de freckles, les cheveux roux en cascades bouclés qui tombent sur ses épaules délicates. Difficile de deviner qu’à une certaine époque, Gabrielle avait perdu la moitié de ses cheveux, que ses freckles ne faisaient qu’accentuer le creux de ses joues et que ses épaules étaient frêles à en avoir peur qu’elles cassent.

Il y a presque 10 ans, Gabrielle pesait 72 livres et elle était anorexique. Entrevue avec une femme qui a vécu un trouble alimentaire à l’adolescence.

Photo : Chelsea Francis
Photo : Chelsea Francis

Peux-tu raconter ce qui s’est passé dans ta vie pour déclencher ton anorexie?

Ça a commencé à l’âge de 15 ou 16 ans, j’étais en secondaire 3. J’allais à une école de filles et déjà, on se comparait beaucoup entre nous. Mais c’est quand j’ai commencé à fréquenter des garçons que tout a déboulé.

J’ai été avec un gars un peu plus vieux que moi pendant 3 semaines. Clairement, il cherchait quelque chose de différent de moi d’un point de vue sexuel; j’étais vierge et pas prête à changer la situation. Il a insisté plusieurs fois pour avoir des rapprochements, puis m’a ensuite laissée en disant que je ne satisfaisais pas. J’ai interprété cette rupture comme quoi je n’étais pas assez belle et ça a beaucoup ébranlé ma confiance en moi. J’ai aussi interprété que, si je voulais être aimée, il fallait que je travaille sur mon physique.

J’ai commencé les régimes et le sport, de façon pas très sérieuse au début. J’ai coupé les collations en revenant de l’école pour faire de l’exercice à la place, par exemple. J’ai perdu peut-être 5 livres, j’ai vu des résultats, on me passait des commentaires positifs même si, à la base, j’avais un poids normal (110 livres pour 5 pieds 2 pouces).

J’ai vraiment aimé ça. J’avais un vrai thrill à l’idée de contrôler quelque chose de significatif. Le feeling d’avoir un contrôle est au centre du trouble alimentaire. Perdre du poids est devenu un projet, le premier que je faisais à 100% par moi-même et j’en étais fière.

Puis, c’en est devenu maladif.

Je consultais des sources pas fiables, comme internet qui te dit de boire 3 litres d’eau chaude citronnée par jour pour faire fondre les graisses de l’intérieur. Je me suis aussi mise à (mal) lire les fiches nutritionnelles des aliments. Je savais que c’était pas normal d’y accorder tant d’importance, mais j’aimais ça. La petite voix s’était installée.

Je suis une personne plutôt intense quand j’entreprends quelque chose. La situation a donc dégringolé très rapidement. J’ai commencé à jeter de la nourriture, à mentir à mes parents pour ne pas avoir à affronter leurs commentaires. Mes copines d’école sont même allées voir ma mère en cachette à son travail pour lui dire que sa fille jetait ses lunchs le midi.

J’ai commencé à être suivie à l’Hôpital Sainte-Justine par un médecin qui me pesait une fois par semaine. Ça n’a rien changé. Je ne mangeais presque rien d’autre que du céleri, je faisais de l’exercice en cachette (jumping jacks dans ma chambre, courir autour de mon lit, utiliser le vélo stationnaire de ma mère quand elle n’était pas là).

Quand j’ai atteint 80 livres, je ne voulais pas maigrir d’avantage. Le problème, c’est que j’avais tellement peur de grossir que j’ai continué.

Je n’étais plus capable d’arrêter, car ma petite voix me disait que si je mangeais, je prendrais du poids et plus personne n’allait m’aimer. J’ai perdu 40 livres en 4 mois.

Quel a été le déclic pour toi, le moment où tu t’es dit que tu avais un problème?

J’ai fait un voyage à La Malbaie avec mon père, mon frère et une amie. J’étais à mon plus maigre, soit 72 livres. C’était à la fin août.

Mon amie m’a vue jeter de la nourriture et elle a pété un plomb après moi. Elle m’a dit que j’étais en train de mourir, qu’elle n’en pouvait plus d’essayer de me convaincre, que les gens autour de moi s’éloignaient. Mon amie m’a demandé de me déshabiller et elle m’a prise en photo. Ensuite, on les a regardées. Elle m’a demandé : «Quand tu te regardes, dis-moi si c’est ce que tu veux vraiment être.» Je me suis mise à pleurer en voyant les images, en ayant la réalité objective devant les yeux.

On pouvait passer un bras entre mes jambes sans toucher mes cuisses, c’était dégueulasse. C’est là que j’ai décidé que c’était assez.

On est allé à la plage. J’ai demandé à mon amie de séparer un muffin aux pépites de chocolat avec moi. Quand j’ai mis le muffin dans ma bouche, après 4 mois à manger du céleri, ça a été tellement bon qu’on dirait que mon cerveau a sauté une coche. J’ai mangé comme j’ai jamais mangé dans ma vie. J’ai engouffré une rangée de biscuits aux pépites de chocolat, avec du fromage par dessus, pis de la confiture avec ça. J’étais pire qu’une femme enceinte.

En revenant du voyage, j’avais ma pesée hebdomadaire. J’étais tellement fière d’avoir recommencé à manger! Pour le médecin, c’était des conneries. Je pesais quand même 72 livres et il a insisté auprès de mes parents pour que je me fasse hospitaliser immédiatement et contre mon gré. Si je continuais à manger comme une déchaînée, il y avait des risques que mon coeur flanche, car il était trop faible pour supporter de nouveau la digestion. Il faut aussi savoir que, rendu-là, ma vessie lâchait (je ne faisais que boire de l’eau), je n’avais plus mes règles, bref j’étais en danger pour ma vie.

Je suis restée au 7e étage – celui des troubles alimentaires – à Sainte-Justine pendant deux mois.

Est-ce que tu as bien vécu l’hospitalisation, même si c’était contre ton gré?

Oui, car à partir de mon hospitalisation, je m’étais promis de ne plus jamais me faire vivre ça. J’ai fait des petites rechutes de 5 ou 10 livres, mais je ne suis jamais retombée aussi bas. 

Tu apprends à adopter la maladie, car elle sera toujours là. C’est difficile à accepter, mais tu n’as pas le choix de vivre avec elle.

Qu’est-ce qui t’a aidée le plus dans ta guérison?

La thérapie de groupe. J’ai rien contre les psy, mais je sens que je connecte plus et que je suis plus comprise avec des gens qui ont vécu la même chose que moi. J’étais dans des groupes très variés de gens souffrant d’addiction en général – on a tous le même problème, seulement l’objet varie. Je me suis sentie moins seule.

Je me suis aussi mise à la méditation et au yoga, car ça m’a permis de reconnecter mon esprit à mon corps. L’anorexie dissocie les deux et on n’écoute plus du tout son corps. Maintenant, je l’écoute de façon objective. J’ai également consulté des nutritionnistes pour savoir c’est quoi une vraie portion ou un vrai repas.

J’ai tout fait en mon possible pour rétablir un rapport sain avec mon corps. Je me suis même écrit des Post-it un peu partout chez moi où on peut lire «t’es belle»!

Source: Madeleine P.
Source : Madeleine P.

Tu es sortie de l’hôpital à 16 ans; tu en as 25. Comment vis-tu la maladie à l’âge adulte?

Les moments difficiles avec la nourriture sont le temps des Fêtes et les partys de famille, car on mange beaucoup. Mais le pire, c’est quand je fréquente un nouvel homme. Je n’arrive pas à me mettre nue devant un homme avec de la lumière, même si j’ai eu de longues relations amoureuses. J’ai toujours cette idée qu’il va me trouver laide et grosse, donc je bloque dans l’intimité.

J’ai encore cette idée derrière la tête que l’amour de l’autre va dépendre de mon physique. J’ai juste appris à tolérer cette voix.

Quelle est la plus grosse trace que la maladie a laissé chez toi?

Je fais énormément de sport et je mange très santé. Avant que l’anorexie frappe, je n’étais pas tellement portée vers le sport. J’ai aussi toujours été gourmande – trace de mon père italien – même si je ne mangeais pas de façon exagérée. C’est pas foncièrement mauvais, mais depuis mon anorexie, c’est vrai que je suis sensible à tout ce qui est santé. Je m’efforce de ne plus tomber dans l’excès du sport, mais je fais de l’exercice régulièrement et j’aime ça. Je fais aussi très attention à ce que je mange, mais je vois la nourriture comme un besoin et comme un plaisir aujourd’hui, c’est très important pour moi.

Je me suis fait tatouer le symbole du ying-yang sur l’épaule et, même si c’est quétaine pour certains, il est très symbolique pour moi. La maladie fait maintenant partie de moi et j’essaie de la transformer en force plutôt que de me battre contre elle.

Source: Lana B.
Source: Lana B.

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui vit l’anorexie en ce moment?

De ne pas le cacher, de ne pas avoir peur de chercher de l’aide. C’est une maladie qui se prévient mieux qu’elle se guérit. Dans mon cas, j’ai inventé un code avec mes amis proches: j’ai un mot que j’utilise comme signal. Lorsque je leur envoie le mot par texto, j’ai besoin de ne rien dire d’autre et je sais que j’ai leur support. On se voit, on va prendre un café, on se fait une soirée de filles, etc.

J’ai aussi commencé à écrire sur mon histoire, ce qui m’a permis de m’en distancier et de la comprendre objectivement : comprendre pourquoi je suis tombée là-dedans, pourquoi ça m’a touchée et pourquoi ça fait partie de moi. Je suggère aussi d’aller en parler à des gens qui ont vécu la même chose. Ça permet de ne pas avoir honte.

Quel conseil donnerais-tu aux proches de quelqu’un qui vit un trouble alimentaire?

Lorsque quelqu’un souffre d’un trouble alimentaire, il régresse, comme un enfant. Il va repousser les autres autour de lui, mentir, envoyer chier les autres. Je dirais que, dans la mesure du possible, ne pas prendre cela personnel.

Plus difficilement applicable, mais essentiel, ne croyez pas toujours la personne quand elle dit que tout va bien. Suivez votre instinct, grattez pour savoir la vérité, car vous verrez que la personne n’est plus elle-même. Allez voir un professionnel, il saura vous guider sur comment agir.

Il faut vous respecter et ne pas vous brûler, car je sais que la maladie est aussi très difficile pour les gens qui entourent.

Qu’est-ce que tu as appris sur toi dans tout ça?

J’ai appris que quand je veux quelque chose, je mets mon énergie là-dessus, pour le meilleur et pour le pire! J’ai aussi appris que j’étais très dépendante des personnes que j’aime. Désormais, je me respecte beaucoup plus, j’ai appris à respecter mes limites et à m’affirmer. Ça a été un cri à l’aide comme quoi j’étais malheureuse, même si c’était la pire façon que ce soit. Je me suis punie de ne pas me sentir bien.

As-tu peur qu’un jour l’anorexie revienne?

Non et j’en suis persuadée. Je me suis fait cette promesse à La Malbaie et je l’ai toujours tenue. Je l’ai aussi promis à mes proches. C’est ce qui me dit que je suis guérie et je peux maintenant regarder vers l’avant en acceptant mes défauts, comme tout le monde!

Source: Marvin Bertin
Source: Marvin Bertin

Par Béatrice Leduc
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