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Être asocial et bien s’en tirer quand même

Par Marika Guilbeault-Brissette – le dans Divertissement
Du plus loin que je me rappelle, je n'ai jamais eu beaucoup d'amis. Soit je suis désagréable, soit je suis vraiment difficile dans la sélection de ma garde rapprochée. Je pense qu'il s'agit un peu d'un mélange des deux.

Voilà. Il y a un peu plus d’un an, je me liais d’amitié avec un groupe de gens pas comme les autres. Ces sorciers et moi devions commencer un jeu de rôle basé sur l’univers créé par J.K. Rowling. C’est donc autour d’une table parsemée de fiches de joueurs fictifs et de dés à 10 faces que j’ai commencé mon apprentissage de la vie entre humains. Chose aisée, direz-vous. Pas pour moi, apparemment. Moi, je suis Severus Snape.

Bien entendu, je connais les stratégies de la parfaite solitaire, comme celles de l’évitement ou du silence volontaire. Or, plus je prenais le temps de découvrir chacun d’entre eux, plus je constatais que la plupart vivaient avec le même problème que moi, c’est-à-dire avec des habiletés sociales restreintes. Ce n’est pas que je n’aime pas les gens. Oui, d’accord, il y a un peu de cela. En fait, c’est qu’il doit y avoir une pertinence et un intérêt développé pour que je tente d’entrer en contact avec des inconnus. Dans ce cas, il y avait Harry Potter et son monde magique. Avec le temps, il y aurait beaucoup plus.

Dans cette histoire de jeu de rôle, il y a un maître. Il s’avère que ce dernier avait offert comme cadeau de Noël à tout le groupe une fin de semaine en campagne dans un chalet rustique. L’enthousiasme balayait la foule alors que mon coeur de solitaire se fracturait un peu. 48 heures dans un endroit clos avec une quinzaine de personnes aux personnalités diverses, dans certains cas explosives, et de l’alcool à profusion. Tôt ou tard, j’allais devenir Voldemort.

Évidemment, j’ai tout de même accepté l’invitation. Après tout, j’ai plus d’un tour dans mon sac. Je tiens donc à vous raconter mon périple en tant qu’asociale de la troupe. Peut-être vous reconnaitrez-vous. Peut-être en tirerez-vous une leçon.

Mon copain et moi détenions une des voitures nous conduisant jusqu’à la super ville de L’Avenir. Rien de moins, nous sommes des magiciens. À ce stade-ci, il est nécessaire de vous spécifier que je suis ponctuelle et impatiente. Deux de mes précieuses qualités. L’heure à laquelle nous partions était donc primordiale et, comme la vie fait bien les choses, nous transportions deux des êtres humains les plus en retard de tous les temps. Une chance qu’ils sont adorables.

Nous avons joué à Tetris avec les bagages.

    1. Parce que l’un de nos amis a amené 48 bières.
    2. Parce que l’autre de nos amis a amené un ours en peluche.
    3. Ok j’avoue que notre voiture est également assez petite.

Pendant que chacun était coincé dans le bonheur des autres, j’ai laissé les trois passagers sur la banquette arrière perdre leur temps sur Snapchat et chanter des chansons à répondre. De mon côté, j’avais les cheveux dans le vent et la main de mon amour sur la cuisse. Mon silence et ma solitude n’étaient en rien brimés. Était-ce qu’une question de temps? C’est ce qu’on verrait.

En arrivant bon dernier, je me disais que je devrais affronter la foulée d’embrassades et de câlins sans pouvoir passer inaperçue. Heureusement, tous étaient trop occupés à choisir leur chambre. D’ailleurs, ils avaient eu la bonté de laisser les deux chambres individuelles aux couples de la place. Dieu soit loué. Un lieu reclus où m’exiler en cas de besoin.

Les sacs de nourriture se déballèrent et les bouchons de bières furent éclipsés de leur contenant sur la fabuleuse musique pop des adolescents auxquels j’enseigne du lundi au vendredi. Pas question qu’en ce 24 juin je me souvienne. Direction: la cour.

Malgré la communauté de mouches et l’odeur de fumier qui nous envahissait les narines, je m’y sentis tout de suite bien. Le petit lac artificiel dans lequel nous avons hésité à nous baigner vu son allure d’étang et le bruit des grenouilles qui s’en échappait, l’herbe verte et le ciel bleu étaient mes meilleurs amis. Comble du bonheur, des chiens vinrent bientôt me rejoindre sur la pelouse. Je dois l’avouer, j’entretiens de meilleures relations avec les animaux qu’avec les humains. D’ailleurs, je n’ai pas honte de cette affirmation.

Comme vous avez pu le remarquer, je suis dans les confidences. Je tiens donc à vous parler de mon orgueil. Vous savez, le genre qui ne vous permet pas d’affirmer que vous avez tort. Je suis de cette espèce plus souvent qu’autrement. Cette fois-ci, je me suis fait prendre au piège. Environ une heure après notre arrivée, j’ai remarqué que tout un chacun s’occupait calmement, et ce, tout en n’envahissant point mon bien-être de sauvageonne. La nature faisait apparemment son effet. Je redécouvrais mes amis.

Des petits groupes se formaient. Individuellement, certains se déplaçaient entre les différentes sphères. À l’intérieur. À l’extérieur. Sur le bord du feu. Sur le bord du lac. Partout et peu importe avec qui j’étais, je me sentais chez moi. Ou comme dirait l’un des nôtres, nous étions bien.

C’est le lendemain que j’ai constaté que je m’étais mis un doigt dans l’œil avec toutes mes prévisions. Quand j’ai joué un match d’échecs bien tranquille avec celle qui me ressemble beaucoup… Quand j’ai vu la plus extravertie du groupe s’asseoir seule, en silence, tout près de l’eau… Quand j’ai remarqué le chef de la troupe, les écouteurs à l’oreille en train de lire mon manuscrit la clope au bec… Quand j’ai aperçu le groupe d’amis qui s’était formé autour de moi pour jouer à des jeux de société sous le soleil plombant… J’ai su que les humains m’aimaient et que j’aimais les humains.

Pas tous, mais plusieurs. Et pour les autres, qu’ils aillent au diable!

C’est qu’au fond, collectivement, nous sommes tous des angoissés. Ce n’est pas pour rien que nous nous inventons un monde où il fait bon vivre. La fiction est souvent beaucoup plus jolie que la réalité. C’est notre porte de sortie, notre exutoire.

Or, l’espace d’un instant, nous avons trouvé notre échappatoire commune dans le réel. Le temps d’un saut mémorable dans le lac.

Nous avons oublié d’être des adultes. Et il est toujours magique de redevenir des enfants. Après tout, nous sommes des sorciers!

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