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Je ne suis pas une vraie Québécoise, je suis #Mondialaise

Par Audrey X – le dans Opinion, Société
J’étais dans ma classe. Je suis enseignante de français en quatrième secondaire et je n’avais pas le goût de voir la sempiternelle règle du participe passé avec avoir. Mes élèves non plus d’ailleurs. Donc, en ce vendredi, dernière période, j’ai eu une idée. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Peut-être avais-je envie de me torturer…

J’ai donc décidé de débuter une discussion avec eux. Sur un sujet polémique. Un débat identitaire. On le sait, au Québec, l’identité est particulièrement difficile à définir. Et même dans une classe québécoise homogène, la tâche s’est avérée loin d’être simple.

Avant de vous décrire cette période qui fut à la fois pertinente, intéressante, mais aussi troublante, il faut que je vous spécifie que je ne suis pas née au Québec. J’ai été adoptée par des parents respectivement originaires du Saguenay et de l’Abitibi-Témiscamingue. Au début de ce cours, je disais, sans hésiter, que j’étais Québécoise. Et là, je ne sais plus…

Ce n’est pas la première fois que je débats de ce qu’est un Québécois avec les gens autour de moi. Ce n’est pas non plus la première fois que ma propre québécitude fait l’objet d’une discussion.

Tergiverser avec passion avec des adultes et s’obliger à écouter des adolescents de 16 ans (parce qu’ils ont enfin une opinion) sont deux choses complètement différentes. Dans un cas, je peux personnaliser le débat, le rendre plus humain, m’utiliser comme exemple. Dans le deuxième, il faut que je garde mon professionnalisme (entendre «mon calme»), surtout quand un de mes élèves me lance, sans mauvaise foi, que je ne suis pas une «vra» Québécoise.

Toutefois, ils ne sont pas fous mes élèves. Tous ces propos qu’ils m’ont imposés, je les avais déjà entendus. De la part d’adultes, supposément civilisés et cultivés, qui, eux aussi, avaient leur propre définition de ce qu’est un Québécois. Pour mes proches, il ne fait aucun doute que j’en suis une. Mais, pour la plupart des citoyens que j’ai rencontrés au Québec, je suis loin de faire l’unanimité.

Voici donc les définitions d’adolescents québécois (blancs) qui sont sortis:

1. Un Québécois aime la poutine, la bière et le hockey

J’adore la poutine. Mais une de mes élèves n’était pas d’accord. Elle n’aime pas le mets national du Québec et se considère pourtant comme Québécoise. La bière, je leur ai rappelé qu’ils étaient trop jeunes pour en boire (hihi) et le hockey n’avait pas l’approbation de la majorité. Certains n’aiment juste pas le sport.

Un Québécois parle québécois

Le fameux accent, mais surtout, le français. On dirait vraiment que certaines personnes oublient leur histoire parce que, rappelons-nous l’essentiel, le Québec, depuis sa création, n’a pas été peuplé que par des francophones. Une forte population anglophone vit dans la province.

Un Québécois est ouvert d’esprit

Je ne nommerai pas son nom, mais rappelons-nous d’un certain 29 janvier. Sombre dimanche.

Un Québécois vit au Québec

C’est l’argument qui m’a causé le plus gros mal de tête. Les élèves ont rapidement compris qu’il y avait des nuances à apporter à cet énoncé. Les expatriés? Les immigrants qui n’ont pas leur citoyenneté? Les voyageurs qui ont quitté le Québec depuis deux, trois, quatre ans… etc.

Un Québécois veut être Québécois

C’est LA phrase que j’ai aimée le plus entendre. Ce n’est pas nécessairement LA vérité, mais cet énoncé fait définitivement preuve d’ouverture d’esprit. Bien sûr, en entendant cela, ma classe s’est insurgée. Pardon, Monsieur. Pardon, Madame. Ce n’est pas tout le monde qui peut se targuer d’être Québécois. C’est un privilège. Et il se gagne (non, mais tsé, ce qu’il ne faut pas entendre).

Un Québécois est né au Québec

Ouh! Celui-là a fait mal à entendre. Mais déconstruire cette idée profondément ancrée dans la tête de certains adolescents n’est pas une tâche aisée. Et d’une certaine façon, je les comprends. Quand on élimine tous les critères énumérés un à un ci-dessus, à quoi se rattache-t-on, à seize ans, quand on veut construire son identité? Mais quand on est issu de l’adoption internationale, on se demande où notre place se situe dans tout ça quand on entend ce genre d’arguments. #Mondialaise

Je me suis longtemps considérée comme une Québécoise d’origine chinoise. Malheureusement, il m’est souvent arrivé que je me sois fait dire que j’étais soit Chinoise, soit Québécoise, soit les deux.

Mais après cette difficile conversation avec mes élèves, j’en suis venue à la conclusion que je ne serai jamais considérée comme une Québécoise à part entière. Que je ne ferai jamais l’unanimité. Je n’ai donc pas ma place nulle part, mais… je l’ai aussi partout. C’est sans doute ce qui fait que je me sens bien partout où je vais, partout où je vis et que je considère le Monde comme étant ma maison. J’appartiens à une nouvelle «race de monde», je possède une nouvelle culture.

Je suis une fille du monde. Je suis une Mondialaise. Et j’espère qu’un jour, mon ethnie, mon apparence et mes origines n’auront plus d’importance. Ou qu’elles seront considérées comme faisant partie d’un tout commun et non, d’une différence qui vise à m’isoler. Et voilà. C’est dit.

MONDIALAIS (E): N. Le terme Mondialais est utilisé pour désigner un habitant du monde. Les Mondialais sont les membres de la nation mondiale. Ils parlent une ou plusieurs langues, vivent d’une ou de plusieurs cultures. Ils sont caractérisés par la fréquence à laquelle ils doivent constamment justifier leur origine, leur ethnie ou leur apparence.

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