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J’ai peur du noir

Par Geneviève Gauthier – le dans Psycho
J’ai peur du noir. Mais j’ai aussi peur que mon cœur se fracasse. Pourtant, c’est à travers les fissures que la lumière peut passer. Quand tout le monde dort, moi j’écoute le silence. S’il venait à se promener un passant, il saurait me démasquer en quelques instants. C’est parce qu’une petite lueur se faufile à travers ma fenêtre jusqu’à la nuit et trahit mon éveil. Non, je ne dors pas. Voilà, plus besoin de me cacher.

La nuit est une fin en soi. La vie se prêtant bien au parallèle du roman, il serait juste de dire que les chapitres vivent au gré du soleil. C’est à l’aube que tout s’amorce. À midi, les rayons sont à leur solstice et à partir de ce moment, tout s’estompe, tout ralenti pour finalement chuter vers une fin certaine. Si chaque chapitre a une fin, on peut en dire tout autant de chaque journée.

C’est comme si, quand vient le temps de tourner la page, je reste un peu accrochée. Par nostalgie ou par hargne, je l’ignore. Mais ce que je sais, c’est que devant l’immensité, le temps suspend son vol pour reprendre les mots de Lamartine. Les secondes se fanent au ralenti. Prise entre les souvenirs de ce qui a été et l’idée de ce qui pourrait être lorsque la lumière reviendra, mon cœur vacille un peu. Parfois même beaucoup.

Pourtant, dans l’obscurité, on ne voit plus la différence. Bien malin est celui qui prétendrait savoir distinguer le chien du loup lorsque privé de lumière. C’est peut-être ça qui nous manque un peu. Un peu de noir pour oublier les différences. Un peu de noir pour se rendre compte que ce qu’on a l’air, le poids qu’on pèse et qu’on aime n’a aucune importance. Même dans le noir, la voix est reine. Les sons continuent de voyager. Il y a sans doute ici une leçon pour nous tous. Notre propos triomphe sur notre apparence.

Lumière ou pas, les mots sont là et nous suivent partout. St-Exupéry disait qu’on ne voit bien qu’avec le cœur. Il avait tout compris. Il aurait pu nous dire qu’en éteignant la lumière, paradoxalement, c’est à ce moment que l’on peut réellement voir. Parce nous ne sommes plus guidés par nos yeux, mais par notre cœur.

Mais ce n’est pas ça que l’on nous dit. On insiste pour nous dire que nous devons garder les yeux ouverts. Et si on gardait notre cœur ouvert? On nous inculque que le noir est effrayant. C’est par ailleurs la nuit que les monstres surgissent, dans les contes pour enfants.

C’est peut-être un peu à cause de tout ça que j’ai peur du noir. À cause des histoires qu’on m’a racontées toute petite. À cause qu’il me prive du seul sens que je crois indispensable. Même si, trop souvent nos yeux rejettent ce que notre cœur aurait accepté.

C’est donc dire que peut-être qu’un peu de noir nous ferait du bien, à chacun d’entre nous. Un peu de noir pour ralentir. Un peu de noir pour redécouvrir la Beauté, celle avec un grand B, pas la beauté maquillée et figée par fixatif. La vraie, l’authentique, celle qui sourit timidement, celle qui colore les joues.

Pour que peut-être, ensemble, nous puissions réécrire les contes pour enfants. Pour que les monstres aient un rôle au grand jour, en pleine lumière, car c’est là qu’ils se trouvent réellement.

Tranquillement, j’essaie d’apprivoiser le noir. Ça ne se fera pas de sitôt. Mais ça ne fait rien, j’ai encore plein de nuits qui m’attendent. Tant que la nuit sera douce et que la promesse de l’aube sera, je pourrai m’apaiser de la noirceur envoûtante d’une soirée d’août. Et un beau jour, je l’espère, quand le ciel s’éteindra, allongée sur le gazon les yeux rivés sur les étoiles, je pourrai enfin dire que non, je n’ai plus peur du noir.

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