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Papa : es-tu plus qu’une fiole de sperme?

Par Soleil Laflèche – le dans Bien-être, Psycho

Cher papa-gamète,

« Gamète », c’est ce que tu es pour moi.

« Papa », c’est ce que j’aurais aimé que tu sois.

Tu n’as pas de nom, pas de visage, pas de couleur préférée : tu n’es donc rien de plus qu’un minuscule spermatozoïde – sans nom, sans visage, sans couleur préférée.

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On m’a dit, malgré tout, que tu as le visage d’un homme. Un jour, tu t’es rendu à une clinique de fertilité pour donner un peu de ton sperme en échange de quelques sous. Maman et papa m’ont dit que tu l’as fait dans l’anonymat. Je ne saurai donc jamais comment tu t’appelles, à quoi tu ressembles, quelle couleur te fait vibrer. Ne pas savoir ces choses – de base – revient à ne pas vraiment sentir que tu existes, pour vrai, dans ce monde. Et puis, comme je suis le prolongement de toi et que je ne suis pas capable de sentir que tu existes vraiment, est-ce normal qu’une partie de moi ait de la difficulté à exister?

On m’a dit de profiter de ma relation avec mon « vrai » père, parce que ce serait le seul avec qui j’aurais la chance de construire un lien paternel. Tangible. Fort. Réel. Dans ma tête d’enfant, c’était clair : j’avais un papa 100% accessible et un papa 0% accessible. Je crois avoir alors voulu, inconsciemment, rétablir l’équilibre. À un moment, je me suis mise à éprouver de la curiosité pour toi et du ressentiment pour mon « vrai » papa. Je me suis alors coupée du « vrai » pour mieux te sentir. À d’autres moments, je me coupais de toi et de papa parce que je me sentais impuissante. Le summum des impuissances : savoir, avec la plus grande certitude du monde, que quelque chose existe, et ne jamais pouvoir en avoir la preuve, pourtant.

On m’a aussi dit, quand j’étais toute petite, que c’était possible d’avoir deux papas ou deux mamans. Moi, j’ai souvent eu le sentiment d’avoir deux papas et une maman : un papa que je pouvais apprendre à connaître et appeler « papa », et un autre papa que je devais appeler « donneur » et qui demeurerait le plus grand mystère de ma vie.

Toi.

On m’a dit que nous étions 8000 enfants au Québec à vivre avec ce mystère. Même que, certains de tes enfants, aujourd’hui devenus grands, ne se savent pas issus de toi. D’innombrables seront en quête perpétuelle de la pièce de casse-tête manquante. Quelques-uns apprendront à vivre avec le manque. D’autres cesseront de chercher à te connaître et seront comblés par leur « vrai » papa.

8000.

On m’a finalement dit que ça ne servait à rien de te chercher et que c’était peine perdue, car le monde était trop grand… La Terre est surpeuplée de papa, à ce qu’il paraît. Impossible de te retracer sur la map. La vie n’est pas une bande dessinée « Où est Charlie?» Tu ne portes pas de tuque blanche et rouge. Du moins, quand tu es venu, ce fameux jour, donner de ton sperme, on t’a probablement demandé de la retirer (et tu l’as fait).

À vrai dire, l’important, ce n’est pas tant le – qui es-tu? – ou le – où es-tu? –.
L’important, c’est – comment je me sens vis-à-vis de tout ça? –.

Mal.

Triste.

Frustrée.

Impuissante.

À mettre mon énergie à m’écouter plutôt qu’à te chercher, je réalise que tu existes un peu (à ta façon) à travers moi. Je crois parvenir à te sentir à travers mon physique, mon regard, mes passions, ma vitalité, ma détermination, ma peine, ma frustration et mon impuissance. Un jour, peut-être, arriverai-je à te laisser exister pleinement à travers ce que je vis et ce que je suis.

Je ne pourrai jamais connaître ton nom, voir ton visage, connaître ta couleur préférée ou t’appeler papa, mais depuis que je tente de te faire une place en moi, plutôt que de chercher ta place dans le monde, je me sens un peu plus en paix.

À toi, donneur, que j’aurais aimé appeler papa,

On m’a dit que tu existes.

Et je n’attends plus de toi que tu me dises que c’est vrai.

Ta descendance.

Ma familleSoleil (8 ans)

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