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À toi qui t’es enlevé la vie

Par Nicolas Sipak – le dans Bien-être, Psycho
10 mai 2014. 1h20 du matin. Tu es venu me parler. Ça faisait un bon bout qu’on ne s’était pas parlé et qu’on ne s’était pas donné de nouvelles. On prenait moins le temps de le faire et le temps s’écoulait: 1 jour, 2 jours, 3 semaines, 4 mois, 6 mois.

À toi qui t’es enlevé la vie

On était des amis assez proches, mais dans les derniers temps, on se voyait de moins en moins, au point de ne pas se donner de nouvelles pendant 6 mois de temps. C’est quelque peu normal après tout, puisque la vie en fait ainsi avec plusieurs de nos relations: les choses changent, il y a de la nouveauté, les projets s’accumulent et on voit vite le temps filer.

On a jasé un bon 28 minutes. On n’a pas jasé de grand-chose. Conversation classique.

– Salut, ça va?

– Oui, toi?

– Oui. Quoi de neuf avec toi? Ça fait un petit bout!

– Ah tu sais, la vie me tient occupé entre la job et l’école. Et toi, de ton côté?

– Plutôt relax. J’en fais moins et j’ai fini par vendre une de mes entreprises. Tu fais quoi de bon? »,

– […], J’ai une grosse journée demain, je vais aller dormir. Bonne nuit.

– Bye là!

Ce que je ne savais pas en te souhaitant bonne nuit ce soir-là, c’est que ce serait la dernière fois que j’aurais la chance de te parler. Ce que je ne savais pas en te parlant ce soir-là, c’est à quel point tu n’allais pas bien. Dans les jours qui ont suivi, je voyais plusieurs messages sur ton feed. Je ne savais pas trop ce qui se passait au début, mais j’ai vite compris ce qui était arrivé.

On dit qu’il y a 3 choses qui sont difficiles à dire dans la vie. La première est «excuse-moi». La seconde est «je t’aime». Et la troisième, la plus difficile: «aide-moi». J’aurais peut-être dû comprendre ce cri d’aide, même si je n’avais aucune idée que tu souffrais. J’aurais peut-être dû te redemander si ça allait. Mais je ne l’ai pas fait. Et aujourd’hui, je me dis que je ferais tout pour ne serait-ce qu’un café de plus. On croit souvent qu’on n’a pas le temps de faire bien des choses, mais on en a plus qu’on le croit.

La semaine du 30 janvier 2017: semaine nationale de prévention du suicide. C’est aussi la semaine de ta fête. Tu aurais eu 27 ans. Et je tenais à te dire, Jean-François, que je ne t’ai pas oublié. Toi et tes 36 000 projets en même temps, tu serais fier de me voir aller. J’en ai autant que toi dans le temps. Je te disais souvent «cibole, tu le trouves où tout ce temps?». Aujourd’hui, je la connais la réponse. On le trouve tout simplement ce temps.

Ce matin-là, tu m’as rappelé pourquoi je voulais tant aller en psychologie depuis l’âge de 14 ans. La majorité des gens, pour ne pas dire tout le monde, vivra un ou des moments de déprime ou de dépression dans leur vie. Quelques symptômes pour certains, quelques épisodes pour d’autres et en être malade pour un certain nombre. Dans les faits, c’est moins tabou que l’on pourrait le penser en raison de l’étendue de gens qui vont vivre certains événements, mais socialement, il y a une grande stigmatisation. Je ne suis peut-être plus en psycho aujourd’hui, mais je ne le dirai jamais assez: la santé mentale est toute aussi, sinon plus, importante que la santé physique. On attend quoi pour le comprendre? Parce que j’aurais aimé ça que tu me le dises ton «aide-moi» sans avoir la moindre peur de le dire.

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