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Le jour où j’ai renoncé au succès professionnel tant convoité

Par Geneviève Dallaire – le dans Carrière, Psycho
Il y a 3 ans, je complétais les derniers cours de mon baccalauréat et j’entreprenais mon stage de fin d’études en marketing, tout en conservant mon emploi étudiant. Je travaillais sans relâche, sans compter les heures. Je carburais au défi, afin de façonner ma future carrière. Je me disais que c’était une période difficile à surmonter avant d’accéder à la « vraie vie ».

3 ans plus tard, je réalise que les attentes que je m’étais faites de cette vie stable, de cette carrière à laquelle plusieurs aspirent tout au long de leurs études, ce but ultime, cette « vraie vie »… et bien, elle ne me satisfait pas. Pas comme je l’ai toujours cru.

3 ans plus tard, je travaille toujours sans compter les heures, reconnaissante quand j’arrive à réellement faire du 9 à 5, je carbure au défi, pour faire mes preuves et démontrer ce que je vaux malgré mon jeune âge, je me dis que c’est une période difficile à surmonter avant d’être reconnue à ma juste valeur et que la vie d’adulte soit comme je me l’étais imaginée. Le hic, c’est que quand je regarde autour de moi, quand j’écoute les conversations de mes collègues et gestionnaires, ceux dont la vie est ce vers quoi je fonce un échelon à la fois…je ne me reconnais pas. Je ne vois pas le bonheur et l’épanouissement que je recherche.

On nous a tous cassé les oreilles avec des « Profite de ta jeunesse, une fois que la vie d’adulte commence, ça n’arrête plus ». J’ai moi-même roulé les yeux chaque fois que quelqu’un me disait en pleine mi-session, cernée jusqu’aux oreilles, munie de mon café comme source d’alimentation primaire, « Ce sont les plus belles années de ta vie, comme je paierais cher pour retourner aux études ». Je m’entends encore me dire intérieurement un gros « YEAH RIGHT! », avec un petit sourire narquois en coin, alors que je répondais quelque chose de poli tout en rêvant au jour où j’aurais enfin terminé.

J’arrivais à comprendre que la liberté dont nous disposons au cours de ces années de découverte de soi où tout ce qui compte est de trouver sa voie soit nostalgique, voire enviable pour quelqu’un qui vit dans la routine avec des responsabilités prenantes comme une hypothèque et des enfants. Par contre, du haut de mon arrogance involontaire, je ne voulais pas y croire.

3 ans plus tard, j’ai gravi les échelons de l’entreprise grâce à ma soif de réussir. Je suis sur une lancée que peu auraient pu anticiper, surtout moi. Pourtant, une fois que l’excitation et la fierté d’avoir obtenu une nouvelle promotion, un poste plus important, un pas de plus vers le sommet, une fois que le tout s’estompe, je sens que le bonheur me file entre les doigts. Chaque fois, je me sens un peu plus vide et je réalise peu à peu que le succès professionnel tant prisé ne fait pas de moi une femme accomplie.

J’adore mon emploi, je m’y investis à 110 % et je suis reconnaissante de travailler avec des gens qui croient en moi et qui veulent m’aider à exploiter mon plein potentiel. Le problème, c’est que j’ai l’impression de travailler à bâtir la vision de quelqu’un d’autre, que même si j’excelle, ça pourrait être n’importe quel autre numéro qui accomplit mes tâches. Je ne retourne pas chez moi avec l’impression d’avoir fait quelque chose d’important, et je suis peut-être clichée et utopique de penser que c’est possible, mais je m’accroche à l’idée que je peux changer le monde à ma façon… faire quelque chose de plus grand que moi.

Je suis en train de suivre le chemin du succès qui se dessine devant moi sans trop me poser de questions. Tout a tellement déboulé rapidement que je n’ai jamais vraiment pris le temps de m’arrêter pour me demander si la carrière que j’étais en train de bâtir est réellement ce à quoi j’aspire. Je suis prise dans un engrenage que j’ai moi-même créé en basant ma notion de bonheur sur la culpabilité d’en vouloir plus que le succès auquel plusieurs aspirent. Certains de mes confrères universitaires n’ont même pas réussi à trouver un emploi dans leur domaine, d’autres travaillent comme des forcenés pour un maigre salaire sans aucune reconnaissance… Je suis la plus jeune de mon département et j’ai un titre qui fait rêver certains, mais ça ne me rend pas heureuse.

rock

3 ans plus tard, je prends le temps de m’arrêter, de faire le grand saut vers l’inconnu. J’accepte mon aversion du 9 à 5, de la routine, des normes préétablies, de l’idéal de société, du moule de réussite qu’on nous apprend à convoiter. J’accepte que le fait que plusieurs seraient épanouis dans mon rôle ne fasse pas de moi quelqu’un d’ingrat ou d’indécis, que cette vie que j’ai l’impression de vivre qui ne semble pas être la mienne le deviendra peut-être dans quelques années, que je suis assez folle pour croire que je vais trouver mieux pour moi, et ce, même si je ne sais pas exactement où.

3 ans plus tard, je dis non au succès professionnel tant convoité, je le laisse à quelqu’un d’autre qui saura l’apprécier. Aujourd’hui, je recommence à zéro, je mets de côté toute stabilité et promesse de réussite. Aujourd’hui, je me sens plus accomplie que jamais.

« There is a road we all follow. And the detours that set us free. »

Rob Machado, The Drifter

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