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J’ai essayé d’être adulte et c’est pas pour moi, merci

Par Ève Landry – le dans Bien-être

C’était ma journée de congé pis en plus j’avais gagné au jeu du réveil. Les deux yeux grands ouverts, trois minutes avant mon cadran. C’est une petite victoire personnelle, ouvrir mes paupières avant ma sonnerie. C’est comme finir de traverser la rue juste avant que la lumière tombe rouge ou passer le seuil de la porte au moment exact où le déluge des pluies d’été se déclenche. Ça vaut quelque chose, un morceau de bonheur ou je sais pas. Bref, je me sentais forte pis en congé.

Je travaille beaucoup. Trop. Ça fait trois semaines que j’ai déménagé, pourtant mes planchers sont encore remplis de boîtes et de poussière. J’ai pas eu le temps de placer quoi que ce soit, je porte le même chandail tous les jours pis je le lave à la main dans mon bain tous les soirs parce que j’ai pas branché ma laveuse. J’t’une championne, c’est de même.

Je voulais compenser mon incapacité générale à vivre en maximisant ma seule et unique journée de congé. Comme j’ai le budget d’une étudiante de vingt ans qui travaille à temps partiel sauf l’été, j’ai appelé ma mère pis son auto. J’ai dit : « maman, aujourd’hui, je suis une adulte », j’ai dit : « maman, aujourd’hui, on va au Rona », j’ai dit : « maman, j’ai rien pour déjeuner, fait qu’amène une pomme, please. »

J’ai enfilé mon chandail, fièrement lavé à la main. Ma mère est arrivé, elle trouvait mon chandail sale. J’ai décrit le plan de match : le Rona, le Wal-Mart pis le IGA. Les rideaux, les électroménagers pis les tablettes. La farine, le lait pis les oeufs. Aujourd’hui, je fais quelque chose d’adulte. Je m’installe, je fais mon nid. Ma mère était à demi-fière de moi que je me décide, après trois semaines, à mettre autre chose dans mon frigidaire que de la Black Label pis de la Tequila. Elle était moins fière de se rendre compte que j’avais pas fait de vaisselle depuis le premier.

On peut pas être bon dans toute.

Fait que, embarquées dans la fournaise roulante, on s’est perdues un peu sur le chemin du Rona. Qu’est-ce tu veux, je fais pas ça souvent, me rendre dans Anjou pour magasiner des tuyaux de laveuse. On est rentrées dans le magasin avec trop d’égo pour demander à un commis où c’est que ça se trouve, dans leur immense forteresse de luminaires pis de deux par quatre, le petit morceau qu’on cherchait. Non, à la place de se simplifier la vie, ma mère pis moi, on a préféré se crier de bord en bord des grandes allées. J’ai pleuré un peu.

Parce que je comprenais pas.

Parce que j’étais ben ben fatiguée, aussi.

Parce que j’avais pas déjeuné, surtout.

On a fini par trouver, peut-être, on était pas sûres, mais j’étais tannée d’être là fait que j’ai crié : « OK, c’est beau, arrête, viens-t-en ». On est sortie de là, déjà écœurées de notre journée. On est remontées dans le char. Maudit que ça devient chaud, des autos laissées au gros soleil de juillet. J’étais pas ben. J’aimais pas ça être adulte.

On s’est reperdues un peu. Les mêmes virages du mauvais bord qu’en s’en venant. On a fini par trouver le Wal-Mart.

Dans la vie, si tu crois pas à l’enfer, va passer vingt minutes dans un Wal-Mart, je te le jure, tu vas y croire.

L’air climatisée était trop puissante, même pour un mi-juillet. Je grelottais dans mes shorts en me fâchant après les gens qui savent pas diriger un chariot comme du monde. C’tu si dure que ça, pas foncer dans du monde avec un panier? J’étais déjà à bout de nerfs quand on a fini par trouver l’allée des décorations de salle de bain. Y me fallait une pompe à savon. C’est adulte ça, les pompes à savon. J’essayais, paisiblement, de trouver la meilleure combinaison pompe-à-savon-rideau-de-douche quand la petite madame à côté de moi a commencé à énumérer toutes les étapes de son magasinage.

Là, je vais prendre un rideau.

Là, je prends un rideau.

Là, j’ai pris un rideau.

Pire qu’une personne qui dit à voix haute toute ce qu’elle fait, c’est quelqu’un qui dit à voix haute toute ce qu’elle fait… TROIS FOIS. J’avais faim, j’avais froid pis j’avais envie de lancer des pompes à savon dans les airs en criant : « où s’en va le monde ?! » À place, j’ai juste agrippé ma mère d’une main, une pompe au hasard de l’autre. Au diable l’esthétique, aujourd’hui, je protège ma santé mentale. J’ai sacré après les enfants pas disciplinés qui couraient partout autour de moi.

Gros congé.

Rendues à l’épicerie, j’ai parcouru toutes les rangées en me forçant vraiment fort pour acheter juste des affaires utiles, mais c’est pas de ma faute si les Tubes, moi, je trouve ça le fun. J’ai pleuré encore quand ma mère m’a dit que je pouvais pas acheter de crème glacée double chocolat parce qu’elle allait fondre avant qu’on arrive à la maison.

C’est donc ben plate être adulte.

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On a rangé mon épicerie vraiment plate (tout ce que je voulais réellement étant congelé) dans l’auto pis ma mère m’a déposée chez nous. J’ai fait tellement d’aller-retours entre le bas de mes marches pis le haut de mes marches pour tout rentrer dans mon appart, je pense que je suis bonne pour faire des concours de crossfit.

Pis là, j’ai joué à l’adulte. Encore.

J’ai lavé ma vaisselle qui sentait la mort. J’ai rangé mon épicerie pendant vingt minutes en essayant de trouver la logique pour placer convenablement un garde-manger. J’ai posé des tablettes. J’ai enlevé les tablettes qui étaient pas à niveau. J’ai reposé les tablettes. J’ai enlevé les tablettes parce que j’avais pas mis les chevilles dans le mur. J’ai reposé les tablettes. J’ai mangé. J’ai refait de la vaisselle.

J’ai pleuré. J’ai voulu faire une sieste, mais je l’ai pas fait. J’aurais dû.

En tant que nouvelle adulte, j’ai réalisé que je pouvais pas continuer à porter mon chandail lavé à la main. Fait que, j’ai pris mon courage à deux mains pis j’ai appelé mon père : « comment qu’on branche ça une laveuse, papa ? » J’ai branché ma laveuse, j’ai parti ma laveuse. Ma laveuse coulait. Mon plancher était un océan. J’étais en retard pour un show. Je pouvais pas m’en aller. Les dégâts d’eau, y parait, c’est pas une bonne chose. Je pleurais. J’ai rappelé mon père. J’ai mis une serviette en dessous de ma laveuse. J’ai couru jusqu’à l’arrêt de bus. Le bus venait de passer. Je me suis fâchée après toute, surtout la vie. J’ai couru jusqu’au métro. J’avais chaud. J’avais pas pris ma douche. J’avais encore mon chandail sale sur le dos. Je suis arrivée au show. Je m’étais trompée de date. J’ai fait demi-tour. J’ai pleuré dans le métro.

Pleurer dans les transports en commun, c’est le symbole ultime de l’échec.

Je suis rentrée chez nous. J’ai vidé ma laveuse en tordant mon linge à la main. Y pouvait pas rester là, mouillé pis sale, fait que j’ai fait couler le bain. J’allais commencé à toute laver à la main quand mon coloc est rentré. Je me suis effondrée dans ses bras.

Je l’ai regardé.

J’ai dit : « Simon, j’ai essayé fort d’être une adulte. C’était de la marde. »

Y’a dit : « C’est pas grave, laisse tomber pour aujourd’hui. Tu réessayeras demain. »

Pis on est parti acheter de la crème glacée.

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