All time Branchez-vous Branche Toi BetterBe Nerds Carrières

La fois où il m’a dit qu’il n’aimait pas ses parents

Par Alice Gaudreau – le dans Amour
Un jour dans un pays autre que le mien, j'ai rencontré un garçon. J'aimerais te dire que j'ai rencontré un homme. Après tout, il avait 28 ans. Mais non, ce n'était qu'un garçon. Un garçon qui n'aimait pas sa mère.

Il me l’a dit avec toute la légèreté du monde, en tirant nonchalamment sur sa cigarette, comme s’il s’agissait d’une anecdote comme une autre. Les gens cachent bien leurs blessures sous le couvert de l’indifférence.

Je sais que pour lui, cette anecdote-là faisait plus mal que d’autres… Mais j’ai aussi senti que c’était particulièrement libérateur. Même si, oui, j’ai ressenti la douleur dans sa voix lorsqu’il me répétait avec assurance que, non, il ne l’aimait pas. Mais j’ai également senti que cette déclaration-là lui avait permis d’avancer dans la vie. Elle avait du positif.

Malgré cela, pour moi, c’était tout de même dur à entendre. Quand il m’a dit ça, j’ai eu peur. Mon coeur a arrêté de battre une seconde. Je me suis demandé comment un enfant pouvait ne pas aimer ses parents. N’est-ce pas la chose la plus naturelle au monde? Pour moi, à qui on a répété tout ma vie que l’amour est la chose la plus importante, j’avais l’impression que la Terre avait subitement cessé de tourner.

Pourtant, ça aurait été extrêmement réducteur de ma part de me dire qu’il était simplement dans le tort. Parce que quoi? Parce que c’est ce que la société véhicule comme message : il est impossible de ne pas aimer nos parents. J’ai alors voulu comprendre, parce que ce garçon-là était rempli d’un amour infini. Ça se voyait dans ses yeux noirs qu’ils recelaient la profondeur de l’univers. Ce garçon-là connaissait l’amour, mais pas celui qu’une mère donne à ses enfants.

On dit que la famille c’est sacré. Mais est-ce que ça l’est tant que ça? On ne choisit pas ceux qui la composent biologiquement. Si la famille que l’on n’a pas choisie est sacrée, dis-moi, d’où vient le sacré des parents absents? D’où vient le sacré de ceux qui ne prennent pas le temps d’aimer, de consoler?

large-3WeHeartIt

La famille est extrêmement importante, évidemment. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faut la glorifier si elle ne nous donne pas ce dont on a besoin. Un enfant a besoin d’amour, énormément d’amour. Un nid d’amour infini, inconditionnel. Le garçon en question ne l’avait pas eu, ce nid-là. Alors, des années plus tard, il est resté ce même garçon qui cherche toujours désespérément l’amour qu’il n’a jamais reçu.

Je l’ai écouté me raconter son histoire et je comprends ses raisons de ne pas aimer sa mère. Elle avait fait beaucoup de mal à la chair de sa chair, son fils. On n’a pas à quantifier ce mal, le décrire, le justifier. On n’a pas à avoir une raison assez « grave ». On peut juger soi-même de ce qui est grave et ce qui ne l’est pas. On peut accepter de ne pas tout accepter. On peut accepter un constat qu’il faut dire tout bas : ne pas aimer ses parents, c’est possible.

Accepter de ne pas aimer ses parents (que ce soit en tout ou en partie) n’est pas un processus facile. Il n’y a pas de bonne réponse, ni une mesure de calcul qui soit plus juste que les autres. De surcroît, il n’est pas nécessaire d’avoir à se justifier à soi-même. Il faut se battre contre l’idée qu’on s’était faite d’avoir une vie douce et agréable. Il faut accepter qu’on puisse avoir une famille différente. Il faut accepter qu’on puisse se dire que cette famille-là, ce n’est pas celle qu’on voulait. Ensuite, on pourra décider si cette famille-là, on l’aime ou pas comme elle est.

large-4WeHeartIt

J’écris ça aujourd’hui tout en souhaitant que chacun puisse aimer sa famille. La famille c’est beaucoup, mais ce n’est pas tout. Je vous invite tous à l’amour et à l’acceptation. Mais je vous invite également à mettre une limite, là où vous le jugez bon. Je vous invite à aimer vos parents. Je vous invite à le reconnaître si vous n’aimez pas tout d’eux. Finalement, je veux vous dire que c’est correct si vous vous donnez le droit de vous détacher d’eux, un peu ou beaucoup, si un jour vous en ressentez le besoin. Écoutez-vous et laissez-vous aller. Vous aussi, vous avez droit au bonheur.

Plus d'amour

Ce qu’il reste de nous

Ce qu’il reste de nous

On ne choisit pas sa famille

On ne choisit pas sa famille

À toi qui m’as brisée…

À toi qui m’as brisée…

Populaires

Quand ton plan de vie prend l’bord

Quand ton plan de vie prend l’bord

Quand il ne reste que le confort

Quand il ne reste que le confort

À toi qui ne parles plus à ta mère

À toi qui ne parles plus à ta mère