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La pression de la minceur

Par Eve Bilodeau – le dans Bien-être, Santé, Société
Ça peut paraître ironique, bien que la minceur soit perçue comme un standard de beauté, elle est bien souvent vécue comme un complexe. Elle vient 

démesurément avec des critiques paradoxales, des jugements et des propos blessants à outrance. Possiblement à l’encontre de ton constant besoin de te redéfinir et d’avoir une vision fixe du physique admirable. Dans toutes ses formes, sa grandeur et son allure, nous martyrisons la beauté dans son idéal. Malgré les croyances, les femmes minces subissent aussi de la pression.

Encore aujourd’hui, malgré la popularité du féminisme et de l’égalité des droits, la définition d’une femme se fait souvent par ce que nos yeux peuvent capter. Il est anormal de dénigrer le corps d’une femme plus ronde, mais il est encore accepté de le faire chez les femmes plus minces. Là où la complexité se fait constamment appeler à exister. Maigrir pour répondre à la conformité et à la croisée des chemins manquer de courbes. En tant que société, nous préférons fermer les yeux sur le problème. On néglige la possibilité de voir la femme autrement. Comme si lors de la conception, on t’avait permis de sélectionner chacune des parties de ton corps.

Toi, la fille mince qui se fait dire qu’elle n’a pas le droit de se plaindre et qui engloutit des milliers de calories aussi vides de sens que les opinions qui t’atteignent. Tu t’es sûrement déjà sentie incomprise, ayant l’impression d’avoir un esprit mature dans un corps d’enfant. Beaucoup trop frêle pour prouver toute ta force et ta résilience. On t’a beaucoup trop souvent interrogé sur tes habitudes alimentaires, en oubliant de s’informer sur ta vision à TOI de ton corps. Tu ne te trouves que très rarement attirante et tu as trop souvent lu: real women have curves. C’est probablement le peu de confiance qui t’a empêché de dire haut et fort que «mince» ne veut pas dire «malade».

Toi, la fille qui tente de prendre du poids sans succès. Suppléments, poids, haltères et entraînements à répétition, tu ne gagnes toujours pas de masse. C’est supposément un cadeau de la vie de pouvoir manger sans grossir et de mener un mode de vie sans limites caloriques. Porter des vêtements beaucoup trop grands, pour couvrir un peu plus cette enveloppe qui te décrit. Dissimuler la honte, faire croire que ça ne t’atteint pas.

Je me rappelle des frissons qui se sont hissés sur mon corps lorsque j’ai vu pour la première fois la campagne publicitaire et les chandails portant l’imprimé: zero is not a size. J’en suis encore sans mots. Comme si la société nous présentait sur un plateau d’argent, un ruban à mesurer où toute grandeur était prédéfinie et répondait à une conformité.

Étant moi même une fille mince, je ne me suis pas toujours réjouie de ma silhouette filiforme. Je n’ai aucun problème alimentaire, je ne suis pas la plus sportive et je ne me suis jamais intéressée aux régimes. Bien loin de ces idéologies, avant d’être végétalienne, j’étais sans aucun doute considérée comme la «poubelle» de mon groupe. Très peu poétique, j’en suis consciente. Pourtant, je pouvais manger tous les restants de mes amis et tout le monde savait qu’il n’y avait rien que j’aimais plus que de recevoir de la nourriture. Pourtant, avant l’âge de 17 ans, la foodie en moi n’a jamais réussi à voir le 100 lb sur la balance. Je voulais du plus profond de moi, mais mon mécanisme interne en avait choisi autrement. Les regards dans la rue, à l’école ou au magasin témoignaient souvent du dégoût ou de la compassion. Le type de compassion que tu n’as pas le goût de recevoir. À cette époque, j’aurais voulu savoir à quel point cela n’avait aucune importance. Aujourd’hui j’ai compris.

J’ai compris qu’au-delà de la critique d’autrui, je n’avais nul besoin de trouver une corrélation positive entre poids et valeur. La plupart du temps, les standards ne sont pas là pour rester. Par ailleurs, j’ai compris que ne s’aimer que pour son corps, c’est passer à côté de la chance de s’aimer pour ses réussites et ses vraies qualités. J’ai aussi appris que mon corps, aussi mince qu’il soit, n’est pas moins fort ni moins beau. Il est comme il est et comme il se doit de l’être.

L’amour et l’acceptation de soi, ce n’est pas toujours facile, mais c’est le plus cadeau que tu peux te faire.

N’hésite pas à consulter un professionnel de la santé si tu en ressens le besoin. 

Ce texte a été écrit en réaction au témoignage de la YouTubeuse Mila Taillefer.

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