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Ce texte ne parle pas de « ma génération »

Par Julien Marchand – le dans Club de lecture, Divertissement

– Bonsoir, ça va ?

– Non, merci.

– Je reposerai la question dans quelques verres. Tu bois quoi?

– Rhum and Coke. Pas de glace, pas de coke. Double.

– Au moins ton sens de l’humour n’a pas été atteint, tout n’est pas perdu.

– J’te suis pas.

– Tes parents, tes amis, la petite caissière à l’épicerie. Ils te l’ont probablement déjà tous enfoncé au fond de la gorge. Mais la voilà, la vérité sur ce que tu vis en ce moment : tu vas t’en remettre. Que tu le veuilles ou non, il y en aura d’autres. Une autre, plus précisément.

– Incroyable, un devin. Premièrement, fuck you. Deuxièmement, t’es qui toi ?

– Dans les faits, je suis ce qui t’attends…»

20 décembre 2013. Je l’anticipais, elle est partie. Elle a fait ses bagages à coups de pelle. Billet aller simple vers loin de nous. Le premier jour de l’hiver aujourd’hui, je la comprends un peu. C’est peut-être une snowbird.

Dernière heure de 2013. Un bar quelconque. Le champagne coule à flot et les filles sont magnifiques. Lien de corrélation directe évident, vous me dites. Vous avez raison. Quand même, elles ont vraiment mis le paquet. Filles du 31 décembre d’il y a deux ans, sincérement, mention spéciale à vous.

Dernières dix secondes de 2013. Le traditionnel décompte, l’euphorie généralisée, les confettis, les becs sur les joues d’étrangers trop près des lèvres. L’alcool comme lubrifiant social, on saute des étapes vers la proximité.

Coup de minuit. Je réalise que je n’ai personne à embrasser. Je réalise que demain je devrai remplacer le calendrier sur le mur et apprendre à vivre dans un lit plus grand. Elle ne reviendra pas.

C’est à peu près ici que je m’arrête pour m’adresser à vous directement. Ceci n’est pas une autre chronique sur les ruptures amoureuses. Ce n’est pas un reportage sur le terrain au beau milieu de l’apocalypse. Ce n’est pas non plus une réponse indirecte au sensationnalisme ambiant voulant définir « ma génération » à grands coups de traits de crayons à peine appuyés. Pas cette fois. Cette fois, c’est une invitation. Une fenêtre ouverte sur un quotidien banal comme il y en a des millions. Cette fois, je tourne la caméra de l’autre bord et je situe la scène au début de la prochaine rencontre.

– Il y a trois mois, c’est moi qui vivais ce que tu ne veux pas vivre aujourd’hui. J’étais assis dans un bar, un peu comme celui-ci, et c’est moi qui les enfilais les Rhum and Coke. Ç’aurait été difficile d’avoir cette conversation avec toi si moi-même je m’étais pas parlé.

– Alors, dis moi : tu fais quoi avec les photos de vous deux dans ton cellulaire? Tu fais quoi avec son rire aigu que t’entends en écho dans ta tête du matin au matin? Tu fais quoi avec les projets avortés, les amis à départager, les coins de la ville à éviter?

– Il y a une phrase que je me répète souvent : l’espoir est une ampoule qu’il faut changer souvent. Peu importe si elle est partie avec ton coeur dégoulinant dans le coffre arrière du corbillard, peu importe si tu dois réapprendre à respirer une seconde à la fois, la journée qui s’en vient est flambant neuve. Et dans trois mois, ce sera la fin de l’hiver…»

20 mars 2014. Le lendemain d’une soirée sans lendemain. Je repasse les événements d’hier, je retranscris mentalement les conversations, j’ajuste la chronologie. Je repense à cette fille. Le picotement au bout des doigts qui ne part pas. L’envie de prendre un taxi, de sonner à toutes les portes de ma ville. Je regarde mon téléphone, un message : «Contente de t’avoir rencontrée hier. Ça va ce matin?»

Et je réponds : «Oui, c’est le printemps.»

Chloe_lesnerds

#alloleprintemps

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